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Rivages

Le Meilleur, Bernard Malamud

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 03 Février 2015. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

Le Meilleur (The Natural), traduit de l’américain par Josée Kamoun, février 2015, 300 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Bernard Malamud Edition: Rivages

 

Retrouver Malamud sur un versant ensoleillé est à la fois surprenant et formidable. Loin du « Shtetl » et de Kiev*, il nous place cette fois au cœur de l’Amérique. Et même mieux encore, au cœur du cœur des mythologies américaines modernes : le baseball ! C’est tellement le cœur du mythe yankee que l’éditeur nous propose un lexique du baseball en fin d’ouvrage. Louable initiative, mais on peut craindre que ce soit peine perdue tant ce jeu, le plus populaire aux USA, est illisible pour un esprit européen normalement constitué. Le chroniqueur peut témoigner que malgré sa bonne volonté depuis des décennies, il n’a jamais réussi à y comprendre quoi que ce soit.

Qu’importe, il n’est nul besoin de comprendre le baseball pour adorer ce livre !

Et loin de la terreur et de la souffrance, nous voici dans un roman de la jeunesse, de l’amour, de la lumière. Bien sûr – les lecteurs de Malamud s’en doutent déjà – cela ne va pas sans ombres, sans peine, sans misères. Mais elles sont ordinaires, relèvent de ce qu’il en est d’une vie humaine.

L’Homme de Kiev, Bernard Malamud

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 27 Janvier 2015. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

L’Homme de Kiev (The Fixer, 1966), traduit de l’américain par Gérard et Solange de Lalène, janvier 2015, 428 pages, 10 € . Ecrivain(s): Bernard Malamud Edition: Rivages

 

Ce roman, daté pour sa première édition originale de 1966, est un séisme littéraire. A la fois par l’histoire qu’il raconte, par sa forme narrative intense et par le cadre thématique de l’action : Kiev et ses environs au temps du dernier Tsar, en pleine fièvre antisémite ponctuée pour les populations juives par humiliations et pogroms. Que ceci soit dit d’entrée : ce livre est l’un des plus beaux chefs-d’œuvre du XXème siècle.

L’histoire de Yakov Bok est, dans ce cadre, vraisemblable, ce qui la rend terrifiante de la première à la dernière page. Il paraît même que cette histoire est fondée sur des faits réels. Il n’est pas question de la déflorer le moins du monde (ce que la préface – cependant très courte – fait trop. Ne la lisez pas avant la lecture du roman, on s’en passe sans problème). Il suffit d’entrer dans ce roman par le personnage – plus que central.

La terre sous les ongles, Alexandre Civico

Ecrit par Laurence Biava , le Mardi, 20 Janvier 2015. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

La terre sous les ongles, janvier 2015, 87 pages, 15 € . Ecrivain(s): Alexandre Civico Edition: Rivages

 

La terre sous les ongles est un sacré premier livre. Un livre comme on les aime, parce qu’il ébouriffe, dérange et se lit d’une traite. On déplorera au passage qu’il ne contienne que 87 pages. Un livre noir et violent, haletant, au style tendu et acéré, où la langue symbolise la domination. Un récit qui enfourche et raconte un voyage sans retour, ayant pour seules issues la violence et la mort. Une narration en deux temps s’observe, de chapitre en chapitre, qui tient le lecteur en haleine : Dès le premier tempo, au volant d’une voiture, un homme quitte Paris et s’enfonce dans la nuit. Il prend l’autoroute, traverse la France en direction de l’Espagne, avec pour point de chute Cadix, la ville de tous les périples, de toutes les libertés, la petite sœur de la Havane. Dans le coffre du véhicule, un paquet étrange cogne au moindre virage, et ce détail échappe, apparemment, à la logique du scénario. Dès le second mouvement tout aussi tendu, l’auteur racontera en alternance le fait d’être monté à Paris dès l’adolescence, d’y avoir suivi des études, d’y avoir embarqué femme et enfant, d’avoir su s’élever sur le curseur de l’échelle sociale.

Sur le rivage, Rafael Chirbes

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne

Sur le rivage (En la orilla), traduit de l’espagnol par Denise Laroutis, janvier 2015, 507 pages, 24 € . Ecrivain(s): Rafael Chirbes Edition: Rivages

 

L’écriture de Rafael Chirbes est tendue comme une corde prête à casser. C’est l’outil parfait pour dire l’Espagne sombre. Verbe sombrer ? Oui, à travers les époques de son histoire qui se croisent ici de génération en génération, qui de la tragédie de la Guerre Civile à la Crise qui étreint un pays et ses habitants, se télescopent, s’amoncellent, s’additionnent comme une suite tragique, comme un destin inexorable qui broient les enfants d’Espagne de tous les temps. Mais non. Pas sombrer. Car Chirbes a cet art inimitable – trace du grand écrivain qu’il est – de déceler dans tout interstice lumineux, les signes de l’espoir. Quand même. Les hommes restent debout, comme avant, face aux armées franquistes que pères et grands-pères ont connues et combattues. Debout parce qu’encore ensemble.

Non, avec Chirbes, c’est l’Espagne sombre. Adjectif qualificatif. Presque pléonasme tant notre mémoire littéraire est chargée d’images noires venues des Asturies, de la Castille ou l’Andalousie. Avec en basse continue le décor brûlant et mortel des pièces et poèmes de Lorca.

Des vies à écrire, David Lodge

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Décembre 2014. , dans Rivages, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Iles britanniques

Des vies à écrire (Lives in writing). Traduit de l’anglais par Martine Aubert. Octobre 2014. 245 p. 21 € . Ecrivain(s): David Lodge Edition: Rivages

 

On savait la passion de David Lodge pour l’art de la biographie. Dans ses dernières publications on compte deux énormes volumes sur Henry James (Author ! Author ! …) et sur H.G. Wells (Un homme de tempérament)*. C’est de cette passion, et de quelques écrivains (et un cinéaste !) qu’il est question dans ce recueil. Car il s’agit d’un recueil de relativement courts articles biographiques.

Biographiques ? Tout est toujours plus complexe avec Lodge : on est en abyme car la plupart de ces articles – biographiques – portent sur des personnes mais à travers le prisme d’une biographie écrite par quelqu’un d’autre que Lodge. Il parle d’écrivains en s’appuyant sur une bio connue de ces écrivains. Compliqué ? Point du tout. Le talent de David Lodge est de se glisser brillamment dans l’entre-deux et de faire valoir sa lumière, son regard, sur des personnages qu’il aime. Un des secrets de David Lodge, peut-être le plus éminent, l’empathie ou, plus encore, l’amour qu’il porte aux écrivains dont il parle. C’est là d’ailleurs un trait que l’on peut sans dommage pousser à la généralité : peut-on imaginer un biographe qui se pencherait sur une personne qu’il n’aime pas ?