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Roman

Du fond de l’abîme, Walter de la Mare (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 16 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Rivages poche

Du fond de l’abîme, Walter de la Mare, trad. anglais, Dominique Bertrand, Marianne Tomi, 264 pages, 9,15 € Edition: Rivages poche

 

Walter de la Mare, mort en 1956, immense de talent, est injustement méconnu en France. Or, les œuvres de cet écrivain devraient, ou auraient dû s’avérer incontournables. Parce que Walter de la Mare a un style – outre le fait qu’il en ait un propre lui appartenant – travaillé au cordeau et non moins muni de grande fluidité (en cela, il faut saluer les traductions françaises dont nous disposons). Parce que ses nouvelles, précisément dans ce recueil Du fond de l’abîme, se révèlent chaque fois des rêves prégnants, puissants, ahurissants, qui nous font prendre part largement à la vie intérieure des protagonistes, dont les inquiétudes se manifestent souvent par l’effet d’hallucinations dangereusement merveilleuses, aux effets de claire-voie qui ne sont pas sans rappeler les meilleures atmosphères rendues par Rembrandt ou, si le jour est plus présent, par Friedrich (entre autres exemples). A tel point que, sans user d’événements nécessairement riches en rebondissements, le nouvelliste fait naître des ambiances (liées à de profonds questionnements) qui semblent imprimées en nous pour longtemps.

C’est là que j’ai vécu, Lionel Bourg / Le temps est à l’orage, Jérôme Lafargue (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 15 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, La Une Livres, Quidam Editeur

Edition: Quidam Editeur

 

C’est là que j’ai vécu, Lionel Bourg, Quidam éditeur, octobre 2019, 128 pages, 14 €

Le temps est à l’orage, Jérôme Lafargue, Quidam éditeur, septembre 2019, 176 pages, 18 €

 

« La géographie ne ment pas.

Elle énumère, élague, codifie, répertorie mais son vocabulaire, la dépression stéphanoise ne déroge pas à la règle, définit avec rigueur les paramètres psychosomatiques des paysages auxquels il adjoint la poésie la plus expressive » (C’est là que j’ai vécu).

C’est là que j’ai vécu, est à sa manière follement talentueuse, le roman de la destruction d’une ville, Saint-Etienne, où s’entend entre les lignes celle de Paris (1). Un livre romanesque et politique, où le passé ne passe pas dans la mémoire du narrateur, et où le présent s’emploie pourtant à l’effacer.

La Féroce, Nicola Lagioia (par Catherine Blanche)

Ecrit par Catherine Blanche , le Mardi, 15 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Italie

La Féroce, Nicola Lagioia, septembre 2019, trad. italien Simonetta Greggio, Renaud Temperini, 512 pages, 9 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Voici un roman qui ressemble à s’y méprendre à une course d’obstacles : beaucoup d’embuches, des chausse-trappes, quelques vagues éclaircies le temps de se remettre à peu près en selle et de nouveau patatras, la tête sous l’eau avec des sales moments de redondance et d’ennui profond où tout se confond. On en bave vraiment, ça patine et puis, aux trois quarts du parcours, étrangement, cela s’arrange, et même de mieux en mieux puisqu’on se surprend à être ému. Oui, vous avez bien lu. Ému, vraiment, au point de s’accrocher à ces deux êtres : la belle Clara (qui multiplie les aventures sans lendemain et les prises de cocaïne) et son demi-frère Michele.

Enfin, dans la dernière ligne droite, on se sent comme récompensé : la fin est réussie.

Au tout début du récit, Clara est retrouvée morte au pied d’un immeuble et tout porte à croire qu’elle se soit suicidée.

Ceux qui partent, Jeanne Benameur (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Lundi, 14 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

Ceux qui partent, août 2019, 327 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jeanne Benameur Edition: Actes Sud

 

Ce livre a des allures de tragi-comédie. Il se passe en deux actes et respecte les trois unités. Tout se déroule au même endroit, New-York (principalement Ellis Island, l’île où débarquent les émigrés) ; tout a lieu en un jour de 1910 (de l’aube d’arrivée du bateau à l’aube du jour suivant).

Dressons, pour commencer, la liste des personnages :

Emilia et Donato Scarpa, son père (il tient d’une main L’Enéide et de l’autre sa fille) ; tous deux ont quitté leur Italie du Nord pour cette Amérique qui promet d’effacer le passé ; dans leurs bagages : les toiles et les pinceaux d’Emilia, les costumes de scène de Donato.

Andrew Jónsson, le New-Yorkais ; épris de photographie, « il s’est habitué maintenant aux arrivées à Ellis Island » ; c’est un vrai Américain à présent, lui dont les ancêtres « ont été pareils à tous ceux de ce jour brumeux ».

Notre ailleurs, Rasha Khayat (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 14 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Actes Sud

Notre ailleurs, Rasha Khayat, mai 2019, trad. allemand Isabelle Liber, 208 pages, 20 € Edition: Actes Sud

 

Le droit d’être différent

Tarek est un Saoudien qui a fait des études de médecine en Allemagne. Grâce à ce long séjour, il a connu l’Allemande, Barbara, avec qui il s’est marié. Le père décède en laissant deux enfants : Basil et sa sœur Lalya. « S’il était mort, c’était par défaut de patrie. Le sentiment de ne plus être chez lui nulle part lui avait brisé le cœur. Un nomade, disait-elle (Layla), ne pouvait survivre sans sa tribu » (p.88).

Après la mort de Tarek, Layla décide de s’installer définitivement en Arabie Saoudite où elle se mariera avec un homme qu’elle n’a jamais connu. Son frère Basil reste en Allemagne.

Basil va en Arabie Saoudite pour assister au mariage de sa sœur. La mère refuse d’y aller. Ce court séjour fait sombrer le frère dans un gouffre de souvenirs : son enfance, son père, la terre des ancêtres… Il regarde autrement cette terre qui n’existe que dans ses souvenirs lointains. « La trajectoire de mes ancêtres, la frénésie de leurs déplacements, sous-tend le dilemme de ma propre existence – partir ou rester » (p.91). Qui a raison ? Basil ou sa sœur Layla ? Basil rentrera en Allemagne après le mariage, ou restera comme sa sœur au pays du père ?