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Roman

Dernières lettres de Montmartre, Qiu Miaojin (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 23 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Editions Noir sur Blanc

Dernières lettres de Montmartre, octobre 2018, trad. chinois de Taïwan, Emmanuelle Péchenart, 262 pages, 17 € . Ecrivain(s): Qiu Miaojin Edition: Editions Noir sur Blanc

Le roman épistolaire est un exercice complexe puisqu’il consiste à faire apparaître le fil continu d’une intrigue romanesque dans la juxtaposition/succession de fragments narratifs discontinus rapportés dans une collection de lettres. Depuis les Héroïdes d’Ovide jusqu’à l’apogée du genre au XVIIIe siècle, le roman par lettres a connu des succès retentissants dont, entre autres, les Liaisons dangereuses, les Lettres Persanes, les Lettres portugaisesLa Nouvelle-Héloïse

Qiu Miaojin renouvelle le genre.

L’intrigue est simple :

Le personnage principal est Zoé. Chinoise, elle séjourne à Paris pour approfondir sur place sa connaissance de la littérature française dont elle est une amatrice inconditionnelle, tout en s’adonnant parallèlement à l’écriture. Elle y vit une liaison passionnelle avec Xu, une jeune femme taïwanaise, durant trois ans. L’ensemble des lettres constitue, par l’accumulation de détails épars, un tableau en puzzle de cette relation et en exprime l’atmosphère par touches intermittentes, le sujet principal du roman étant toutefois la rupture de cette union que Zoé nomme elle-même « mariage ».

Retour à Budapest, Gregor Sander (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 22 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Quidam Editeur, Cette semaine

Retour à Budapest, janvier 2019, trad. allemand Nicole Thiers, 248 pages, 20 € . Ecrivain(s): Gregor Sander Edition: Quidam Editeur


La littérature de langue allemande, notamment celle d’auteurs venant de l’Est, est vraiment à l’honneur dans le catalogue des éditions Quidam. Et après Reinhard Jirgl et Karsten Dümmel, c’est avec grand plaisir que l’on découvre Gregor Sander et son magnifique Retour à Budapest, sorti en Allemagne en 2014 sous le titre Was gewesen wäre (littéralement : Ce qui aurait été).

Gregor Sander, qui est né et a grandi dans l’ex-RDA, avait vingt ans à la chute du mur et vit actuellement à Berlin, tout comme son héroïne. Malgré la réunification, il semble, à l’instar de nombre de ses protagonistes, toujours un peu à cheval entre deux mondes, entre deux temps.

Continuité et ruptures, réunion et séparation, tant sur le plan historique que psychologique – et même stylistique – s’avèrent ainsi la thématique centrale de ce roman d’amour complexe. Un roman s’ancrant symboliquement au cœur de cette capitale hongroise réunissant par delà le Danube les anciennes villes de Buda et de Pest, tout en traversant les frontières et remontant le temps.

Mollusque, Cécilia Castelli (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mardi, 22 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Serpent à plumes

Mollusque, janvier 2019, 151 pages, 17 € . Ecrivain(s): Cécilia Castelli Edition: Le Serpent à plumes

 

La confession de Gérard le crustacé

S’il est vrai que la première phrase d’un roman peut être décisive et révéler le ton et la couleur de l’ensemble, le nom attribué au personnage principal est rarement anodin, innocent. Le narrateur de Mollusque ne s’appelle pas Gérard par hasard : c’est sa mère, une drôle de femme, qui a tenu à le lui donner. « Pas intellectuelle pour un sou », elle aime cependant les poètes et en particulier Gérard de Nerval, qu’elle tient pour l’arrière-grand-parent dans la lignée. Elle aurait d’autant plus dû penser à un autre nom qu’elle sait comment l’ancêtre a fini sa vie : au bout d’une corde. Négligeant royalement l’éducation de son fils, elle préfère s’adonner à une drôle d’occupation, qui semble son passe-temps favori :

Ma mère, bizarrement, adorait repasser ses culottes. Je ne sais pas pourquoi. Cela devait la détendre, la relaxer. Elle faisait souvent des piles entières de culottes qu’elle posait ensuite sur la table et qui finissaient parfois par tomber par terre. Alors elle les ramassait, les repliait, et elle semblait satisfaite.

300 millions, Blake Butler (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 21 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Inculte

300 millions, janvier 2019, trad. (USA) Charles Recoursé, 550 p. 24,90 € . Ecrivain(s): Blake Butler Edition: Inculte

Il ne faut pas croire tout ce qui est écrit. Les mots inscrits noir sur blanc dans les pages d’un livre ne sont pas forcément les mots que l’on croit lire. Les mots ont aussi un pouvoir. Ils peuvent même être dangereux et, quand on s’en rend compte, il est trop tard. Si toutefois on s’en rend compte.

Gretch Garvey est une espèce de méta Charles Manson qui recrute des jeunes disciples pour l’aider à accomplir son grand dessein : anéantir toute la population américaine et permettre l’avènement de Darrel, la voix qui parle dans et à travers lui. Mais les policiers sont sur le coup. Quand ils l’arrêtent, ils découvrent une maison remplie de cadavres que les disciples de Gretch Garvey lui ont amenés et qu’il a en partie mangés.

Au début du roman, c’est Gretch Garvey qui parle et le texte est annoté par Flood, un policier. D’autres personnes interviennent, glissent par-ci par-là un mot, une remarque, précisent et rectifient certaines situations ou comportements. Dans la maison ont été retrouvées des malles pleines de vidéos. Pour les policiers, elles représentent des indices qui vont leur permettre de comprendre ce qui s’est passé et peut-être aussi de découvrir comment Gretch Garvey a réussi à convertir tous ces jeunes gens. Mais en visionnant les bandes, les policiers se retrouvent contaminés et tuent leur famille avant de se suicider. Ce n’est que le début de l’épidémie.

Les choses, Georges Pérec (par Christian Massé)

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 21 Janvier 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pocket

Les choses, 192 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Georges Perec Edition: Pocket

 

Le roman de Georges Pérec présente le consumérisme (pris au sens sociologique : mode de vie lié à la consommation) comme la seule source de bonheur possible. Psychologues enquêteurs d’opinions publiques sur le dernier bien matériel sorti, Jérôme et Sylvie font l’expérience de sa conquête, vitale, réelle ou fantasmée. Et de l’insatisfaction qui en résulte sur fonds de course à l’argent. Celle-ci  semble justifier l’usage régulier du conditionnel.

… de chaque côté de la table… il y aurait deux fauteuils de bois et de cuir à hauts dossiers. […]. Une 3è table, plus petite, supporterait une lampe suédoise. […]. Un trépied de bois peint porterait une mappemonde de maillechort et de carton bouilli… La vie, là, serait facile (p.17).

… Cette absence de simplicité presque, était caractéristique. […]. Leur amour du bien-être, du mieux-être, se traduisait le plus souvent par un prosélytisme bête : alors, ils discouraient… sur le génie d’une pipe, ou d’une table basse (p.26-27).

… Ils étaient à bout de course, au terme de cette trajectoire ambigüe qui avait été leur vie six ans, au terme de cette quête indécise qui ne les avait menés nulle part, qui ne leur avait rien appris (p.131).