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Roman

L'étranger, Albert Camus (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 04 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

L'étranger, Albert Camus, 191 pages – 6,30 euros Edition: Folio (Gallimard)

 

En aplomb de ce roman publié en 1942, la mort plane, embusquée, discrète, comme ces linges légèrement humides flottant au vent à l'écart des maisons. Dès la première page avec le décès d'une mère, en plein cœur du récit avec le meurtre d'un inconnu, enfin à l'ultime page avec l'exécution du meurtrier. Pour le reste, il n'est question que d'un homme, Meursault, personnage relativement ordinaire, falot, sans qualités, d'une équanimité parfois exaspérante. Un homme qui s'efface, qui endure sans mot dire la souveraineté de la réalité et subit le poids de la bienséance collective scandée par une insigne tartufferie. Un homme engrené dans la toile de l'existence et les rets de ses aléas, accablé par le cagnard et la lumière algériens, asservi aux humeurs incommodes de son patron, submergé par le besoin de conformité de sa petite amie qui le presse au mariage... Un homme prenant la vie comme elle vient et qui, d'une certaine manière, a lâché prise face à l'incontrôlabilité de l'existence. Pour quelle raison ? Par tempérament, ou simplement par sensibilité aiguë à la relativité, à l'inanité, à l'absurdité de l'acte humain. Absurdité élevée à son comble lorsqu'un de ses voisins tabasse sans relâche son chien puis le pleure sans consolation possible une fois ledit chien enfui.

Commencer dans le noir, Christine Sitchet (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mardi, 04 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Commencer dans le noir, Christine Sitchet, Éditions Teham, 248 pages, 15 euros, septembre 2019

 

C’est un roman qui rappelle Paris est une fête d’Ernest Hemingway. En sens inverse, de l’autre côté de l’Océan. New York. Manhattan. Harlem. Comme Hemingway, Alexandra, le personnage de Commencer dans le noir, a à peine plus de vingt ans et est journaliste. Mais arrêtons ici le parallèle afin de ne pas rater la qualité et l’originalité de ce premier roman.

« "Me voici à New York !" Je me répète cette phrase. Comme pour me rassurer et faire taire un doute. Non, je ne vais pas me réveiller à Paris. Non, ce n’est pas un rêve. Ou plutôt si : sa concrétisation. Insoutenable ébriété… »

Alexandra y arrive en janvier 2001 – année dont le mois de septembre restera mémorable à tout jamais. En attendant, avec une joie de l’esprit communicative et à travers une écriture agréablement juste, elle invite le lecteur dans sa découverte d’une ville rêvée et au partage d’une passion qui est totale.

Des gens comme eux, Samira Sedira (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mardi, 04 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Rouergue

Des gens comme eux, 2020, 140 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Samira Sedira Edition: Le Rouergue

 

On peut se demander comment un tel livre a été publié en l’état.

Il aurait en effet mérité, à mon sens, d’être retravaillé.

Les dimanches n’ont pas que leurs peintres, ils ont aussi leurs écrivains. Les uns ne font que des croûtes ; d’autres manifestent un certain talent, et c’est sans doute le cas de Samira Sedira. Encore faut-il travailler sa technique. (Ce n’est pas qu’en lisant qu’on apprend à écrire, c’est aussi en écrivant, ou plutôt en réécrivant.)

Je reste convaincu qu’un vrai travail de corrections (sous la houlette de l’éditeur dont ce devrait être le rôle), de reprises de phrases, de coups de rabot, de chasse aux lieux communs, aux mots utilisés à contresens, de suppression de points d’exclamation intempestifs, etc. aurait bénéficié à ce roman et lui aurait fait gravir une marche indispensable pour le sortir du marigot des livres médiocres, sans valeur littéraire, dans lequel il patauge tristement.

Opus 77, Alexis Ragougneau (par Marc Ossorguine)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 03 Février 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Viviane Hamy

Opus 77, Alexis Ragougneau Edition: Viviane Hamy

 

L'opus 77 qui est au centre de ce récit, c'est le 1er concerto pour violon de Dimitri Chostakovitch (aussi connu sous le numéro d'opus 99). Une œuvre que le compositeur, tour à tour réprouvé et honoré par le régime stalinien, composera dans une période pour lui sombre, en 1947-48 et qui sera créé en octobre 55 par le violoniste David Oistrakh et le chef Evguéni Mravinski. Pour autant ce n'est pas de Chostakovitch dont il est question dans ce 10e opus publié par Alexis Ragougneau (5 textes de théâtre et 5 romans).

Opus 77 nous introduit dans les secrets de famille d'un chef d'orchestre prestigieux, ancien pianiste, et dont la fille est aussi une pianiste de 25 ans dont la carrière internationale s'ouvre et s'annonce des plus remarquables, guidée par un imprésario de talent. Le récit s'ouvre sur les obsèques du père, Classaens, chef de l'Orchestre de la Suisse romande *. Sa fille, doit jouer une pièce pour piano avant de débuter la cérémonie, elle ne sait pas vraiment quoi jouer, après avoir passé ces derniers jours au chevet de son père agonisant.

Le Bon Sens, Michel Bernard (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 31 Janvier 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde

Le Bon Sens, janvier 2020, 208 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michel Bernard Edition: La Table Ronde

 

« La parole de Jeanne s’enlaçait comme une liane vigoureuse, verdoyante, au questionnement sec et abstrait des prêtres, professeurs et maîtres qui la jugeaient, et montait plus haut. Il comprenait mieux comment elle avait pu séduire et entraîner seigneurs et soldats. Et puis elle était morte, encore une enfant, horriblement ».

Le Bon Sens poursuit ce chemin littéraire et historique ouvert avec Le Bon Cœur par Michel Bernard, écrivain de passions et de raisons. Jeanne d’Arc a été condamnée et mise à mort, Charles VII s’emploie à rendre la France à la France et à en chasser les anglais, fidèle à la mission que s’était fixée la Pucelle. Le Bon Sens est le livre de cette reconquête, celui du pardon royal pour ceux qui ont fait alliance avec les envahisseurs, mais aussi celui du procès en vérité de Jeanne, et la proclamation de l’arrêt annulant sa condamnation, le 7 juillet 1456. Michel Bernard s’attache et nous attache à ces hommes de Bon Sens qui vont participer à la mise au jour de la vérité, à la conquête d’une parole juste, à la mise en lumière des accusations et du jugement du tribunal qui l’a condamnée au bûcher pour sorcellerie.