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Roman

Now, Gerry Feehily (par Mattia Bonasia)

Ecrit par Mattia Bonasia , le Mercredi, 08 Juillet 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques

Now, Gerry Feehily, KC Éditions, 2026. 293 pages, 21.00 euros

Le règne de l’image : corps, désir et identité dans « Now » de Gerry Feehily

Avec Now (KC Éditions, 2025), Gerry Feehily explore les formes du désir contemporain : la mode et sa métaphysique de l’éphémère. Rock, désir et drogue s’entrechoquent à travers les corps des mannequins et des créateurs qui circulent entre Londres, Paris, Rome, Tokyo ou New York, à la fin de l’ère Thatcher, entre la chute du mur de Berlin et l’épidémie de sida. Les protagonistes, qui évoluent dans le milieu de la haute couture, sont des images avant même de devenir des individus. La mode représente ainsi le modèle du monde décrit par le roman : le capitalisme ne produit plus seulement des objets, mais aussi des identités, des fantasmes et des formes de vie. À travers les relations changeantes entre photographes, mannequins et créateurs, l’auteur nous amène dans un univers où les corps sont constamment transformés en signes. Le mannequin Dave devient une surface de projection, une image consommable, une promesse de beauté, de jeunesse et de réussite. Alors qu’Amber, mannequine internationale reconnue partout mais étrangère à elle-même, incarne quant à elle cette contradiction : son visage appartient aux photographes, aux marques et aux hommes avant de lui appartenir. En effet, Now est un roman choral qui refuse un centre unique : chaque chapitre prend le nom du personnage placé au cœur du récit.

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, USA, Le Livre de Poche

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Bétan, Livre de Poche, mars 2023, 216 pages, 8,70 € Edition: Le Livre de Poche

 

Sortons la grosse artillerie : Les Oiseaux du temps a valu à ses auteurs trois des principaux prix dans les domaines de la science-fiction et de la fantasy : le Nebula, le Locus et le Hugo. On peut ajouter à cela l’éloge de Ken Liu, auteur déjà célébré par deux fois ici : « L’une de ces rares histoires où l’on a du mal à décider s’il faut faire plus d’éloges sur sa structure et sa prose intelligentes ou sur ses idées et ses personnages brillants. »

Et que sont ces personnages ? Bleu et Rouge, deux combattantes temporelles non physiquement décrites, chacune au service d’un empire qui tâche d’obtenir la victoire absolue sur l’Histoire et donc le monde, Jardin et l’Agence, chacun désireux de voir se concrétiser ses « futurs prévus ». Rouge et Bleu voyagent d’un brin, d’un possible historique, d’une uchronie à peine effleurée, à l’autre, provoquant des guerres ou y mettant fin, parfois dans un bain de sang (ouverture du roman :

Jésus-la-Caille de Francis Carco (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 02 Juillet 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont)

Francis Carco, Romans, édition établie et présentée par Jean-Jacques Bedu et Gilles Freyssinet, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004, 1230 pages, 31 euros Edition: Bouquins (Robert Laffont)

 

On entre avec aisance dans Jésus-la-Caille, premier roman publié en janvier-février 1914 dans Le Mercure de France d’Alfred Vallette et Rachilde par Francis Carco qui deviendra ensuite, à l’instar de son presque exact contemporain Pierre Benoit, un écrivain à succès. L’efficacité narrative, la manière dont les principaux personnages sont introduits (Jésus-la-Caille, Pépé-la-Vache, le Corse, Fernande…) et dont l’intrigue est nouée (arrestation et emprisonnement de l’« homme » de la Caille, Bambou) rendent la lecture plaisante. On s’aventure dans un milieu (celui, montmartrois, des souteneurs, des « pierreuses » et des « jésus ») pour nous, à cent douze ans de distance, exotique. Il y a un dépaysement propre à provoquer la songerie, voire la nostalgie.

Une gêne, une frustration qui n’est pas tout à fait une déception apparaissent toutefois, cette visite des quartiers interlopes circa 1910 prenant vite un aspect « muséal ». On retrouve les contradictions du pittoresque (social et historique en l’occurrence) en littérature : il charme d’abord puis lasse par manque de profondeur, de consistance.

Saturne (Saturno), Eduardo Halfon (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 01 Juillet 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, En Vitrine, Quai Voltaire (La Table Ronde), Cette semaine

Saturne (Saturno), Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg, La table Ronde quai Voltaire, mai 2026. 75 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Eduardo Halfon Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)


Une novella ou un court roman qui marque l’entrée d’Eduardo Halfon en littérature en 2003. Et quelle entrée !

C’est une lettre au père, une lettre au nom-du-père plus qu’à l’homme dont l’expéditeur est le fils. Les règlements de compte des fils au Père sont toujours inscrits dans le symbolique, dans l’espace étroit qui fait du nom un héritage, une dette et un grief. Ici le grief emporte tout. Cette missive est un condensé d’amertume, de misère morale, de désolation. Le père n’a pas su, n’a pas pu, n’a pas voulu. Son absence symbolique aux yeux du fils est abîme, trou, béance. La trace de Kafka est manifeste.

IL n’a rien entendu du fils. Pire, IL n’a rien écouté. IL a laissé le fils se coltiner seul au réel, à la base et à la dure. IL n’a jamais baissé les yeux vers le fils, jamais baissé l’oreille. IL a régné de toute sa hauteur, comme un dieu terrible aveugle et sourd pour sa création : Saturne, le dieu qui dévorait ses enfants à la naissance pour qu’aucun ne le détrône.

Les amours de George – Stéphane Guégan (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 25 Juin 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Les amours de George – Stéphane Guégan – Gallimard – 176 p. – 19 euros – 07/05/26. Edition: Gallimard


« L’enfance s’en était allée. Ne restait qu’un trésor de souvenirs, et une poignée de fantômes. Revenue à Nohant, aux grands arbres du parc, aux chiens, aux chevaux et à ses anciens compagnons de jeu, autorisée à brader l’uniforme du couvent contre de pimpantes petites robes à la mode de la Restauration. Aurore s’étonnait de jouir autant des choses et des êtres dont le couvent l’avait coupée. »

Il y a 150 ans, le 8 juin 1876, disparaissait George Sand, à l’âge de 71 ans après avoir traversé le XIX° siècle avec passion, force et style. La passion, la force et le style fondent Les amours de George. Le corps est une affaire de langue, celui de George Sand se livre à ses amours, comme elle livre sa langue à ses romans, cette langue qui porte en son sein toute l’aventure du classicisme littéraire, voir et écrire, ne croire qu’en la justesse, la musique intérieure de la phrase, tout autant qu’en la force de l’étreinte, et ne jamais oublier l’attraction des fleurs.