Juste avant la sortie de son adaptation cinématographique, envie de relire La Constellation du chien, le premier roman de Peter Heller, histoire de faire son propre cinéma, d’exercer sa propre imagination face aux mots de ce roman intense racontant la vie « dans le sillage d’un désastre ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit, dans cette histoire d’après l’Apocalypse (au réchauffement climatique se sont successivement adjointes une grippe létale, puis une « maladie du sang » à mi-chemin entre le Sida et ebola, pour ce que l’auteur en écrit), de la vie, avant tout de la vie, comment elle persiste, obstinée, neuf ans après « la fin de toute chose », pour citer le narrateur. Certes, les truites ont disparu de cours d’eau devenus trop chauds pour elle ; certes, en ce Colorado, lorsqu’il est survolé dans un Cessna millésimé 1955, on voit surtout une forêt « brune […] tuée par les coléoptères, achevée par la sécheresse » - mais « il y a des parcelles d’arbres verts [;] ces parcelles verdoyantes s’étendent d’année en année. La vie est tenace si on lui montre ne serait-ce qu’un peu de soutien. » C’est le plus curieux dans ce roman que d’aucuns ont, avec un rien de paresse, comparé à La Route de Cormac McCarthy : il est violent au possible, la Mort semble la seule avec qui on puisse envisager de danser une dernière fois, surtout lorsqu’on en a été réduit à mettre fin aux souffrances de sa femme, et pourtant, il est aussi une ode à la Vie, avec des scènes incroyables de fusion avec la nature.