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Roman

Nuits Appalaches, Chris Offutt (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallmeister, Cette semaine

Nuits Appalaches (Country Dark), mars 2019, trad. Anatole Pons, 225 pages, 21,40 € . Ecrivain(s): Chris Offutt Edition: Gallmeister

 

L’âpreté de ce roman laisse des traces profondes. Dans un Kentucky onirique et désolé, des personnages vivent la tragédie du monde, de la peur, de la violence, de la solitude et de l’amour. Peut-être faudrait-il commencer par le dernier, tant, au cœur de ce trou perdu et de cette histoire plus sombre que la nuit, la lumière qui traverse le récit est portée par un amour éperdu, puissant, invincible.

1954. Dans un monde quasi biblique, fait de solitude, de nature sauvage et de pauvreté, Tucker et Rhonda semblent directement sortis d’une légende édénique. Tout commence par une rencontre improbable, faite semble-t-il sous le regard colérique d’un Dieu jaloux, d’un Iahvé fidèle à lui-même, terrible et sans pitié.

« La foudre naissait de leur friction, comme les étincelles lorsqu’on frotte deux cailloux, et la pluie était une sorte de sang qui s’écoulait des nuages blessés. Il respirait paisiblement. L’orage allait passer et ça ne lui faisait ni chaud ni froid.

Marie-Claire, Marguerite Audoux (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Marie-Claire, 190 pages, 8 € . Ecrivain(s): Marguerite Audoux Edition: Grasset

 

La carrière littéraire de Marguerite Audoux tient de la légende : cette couturière de Montparnasse, pauvre et mal voyante, fut découverte au début du siècle dernier par Charles-Louis Philippe et ses amis de la NRF. Son roman Marie-Claire, publié aux éditions Fasquelle avec une préface d’Octave Mirbeau, obtint le prix Femina en 1910.

Mais que sait-on de ce roman ? « Une enfance de bergère orpheline, en Sologne, au début de la IIIème République… », dit en 2005 la quatrième de couverture de l’édition Grasset. « Un roman social », dit en 2019 l’éditeur jeunesse Talents hauts, qui prend l’originale initiative de l’intégrer à sa collection Les Plumées, pour offrir aux adolescents les chefs-d’œuvre de « la littérature du matrimoine ».

Marie-Claire est un roman autobiographique, un roman d’apprentissage, un roman social « de la vie des pauvres », disait Charles-Louis Philippe, un roman « du matrimoine », mais il est plus que tout cela : il possède une justesse de ton qui lui confère, de la première à la dernière page, une qualité littéraire exceptionnelle.

Chroniques des années d’amour et d’imposture, Christophe Fourvel (par Sylvie Zobda)

Ecrit par Sylvie Zobda , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Chroniques des années d’amour et d’imposture, Médiapop Editions, mai 2019, 459 pages, 18 € . Ecrivain(s): Christophe Fourvel

 

Comment écrire un roman aujourd’hui ? C’est la question posée par Christophe Fourvel dans ces Chroniques des années d’amour et d’imposture.

« Longtemps, les artistes ont tenté de fabriquer de l’imaginaire avec de la réalité. Puis il y a eu Proust. Sans doute que Proust, bien avant l’internet, a proposé l’alchimie inverse : faire de la réalité à partir de l’imaginaire. Après, on connaît l’histoire […], nous en sommes à fabriquer de l’imaginaire avec de l’imaginaire. […] Nous n’avons plus que des références fictionnelles ».

L’auteur aime la fiction et propose des personnages nourris au parfum de séries télévisées (Amicalement vôtre, Mannix) et de films (ceux de Rohmer, de Woody Allen, de Buñuel, de Desplechin, des titres cultes comme Le Parrain ou la série des James Bond…) qui les entraînent tour à tour dans un roman familial à partir d’une recette allemande de pommes de terre, un générique du début légèrement décalé, des trouées comme la télévision sait nous les proposer au cœur d’une fiction, un roman d’espionnage, un non générique de fin.

Tignasse étoile, Evelyne Wilwerth (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Tignasse étoile, Evelyne Wilwerth, éditions M.E.O., février 2019, 168 pages, 16 € . Ecrivain(s): Evelyne Wilwerth

 

Le dialogue est endiablé, presque incisif mais joyeux chez cette enfant (fille), Jacinthe soucieuse de son aspect transcendé par ce que peut être ou devenir (parfois malgré elle) sa coiffure.

L’intelligence, elle, se pose en adulte : « Mais je distingue bientôt des oiseaux étranges qui tournent, tournent dans le ciel. Dans mon ciel, à l’intérieur de moi. Vite sous les couvertures ».

Style enlevé. Phrases courtes emportant l’idée : « Annonce l’arrivée du ministre dans dix minutes ».

Gestuelle impeccable. Diction irréprochable.

Introduction claire et charpentée. Choyé, l’enfant se fait son monde : « Je ferme les yeux. J’entre dans de l’ouate. Je n’entends plus rien. Sauf ma respiration ».

En très peu de mots mais qui se succèdent à eux-mêmes comme une évidence, Evelyne suscitant une idée évaluée à la rapidité de l’action, suggère l’envie de lire en continu et presque même de la précéder dans sa démarche, ce genre de style motivant fortement l’intrigue à percevoir.

Trois jours à Jérusalem, Stéphane Arfi (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jean-Claude Lattès, Cette semaine

Trois jours à Jérusalem, octobre 2018, 316 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Stéphane Arfi Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les « vies de Jésus » forment une sous-catégorie particulière du genre littéraire appelé « biographie » et aucun être humain, si longue que soit son existence, ne pourra les lire toutes. Comme cela se produit invariablement, cet amoncellement de volumes, qui soutiennent des positions contradictoires, finit par s’auto-annuler et par s’affaisser sous sa propre masse. On en revient alors au point de départ, à ces quelques dizaines de pages du Nouveau Testament, dues à de très grands écrivains, de même qu’on revient toujours à Platon ou à Shakespeare, quand les yeux et l’esprit sont fatigués d’avoir compulsé des piles de thèses et d’études critiques à leur sujet.

Loin d’être une biographie exhaustive, le mince recueil que l’on désigne sous l’expression de Nouveau Testament garde un silence infranchissable sur des pans entiers de la vie du Christ. De même que certains individus ne supportent pas le silence et éprouvent le besoin de le remplir par ce qui vaut rarement mieux que lui – du bruit ou du verbiage – on a très tôt tenté de meubler le silence des Évangiles. Une bonne part de ce qu’on appelle la littérature apocryphe n’est rien d’autre qu’une tentative, très rarement réussie, de briser ce silence.