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Iles britanniques

Karl Popper, La Quête inachevée (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 20 Mars 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Les Belles Lettres

Karl Popper, La Quête inachevée, traduit de l’anglais par Renée Bouveresse et Michelle Bouin-Naudin, Paris, Les Belles-Lettres, septembre 2025, 350 pages, 17 €. . Ecrivain(s): Karl Popper Edition: Les Belles Lettres

 

Très rares sont les autobiographies philosophiques qui commencent ainsi : « À vingt ans, je devins apprenti chez un vieux maître ébéniste à Vienne, Adalbert Pösch. J’ai travaillé avec lui de 1922 à 1924, peu de temps après la Première Guerre mondiale. Sa ressemblance avec Georges Clemenceau était totale, mais c’était un homme aimable et très doux. J’avais gagné sa confiance, de telle sorte que, lorsque nous étions seuls dans son atelier, il me faisait profiter bien souvent des inépuisables richesses de son savoir ». Il n’est jamais mauvais, pour quelqu’un qui se vouera à la philosophie, de se frotter, voire de se heurter à la matière, à la réalité : cela pourra lui éviter d’écrire n’importe quoi ensuite. Cet ancrage « réaliste » n’empêchera par Karl Popper de mettre son esprit et son talent au service des abstractions de la logique et de la théorie de la connaissance, même si l’œuvre qui lui valut la célébrité – La Société ouverte et ses ennemis – ressortit à la philosophie politique. Au même titre que Haendel, Popper fit partie de ces cadeaux imprévus que le monde germanique fit à la Grande-Bretagne, avec une importante étape intermédiaire.

Chair, David Szalay (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 02 Mars 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel

Chair, David Szalay, trad. de l’anglais par Benoït Philippe, Albin Michel, janvier 2026, 386 pages, 22,90 € Edition: Albin Michel


Les premiers romans de David Szalay sont problématiques selon la critique anglo-saxonne, car se pose la question de leur classification en tant que… romans. Mais d’après cette même critique, Chair (Booker Prize 2025), le sixième roman de Szalay, se rapproche du genre, entre autres parce que le récit est ici centré sur un seul personnage, un Hongrois du nom de István. Dire que Chair raconte la vie d’István serait excessif : ce sont plutôt dix épisodes de celle-ci qui sont adjoints les uns aux autres, dans une solution de continuité qui étonne au début, puis devient la norme en passant de l’un à l’autre des dix chapitres – mais en ce sens, on pourrait considérer que Szalay propose ici une réflexion sur la mémoire et sur la vérité narrative de nos vies : nous semblons nous aussi, à l’image de István, passer d’un épisode à l’autre, avec parfois une, deux ou cinq années qui disparaissent de notre narration, ou se résument en quelques phrases expliquant comment on est passés, par exemple, de 1993 à 1997 – et quatre années sont perdues. Inintéressantes ? Non, juste peu pertinentes eu égard à l’histoire de notre vie.

William Wordsworth, Ballades lyriques et Poèmes (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 09 Février 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

William Wordsworth, Ballades lyriques (édition bilingue) Traduction : Dominique Peyrache-Leborgne et Sophie Vige Éditions José Corti – 1997 352 p. – 20,85 € Poèmes (édition bilingue) Traduction : François-René Daillie Poésie/Gallimard – 2001 300 p. 11,40€

« … un poète anglais dont on parle assez peu, dont on cite le nom et quelques brefs poèmes (…) plutôt qu’on en connaît bien l’œuvre. » (p. 10, Éd. Gallimard) Tel l’énonce François-René Daillie, traducteur de poèmes sélectionnés de Wordsworth dans la collection Poésie/Gallimard. On ne peut que convenir avec lui de cette interrogation : pourquoi, tout en considérant son importance dans le paysage de la poésie romantique anglaise (« romantique » serait encore un terme trop limitatif au regard de son œuvre), William Wordsworth est-il relégué, au sein de l’édition française, dans une forme de clair-obscur ? La vie brève de John Keats, mort à 26 ans, doit-elle toujours lui permettre de gagner le devant de la scène romantique ? La personnalité tumultueuse de Lord Byron suffit-elle à l’asseoir en tant que figure emblématique de ce mouvement, plaçant quelques autres dans les coulisses ? Et jusqu’à Samuel T. Coleridge, avec qui Wordsworth a co-écrit les Ballades lyriques parues en 1798 : le poète du remarquable Dit du Vieux Marin (présent dans les Ballades en question) semble supplanter, dans la mémoire française, son ami né dans le Lake District.

Alice suivi de La Chasse au Snark (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 28 Novembre 2025. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Pléiade Gallimard

Alice suivi de La Chasse au Snark, traductions nouvelles, Philippe Jaworski, éd. bilingue, 207 illustrations, 1024 p., éd. Gallimard/La Pléiade, n°681 de la collection, 2025, 64 €

 

Royaumes enchantés

Les célèbres récits : Aventures d’Alice sous terre / Aventures d’Alice au Pays des Merveilles / De l’autre côté du miroir, et ce qu’Alice y trouva, suivis de Le Frelon emperruqué et de La chasse au Snark, écrits par Charles Lutwidge Dodgson (alias Lewis Carroll, né en 1832 à Daresbury, et décédé en 1898 à Guildford), font l’objet d’une nouvelle traduction établie par Philippe Jaworski qui précise : « Le diacre Charles Lutwidge Dodgson n’a cure de célébrer la morale conventionnelle quand il écrit des histoires sous le pseudonyme de Lewis Carroll ». La composition des textes s’apparente au collage, au rêve, où, néanmoins, les rituels, les éléments du récit et les mœurs restent typiquement anglais. Lewis Carroll rédige les Aventures d’Alice « sur le fond sinistre de massacres en Irlande, d’oppression dans les manufactures et de la philosophie utilitariste de Bentham. » [Jaworski]. Le texte de Carroll est juxtalinéaire, d’une écriture ronde, qu’il illustre de dessins assez naïfs.

33 Newport Street. Autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises, Richard Hoggart (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 16 Octobre 2025. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

33 Newport Street. Autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises, Richard Hoggart, trad. Claude et Christiane Grignon, préf. Bernard Lahire, 432 p., éd. Hors d’atteinte, 2025, 21 €

 

Transfuge de classe

Richard Hoggart, né en 1914 dans une famille ouvrière de Leeds est décédé en 2014. En 1976, il a dirigé le Goldsmiths College de Londres. Il est considéré comme l’un des fondateurs des cultural studies. Son ouvrage admirable, 33 Newport Street. Autobiographie d’un intellectuel issu des classes populaires anglaises, publié en 1988, est considéré aujourd’hui comme fondamental pour la sociologie, et figure toujours dans les programmes universitaires. Son influence a été majeure pour la sociologie française.

Le grand sociologue anglais, par ce récit autobiographique singulier, inaugure une archéo-anthropologie pionnière de la classe ouvrière, elle dont l’histoire s’enfouit avec la mort de ses membres : « À part ce qui est transmis oralement, les classes populaires n’ont presque aucun sens de leur propre histoire ; et cette histoire est en général décousue, confuse et vite perdue lorsqu’ils remontent à des années qu’ils n’ont pas enregistrées ».