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Iles britanniques

Le bruit du dégel, John Burnside

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 24 Août 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Métailié, La rentrée littéraire, En Vitrine

Le bruit du dégel, août 2018, trad. anglais Catherine Richard-Mas, 362 pages, 22 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

Burnside continue son exploration des recoins de l’âme. Dans un récit qui n’en est pas vraiment un, mais plutôt un enchâssement de récits multiples recueillis par la narratrice auprès de personnes choisies au hasard, dans le cadre d’une mission que lui a confiée son compagnon cinéaste : poser des questions aux gens, faire du porte-à-porte, afin d’entendre les histoires de chacun(e). Et Kate va ainsi rencontrer Jean, une femme vieillissante, avec laquelle elle va se lier et qui va lui raconter, bribe par bribe, son vécu. Son vécu ? Là est toute la matière de ce roman : pas tout à fait ; un vécu, passé au crible de la narration, devient autre chose, une histoire.

Laurits, le compagnon cinéaste de Kate, est fasciné par la narration et peu importe en fin de compte son contenu. La narration en tant que telle, véhicule d’une histoire, d’une médiation par le narrateur, d’un réel intime qui souvent s’éloigne, involontairement, du réel vécu. Il est convaincu que les lieux, le moment, les circonstances où se tient une narration sont plus importants que ce que raconte cette narration. L’Amérique n’a pas d’Histoire mais pullule d’histoires.

La Confession, John Herdman

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 27 Juin 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

La Confession (Ghostwriting), avril 2018, 184 pages, 20 € . Ecrivain(s): John Herdman Edition: Quidam Editeur

 

Léonard Balmain, journaliste écossais, écrivain sans succès est contacté par Torquil Tod, un personnage trouble, qui le charge contre rétribution de rédiger sa biographie.

Tod raconte sa vie, Léonard prend des notes puis en fait un récit, dont il soumet à intervalles réguliers le déroulement à Tod, ce qui donne lieu à d’intéressantes discussions et interrogations sur les statuts respectifs d’auteur, de narrateur, de personnage, sur leurs interrelations, sur ce qui est dicible et ne l’est pas dans un récit biographique, sur ce que l’individu sujet de la biographie veut bien dire et ce qu’il cherche à cacher, sur les raisons pour lesquelles il décide de mettre sa vie en narration, sur la distance entre le dit et le non-dit, sur les omissions, volontaires ou non, sur les mensonges, sur ce que le narrateur voudrait savoir pour donner à son personnage toute l’épaisseur qu’il considère littérairement nécessaire, sur la limite entre biographie brute, biographie romancée, autobiographie, roman biographique…

Mrs Dalloway, Virginia Woolf

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Mrs Dalloway, trad. Marie-Claire Pasquier, 1994, 368 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Virginia Woolf Edition: Folio (Gallimard)

 

Le roman résume la vie d’une femme du monde londonien, à travers les dix sept heures de son emploi du temps quotidien. Son milieu, mondain, son époque, post victorienne et Grande Guerre sont décrits. Mrs Dalloway restitue la vie animée de la ville que le lecteur découvre au rythme de Big Ben.

Avec en arrière-plan la guerre, la folie et la mort, ce roman initiatique traduit la quête du bonheur et de soi. Et aussi la recherche du temps perdu. La multiplicité des visages nourrit le moi de la narratrice (Virginia Woolf ?). Elle saisit les impressions, banales ou extraordinaires, évanescentes ou violentes, ainsi que les tensions entre l’intérieur d’un personnage et son environnement.

Quand on a lu À la recherche du temps perdu, on peut retrouver  Proust en lisant Woolf qui explore profondément l’intérieur des personnages. Les moments présents sont suivis de retours en arrière. La narratrice brouille la chronologie des vies et des événements : elle définit l’extériorité du réel par rapport à l’esprit de celui qui le reçoit dans son intériorité…

Les Racines du hasard, Arthur Koestler

Ecrit par Yannis Constantinidès , le Mercredi, 13 Juin 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Les Racines du hasard, Les Belles Lettres, janvier 2018, trad. anglais Georges Fradier, 144 pages, 15 € . Ecrivain(s): Arthur Koestler

Arthur Koestler, auteur prolifique et inclassable, est surtout connu pour son grand roman sur les procès de Moscou, Le Zéro et l’infini (Darkness at Noon), mais il a rédigé aussi de nombreux essais, parfois déroutants comme celui-ci. Les Belles Lettres republient depuis quelques années en rafale ces essais depuis longtemps épuisés ; initiative bienvenue, mais on peut regretter que les vieilles traductions de Georges Fradier chez Calmann-Lévy n’aient pas été révisées à cette occasion. La réédition des Racines du hasard semble d’ailleurs avoir été faite à la hâte, si l’on en juge par la présence d’un énorme doublon (p.72) et par le nombre trop élevé de coquilles (dès le verso de la page de grand titre (!) puis pp.21, 32, 34, 36, 42, 48, 49, 51, 59, 63, 65, 81, 97, 117, 121, 124, 125 (2), 127, 132, 136) pour un éditeur de cette qualité.

Ajoutons que le titre de l’ouvrage, s’il est très suggestif, est trompeur parce que le pur hasard y est justement nié. The Roots of Coincidence (1972) porte plutôt sur les coïncidences signifiantes, c’est-à-dire celles qui semblent obéir à une finalité sous-jacente. Tout l’enjeu de ce livre court mais extrêmement dense est en effet de montrer que ce que l’on pense aléatoire ou arbitraire relève en réalité d’une logique psychique cachée. Car il s’agit ici d’étudier les phénomènes paranormaux, comme la perception extra-sensorielle, la télépathie ou la psychokinèse (télékinésie), à la lumière des acquis récents de la physique la plus théorique !

Le Ciel est à nous, Luke Allnutt

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 08 Mai 2018. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Cherche-Midi

Le Ciel est à nous, mars 2018, trad. anglais, Anne-Sophie Bigot, 448 pages, 21 € . Ecrivain(s): Luke Allnutt Edition: Le Cherche-Midi

 

Si certains pensent que le bonheur est inaccessible à la prose romanesque et que le roman ne peut fonctionner sans drame, Le Ciel est à nous pourrait constituer un parangon de ce principe littéraire. De bout en bout, le récit est habité par le drame, et les rares moments d’accalmie nous laissent hébétés, incrédules, courbant presque l’échine, prêts à accuser le coup suivant, que nous craignons toujours être le dernier, le fatal.

Pourtant, Rob et Anna sont l’incarnation du couple parfait : beaux, riches et intelligents, ils vivent et travaillent dans les quartiers cossus de Londres. Tout leur réussit, et, pour parfaire leur bonheur, il ne leur manque qu’un enfant. Bien qu’une première tentative échoue (comme un funeste présage), la suivante aboutit. Les voici donc les heureux parents du petit Jack, un jeune garçon épanoui, plein de vie, d’amour, et de candeur. Seulement la vie peut se montrer cruelle, injuste, et parfois même immonde, une vraie saleté. C’est sans doute ce que Rob et Anna ont ressenti le jour où ils ont appris le cancer de leur fils, puis tous les jours qui ont suivi, à compter de la minute où leur a été annoncé le caractère incurable de la maladie.