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Iles britanniques

Une autre idée du silence, Robyn Cadwallader

, le Vendredi, 04 Mars 2016. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Denoël

Une autre idée du silence, septembre 2015, trad. anglais (Australie) Perrine Chambon, Arnaud Baignot, 398 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Robyn Cadwallader Edition: Denoël

La recluse

Une autre idée du silence, narre le destin d’une jeune recluse volontaire, une anachorète de l’Angleterre médiévale, prénommée Sarah, dans ce XIIIème siècle, faste époque des reclusoirs. La littérature de la réclusion a certes des précédents ; du fameux La recluse de Jacques Doyon, au plus récent et poétique ouvrage de Carole Martinez, Du domaine des Murmures, qui raconte les miracles d’une autre emmurée, Esclarmonde. Car voilà un motif littéraire qui se prête comme aucun autre à la descente en soi, au soliloque, à la confrontation à sa vérité intérieure. L’acte de se reclure équivaut à se retirer du monde, bien au-delà d’une entrée au couvent. La prise de voile ayant elle-même représenté en littérature un haut lieu de fantasmes, de suppositions, de confrontation à soi et à l’autre dans cette promiscuité d’un monde en vase clos peuplé de femmes, ce quotidien subi ou partagé, ces humeurs heureuses ou chagrines… Ainsi de La Religieuse de Diderot. L’approche de Robyn Cadwallader, jeune auteure Australienne, s’avère bien différente. Teintée de bien plus d’optimisme. Dès le départ, c’est le refus qui conduit au retrait volontaire. Volontaire ?

L’Enfant unique, Xinran

Ecrit par Adrien Battini , le Mercredi, 02 Mars 2016. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman, Editions Philippe Picquier

L’Enfant unique, janvier 2016, trad. anglais François Nagel, 384 pages, 23 € . Ecrivain(s): Xinran Edition: Editions Philippe Picquier

 

Nul besoin de présenter les éditions Philippe Picquier et leur travail de fond quant à la promotion de la culture asiatique sous toutes ses formes livresques. C’est justement cette diversité qu’il s’agit de saluer dès lors que la maison arlésienne n’hésite pas à défendre des textes qui viennent brouiller les genres. L’Enfant unique de la journaliste Xinran fait indéniablement partie de cette catégorie.

L’enquête de Xinran prend pour point de départ et fil rouge un fait divers survenu en 2010, où un jeune homme, sans antécédent criminel ou psychiatrique, avait renversé une femme puis, par crainte d’une arrestation, était descendu de son véhicule pour l’achever de huit coups de couteau. En se demandant comment ce garçon, étudiant en musicologie et pianiste émérite, avait pu commettre un tel acte, Xinran en vient à interroger toute la première génération issue de la politique de l’enfant unique, instaurée à la fin des années 70 pour juguler la croissance démographique. Plutôt que traiter le problème par le haut, elle choisit de s’intéresser à dix récits de vie de ces enfants uniques afin d’en faire ressortir les dynamiques familiales.

Jeunes loups, Colin Barrett

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 19 Février 2016. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

Jeunes loups, février 2016, trad. anglais (Irlande) Bernard Cohen, 264 pages, 21 € . Ecrivain(s): Colin Barrett Edition: Rivages

 

Recueil de sept nouvelles, Jeunes loups (Young skins, selon le titre original) colle aux basques de jeunes irlandais qui traînent leur mal de vivre dans une petite ville imaginaire de la verte Érin.

Le parti pris de Colin Barrett est clair et net : des tranches de vie brutes de décoffrage, quelques rares repères dans l’histoire de ces antihéros, pas de chute inattendue. On les suit une nuit, quelques jours, rarement plus.

Des hommes, jeunes, chômeurs ou employés à de petits boulots, tous ou presque accros à l’alcool, aux filles, parfois à la drogue qu’ils consomment ou vendent, aux médicaments pour soulager leurs souffrances physiques ou stabiliser leurs sautes d’humeur, leurs maux de tête d’après biture.

Des hommes qui subissent avec un désarmant naturel le cours des événements, qui ne songent guère à se révolter, quitter leur bled aux multiples pubs, tant ils semblent formatés tout autant génétiquement que culturellement à une existence dénuée de sens. Résignés, en dépit d’une colère accumulée et que l’on sent toujours prête à exploser, mais qui se dilue dans une acceptation fataliste ou qui, lorsqu’elle explose, le fait de manière parfaitement aberrante et pulsionnelle.

La Belle et le Fuseau, Neil Gaiman

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 12 Février 2016. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Albin Michel

La Belle et le Fuseau, octobre 2015, trad. anglais Valérie Le Plouhinec, ill. Chris Riddell, 68 pages, 19 € . Ecrivain(s): Neil Gaiman Edition: Albin Michel

Dans le recueil Miroirs et Fumée, traduit en français en 2000, se trouve une nouvelle extraordinaire, intitulée Neige, Verre et Pommes, dans laquelle Neil Gaiman (1960) réinvente, perturbe et inverse tout à fait l’histoire de Blanche-Neige ; pour s’attaquer à pareil pilier de l’inconscient collectif et sortir vainqueur par transmutation de la confrontation, il faut un talent littéraire plus que certain – ça tombe bien, c’est celui qu’on attribue à Neil Gaiman depuis qu’on a été confronté à sa plume, c’est-à-dire depuis De Bons Présages (1995 en français). Et on le lui attribue aussi pour ses livres à destination de la jeunesse, dont on sait que bien des adultes les lisent en cachette, voire au grand jour, et en retirent un plaisir sans mélange.

Ainsi donc de La Belle et le Fuseau, bref conte (une soixantaine de pages dont bon nombre contiennent des illustrations signées Chris Riddell) qui s’approprie et réinvente au moins deux histoires : La Belle au Bois Dormant, d’évidente façon (quiconque n’a pas souvenir d’une vague histoire de fuseau peut aller voir du côté des frères Grimm, de Perrault ou de Disney de quoi il retourne avant de revenir à Neil Gaiman), et, à nouveau, Blanche-Neige, puisque l’héroïne du présent récit a passé du temps dans un cercueil de verre, s’entend bien avec des nains et a une connaissance intime d’une « Sombre Majesté ».

La Petite Dorrit, Charles Dickens

Ecrit par Didier Smal , le Samedi, 05 Décembre 2015. , dans Iles britanniques, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman

La Petite Dorrit, Archipoche, avril 2015, trad. de l’anglais par Paul Lorain, révisée par Géraldine Barbe, 2 tomes, 640 pages & 600 pages, 9,65 € & 9,65 € . Ecrivain(s): Charles Dickens

 

Seizième roman de Charles Dickens (1812-1870), souvent présenté, parmi d’autres, comme emblématique de son œuvre, La Petite Dorrit (1855-1857) connut une première publication en dix-neuf livraisons, réunies en deux tomes par l’auteur ; c’est cette subdivision en deux tomes, pratique, qu’ont choisi de respecter les éditions Archi Poche pour cette réédition à la traduction révisée.

Le premier tome est celui de la « pauvreté », ainsi que Dickens l’a intitulé, et l’on voit effectivement Amy Dorrit se vendre comme couturière pour faire vivre son père William, emprisonné à la Marshalsea depuis avant sa naissance ; cet emprisonnement montre le véritable sujet de ce roman : la stupidité, voire l’imbécillité de nombreuses institutions anglaises. Ainsi de la Marshalsea, prison pour dettes que fréquenta le père de l’auteur : on ne peut en sortir qu’une fois ses dettes réglées, alors qu’on ne peut travailler… En poussant le raisonnement jusqu’au bout, on se retrouve, comme le père de la petite Dorrit, à mener la vie d’un « père » putatif pour tous les pensionnaires occasionnels de cette prison…