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Roman

L’éternel printemps, Marc Pautrel (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 30 Août 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, La rentrée littéraire

L’éternel printemps, août 2019, 128 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Gallimard

 

« Nous nous décrivons nos royaumes respectifs, et chacun de ces pays est un délice pour l’autre. Nous nous faisons la cour mutuellement. La conversation française est bel et bien une forme de pratique érotique ».

L’éternel printemps est un roman d’amour et de séduction. Un roman parfait, une vie princière, un voyage humain, l’écrivain possède, comme son éditeur, l’art rare de savoir choisir les noms qu’il donne à ses livres. Comme il possède celui de composer ses romans, et c’est bien de cela dont il s’agit, de composition, comme on le dit pour la musique et la peinture. Marc Pautrel possède cet art d’écrire avec la précision d’un artisan joaillier, chaque geste est pesé, chaque phrase millimétrée, chaque mot choyé. L’éternel printemps est un roman qui mise sur l’amour et la littérature, comme l’on mise sur la vie. L’éternel printemps est le portrait à la plume d’une femme aimée, aimée sur l’instant, pour le timbre de sa voix, cette intonation, cette tessiture, pour ses doigts fins comme des crayons-mines, la grande mèche de cheveux qui lui barre le front, avec ce mouvement réflexe adorable dont je ne me lasse pas, mais aussi pour ses pertes d’équilibre – Je guette ses secondes de folie, les éclairs durant lesquels elle quitte la route et s’envole pour quelques minutes –, et sa conversation, cet art de vivre si Français. L’éternel printemps est un roman de la conversation, de la fréquentation.

La Route de Lafayette, James Kelman (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 30 Août 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Métailié

La Route de Lafayette, janvier 2019, trad. anglais (Ecosse) Céline Schwaller, 384 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): James Kelman Edition: Métailié

Se remettre du deuil en s’activant de voyager n’est-ce pas mieux se souvenir ? Le jeune Murdo prévoit ce départ, accompagné de son père, après la disparition de sa mère et de sa sœur. Tentative de communication entre deux générations différentes et le « retour des absents dans le geste des vivants ».

De cette façon, « il pouvait y avoir une présence. Avant il sentait quelque chose quand par exemple il mangeait une nectarine ».

Traduite, la langue de base (l’anglais) donne, en français, un rythme bien rendu par la traductrice, Céline Schwaller, tant dans l’action que dans une observation soutenue. On vit dans le roman comme dans un film tant c’est scénarisé avec une sorte de perpétuelle réflexion du protagoniste principal :

« …Tu te demandais à qui il appartenait (réflexion à propos d’un accordéon). Quelqu’un de plus tout jeune. Un vieux. Sans doute écossais, ou irlandais, un immigré ; il jouait peut-être dans un groupe ».

La motivation de vivre et de faire autre chose est transcendée par le souvenir d’un décès : « Les gens avaient prié à l’enterrement. Pourquoi ? Pour ne pas mourir ? Oh Seigneur, je t’en prie, fais-moi vivre éternellement ».

Amazonia, Patrick Deville (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Seuil, La rentrée littéraire

Amazonia, août 2019, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Patrick Deville Edition: Seuil

 

Peut-on parler de « roman » à propos de ce livre ? Jacques Lacan se demandait un jour dans quelle encyclopédie on pouvait trouver l’encyclopédie qui contient toutes les encyclopédies. Peut-être est-ce là la tentative (pathétique) de Deville.

Commençons par dire que, de la plume de Deville, on ne doit pouvoir compter que 15 à 20% (au mieux) de ce livre. Le reste, tout le reste, est visiblement un assortiment de copiés/collés venus d’œuvre diverses, de livres d’histoire, de livres de voyages, de biographies etc. Une sorte de macédoine – hélas des plus indigestes – de bouts d’œuvres plus ou moins connues, essentiellement obscures, dont la longue liste mise en fin d’ouvrage ne dit à aucun moment quel morceau vient de quelle œuvre – ce qui constitue une bien étrange conception du référencement littéraire.

Régulièrement, on a même droit à des pages entières du genre Wikipédia et son éphéméride. Pardon d’avance pour la relative longueur de la citation mais elle s’impose, d’autant que Deville y avoue au début toute la méthode de son travail (« je reprenais ces histoires assemblées autour d’Iquitos »). Il s’agit donc ici de l’année 1860.

Apollon dans la poussière, Thomas A. Ravier (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Jeudi, 29 Août 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Léo Scheer

Apollon dans la poussière, mai 2019, 257 pages, 18 € . Ecrivain(s): Thomas A. Ravier Edition: Léo Scheer

 

Christian Gambe est architecte, son épouse Madeleine Avemo, cantatrice. Un soir, alors que Madeleine est acclamée pour sa performance, son mari vient la chercher dans une Porsche de collection achetée le matin même. La cantatrice ne résiste pas à prendre le volant mais, triste fatalité, la voiture termine sa course encastrée dans un mur. Tandis que Christian sort presque indemne de cet accident, son épouse est emmenée à l’hôpital entre la vie et la mort. Elle s’en sort après une longue hospitalisation mais ne peut plus chanter. Elle gardera de la rancune envers son mari.

Ce dernier qui a accepté de réaliser la commande d’une richissime hollandaise catholique : un cimetière où toutes les tombes seront réalisées en verre feuilleté,  rend, par ailleurs, visite à son frère écrivain, Clarin (alias Julien Mellismo), interné dans le Sud. Par un hasard inexpliqué, notre architecte se retrouve en possession de la mystérieuse bague, une grosse topaze montée sur or, de son frère dans sa poche. Alors que cette dernière va circuler de personne en personne, de doigt en doigt, d’incompréhensibles évènements vont avoir lieu.

Les petits de Décembre, Kaouther Adimi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 28 Août 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Seuil, La rentrée littéraire

Les petits de Décembre, août 2019, 256 pages, 18 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Seuil

 

Dans son quatrième roman, Les petits de Décembre, la jeune écrivaine algérienne Kaouther Adimi s’empare d’un fait divers de son pays datant de 2016, le détournant et l’enrichissant pour construire une fable dont les héros sont trois enfants d’une dizaine d’années. Elle explore ainsi avec acuité les rouages et les maux de la société algérienne actuelle, soulignant le poids de l’histoire, notamment de la décennie noire, et dénonçant avec fantaisie et humour l’emprise d’une gérontocratie militaire arrogante et corrompue sur des Algériens asservis, résignés et timorés s’en faisant les complices. Et elle met tout son espoir dans la soif de justice de cette jeune génération affranchie de la peur qui n’a pas connu la terreur islamiste, dans ses capacités de révolte et de résistance.

L’histoire se déroule à Dely Brahim dans la banlieue ouest d’Alger, dans cette « cité du 11 décembre 1960 » appartenant à l’armée et réservée à des familles de militaires ou d’anciens moudjahidines, dont le nom rappelle ces gigantesques manifestations qui se levèrent à Alger et dans les grandes villes du pays pour réclamer l’indépendance, véritable soulèvement populaire contre le colonialisme.