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Iles britanniques

Lettres IV (1966-1989), Samuel Beckett

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 09 Avril 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Correspondance

Lettres IV (1966-1989), avril 2018, trad. anglais Georges Kahn, 952 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Beckett Edition: Gallimard

 

Samuel Beckett : in media res

Ce quatrième tome accompagne le lecteur des années de gloire de Beckett à sa fin de Beckett. On ne peut pour autant parler de grandeur et misère. Beckett n’est pas saisi par effluves des lauriers du sentier de la gloire pas plus que par la mort qui rôde. Et ses lettres ponctuent par leur facticité une œuvre qui n’exprime pas la « vraie » vie, mais néanmoins n’est pas indifférente à toutes les variations qui peuvent s’y présenter. Elles permettent par leur actualitéde regarder le monde phénoménal tandis que l’œuvre en distille une musique particulière avecsa capacité d’abstraction et de dépouillement.

Un tel corpus est passionnant. Beckett y est affable, simple, jamais obséquieux. Toujours « vrai ». Et cela donne un autre écho à ce qui, dans romans, pièces, films, « textes », possède la généralité de la forme pure, dont la matière est presque absente et qui n’exprime de la vie et de ses événements que la quintessence. Les lettres à l’inverse expriment des universaliae in media res.

Quatre lettres d’amour, Niall Williams

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 06 Février 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Quatre lettres d’amour, janvier 2018, trad. anglais (Irlande) Josée Kamoun, 395 pages, 20 € . Ecrivain(s): Niall Williams Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Dans ce roman, qui fut le premier pour l’auteur de théâtre Niall Williams, l’écriture est remarquable, un très beau travail de création littéraire, très inventif, très poétique, les mots sont comme une pâte à pétrir chaude sous la plume de l’auteur et la traduction le rend sans doute admirablement bien, mais aurait-on perdu quelque chose dans ce passage entre les deux langues ? Car il y a tellement d’évanescence dans ce roman malgré une intense dramaturgie, comme un paysage de brumes permanentes qui entourerait les personnages et leur vie. Cela aurait-il à voir avec une particularité du climat irlandais ou bien l’auteur nous aurait-il à notre insu fait pénétrer dans une sorte de grand tableau mouvant et évoluant ? C’est difficile à expliquer en tout cas. Le lecteur lit, imagine, mais il y a comme une distance avec le ressenti. Il y a une profusion de détails pourtant, la mécanique des personnages est précise, il y a oui quelque chose de l’horlogerie, la grande horlogerie divine, et d’ailleurs le questionnement sur la place du hasard ou de Dieu dans la destinée des uns et des autres est au centre de la narration qui prend ainsi une évidente dimension métaphysique.

L’Ombre des grenadiers, Tariq Ali

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 16 Janvier 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Sabine Wespieser

L’Ombre des grenadiers, octobre 2017, trad. anglais Gabriel Buti et Shafiq Naz, 412 pages, 13 € . Ecrivain(s): Tariq Ali Edition: Sabine Wespieser

 

L’ombre des grenadiers pour Tariq Ali, c’est celle de la Granada maure, le souvenir nostalgique des splendeurs de la Gharnata berbéro-musulmane, perle éclatante sur un riche collier de sept siècles de présence berbère sur la péninsule ibérique.

Le roman commence juste après la chute du royaume de Grenade, conquis par les troupes castillanes d’Isabelle la Catholique. Le Prince de l’Eglise Ximenez de Cisneros a reçu de sa souveraine mandat de rechristianiser la région, dont la plupart des habitants, citadins et ruraux, sont musulmans. Son premier acte est d’ordonner une gigantesque rafle, dans les bibliothèques publiques et privées, de tous les ouvrages savants écrits en arabe et d’en faire un autodafé géant sur une place de Grenade devant une masse représentative de musulmans de toutes conditions, amenés de force par l’armée pour assister au spectacle de l’anéantissement symbolique de leur culture andalouse séculaire, acte barbare préludant à l’éradication programmée, par le feu, le fer et la torture, de la religion musulmane sur le territoire redevenu espagnol, et la mise en œuvre macabre des tribunaux de l’Inquisition.

Des jours sans fin, Sebastian Barry

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Janvier 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

Des jours sans fin, janvier 2018, 259 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sebastian Barry Edition: Joelle Losfeld

 

Sebastian Barry est irlandais et, comme ses ancêtres irlandais, il va et nous emmène en Amérique. Pour y retrouver des Irlandais bien sûr, à commencer par les deux héros de ce roman, Thomas McNulty et John Cole, deux jeunes garçons, amoureux l’un de l’autre, qui cherchent ensemble un destin.

Si Thomas McNulty, le narrateur de ce roman, vous le résumait, il dirait sûrement qu’entre deux massacres d’Indiens et un carnage entre eux, les Blancs découvrent aussi que l’on peut aimer et être heureux. Sebastian Barry nous offre un livre d’amour au milieu des flots de sang du XIXème siècle américain, dans un page-turner passionnant. Par le contraste saisissant entre l’horreur et la possibilité du bonheur, il construit un roman superbe sur l’absurdité des hommes, leur aptitude à entreprendre les cauchemars et à être les premiers à en souffrir.

Le couple Thomas-John est en soi une métaphore de l’Amérique. Entre amour, tendresse, générosité et Guerres, violence, fureur. Pour tout vous dire, ils sont danseurs travestis en femmes dans les périodes où ils sont civils et soldats dans l’armée yankee le reste du temps ! Ce n’est pas commun.

Mon tour du monde, Charlie Chaplin

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 11 Janvier 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Le Livre de Poche, Voyages

Mon tour du monde, Charlie Chaplin, trad. anglais Moea Durieux, novembre 2017, 216 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Charlie Chaplin Edition: Le Livre de Poche

 

En janvier 1931 à Los Angeles sort Les Lumières de la ville. Ce film muet rencontre le succès attendu, après Le Kid (1921), ou La Ruée vers l’or (1925). Charlie Chaplin est célèbre. Mais en crise. Il a des soucis personnels et financiers, et il est perturbé par l’arrivée du cinéma parlant. Il fait ce constat : « L’amour et les gens me lassent ». Il décide de prendre l’air. « J’ai besoin que soient ranimées mes émotions ». Le 13 février 1931 il part pour l’Angleterre, pour un voyage de quelques semaines qui va en fait durer seize mois (13 février 1931-16 juin 1932) et le conduire autour du monde. Au retour il publiera A comedian sees the word dans une revue américaine.

Le voyage commence par l’Angleterre, pays de son enfance, « époque la plus malheureuse de ma vie ». Il y retrouve son ami Winston Churchill, et d’autres célébrités de la politique ou du spectacle. Il poursuit par les Pays-Bas jusqu’à Berlin, où il croise Marlene Dietrich et Einstein, et où il constate que « la situation semble désespérée, l’avenir bien sombre ». Puis c’est Vienne, une ville « triste ». Détour par l’Italie, « une Californie miniature et âgée ». Malgré la foule considérable qui l’accueille, ici comme ailleurs, Chaplin vit le paradoxe de la célébrité : « Ces manifestations sont un immense hommage, j’en ai conscience, mais tout le monde éprouve parfois l’envie d’être seul ».