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Roman

Et frappe le père à mort, John Wain (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 14 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Cette semaine, Editions du Typhon

Et frappe le père à mort (Strike the Father Dead, 1962), mai 2019, trad. anglais Paul Dunand, 394 pages, 19 € . Ecrivain(s): John Wain Edition: Editions du Typhon

 

« La musique adoucit les mœurs », prétend le proverbe. Mais encore faut-il s’entendre de quel type de musique il est question. Car quand un père est féru de musique classique et son fils de jazz, la musique est plutôt source de heurts, de tensions. Ou elle ne fait qu’envenimer une situation déjà bien explosive. Et entre Jeremy et son père, Alfred, la musique n’est qu’un élément parmi d’autres de la discorde qui les oppose sous les yeux d’Eleanor, tante du premier et sœur du second, vieille fille dépassée par les événements, mais témoin privilégié pour donner un autre point de vue sur la situation.

Alfred est un professeur de grec à l’université, tendance rigide et arc-bouté sur des principes. Il mène une existence austère, entièrement dévouée à son travail. Pour lui, « un bon fils est un fils qui sait la grammaire grecque ». Or, Jeremy en a plus qu’assez de travailler ses versions et ses thèmes. Il a dix-sept ans et il rêve de musique. Depuis qu’il a découvert le jazz, Jeremy a cette musique « dans le sang ». Alors que pour son père, « jouer ou écouter du jazz avait quelque chose de déshonorant, un peu comme la masturbation ». Il la considère comme une « musique discordante, monotone et populaire », « une voie de perdition ».

Au-dessus de l’Abysse, Conrad Aiken (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard, Cette semaine

Au-dessus de l’Abysse (Blue Voyage), 453 pages, 7,95 € . Ecrivain(s): Conrad Aiken Edition: Gallimard

 

Une traversée. Dans la narration, une traversée de l’Atlantique en paquebot – New-York-Angleterre. Mais c’est à une tout autre traversée que le lecteur est convié par Aiken, celle des apparences, celle du langage, celle de l’extraordinaire aptitude des êtres à couvrir leur désespoir et leur solitude de propos logorrhéiques et vides. La traversée « Au-dessus de l’Abysse » est celle de l’infinie tristesse de la condition humaine, celle de l’infinie frontière intérieure de la littérature.

Dans un monde clos pendant huit jours, des gens qui ne se connaissent pas vont se rencontrer, parler, se retrouver au cœur des fonctions essentielles du langage : dire l’amour, la haine, les regrets, la peur. Dire soi. Conrad Aiken, grand poète et romancier, décortique l’âme humaine à travers les conversations. Et les gens se révèlent, nus, odieux souvent, malheureux toujours. Ils traversent l’Atlantique sur « les gouffres amers » de Baudelaire, métaphore d’une condition humaine juchée « au-dessus de l’Abysse ».

Des hommes en noir, Santiago Gamboa (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 12 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Amérique Latine, Métailié

Des hommes en noir, avril 2019, trad. espagnol (Colombie) François Gaudry, 368 pages, 21 € . Ecrivain(s): Santiago Gamboa Edition: Métailié

La réalité est une forêt sauvage, ses yeux de serpent brillent dans l’obscurité avant qu’elle attaque sa proie. Mais le plus dangereux au monde est l’amour qui s’assèche. Celui qui n’a pas pu sortir du tronc de l’arbre, qui s’est enroulé sur lui-même et a mordu son propre cœur.

 

Voilà un polar à la fois subtil et énergique, une enquête captivante dans une Colombie qui soigne tant bien que mal ses blessures, menée par des personnages plutôt atypiques : Julieta Lezama, quarante ans, qui vit à Bogotá, « journaliste indépendante aguerrie » et reconnue, mère de deux ados, en cours de divorce, supporte mal son corps ; libido cependant bien active, elle compense par du sexe alcoolisé. Son péché pas mignon justement : l’alcool, avec un goût prononcé pour le gin tonic en dose très déraisonnable. Et sinon elle se passionne pour « la mort violente que des êtres humains, un beau jour, décident d’infliger à d’autres, pour tous les motifs possibles ». La journaliste pour son travail s’appuie sur l’aide de Joana Triviño, originaire des quartiers pauvres de Cali, secrétaire assistante multifonctions et entre autres « le maniement de tout types d’armes, des plus petites aux moins conventionnelles car elle a passé douze ans dans le bloc occidental des FARC ».

Âmes, Histoire de la souffrance I, Tristan Garcia (par Fanny Guyomard)

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mardi, 11 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Âmes, Histoire de la souffrance I, janvier 2019, 720 pages, 24 € . Ecrivain(s): Tristan Garcia Edition: Gallimard

 

L’humanité en souffrance. C’est l’objet de ce roman, qui raconte la passation de la souffrance à travers les âges, son oubli, ses moments de splendeur et ses grandes misères. Tout commence quand apparaît la vie, il y a des milliards d’années : un ver se retrouve mangé. De ce dédoublement et division originels s’ensuit la multiplication des âmes, le peuplement de la Terre en une gigantesque contamination de la souffrance et une lutte des individus pour survivre.

Chaque chapitre ou conte suit alors les aventures et mésaventures de quatre âmes au fil du temps, comme un jeu où ces quatre couleurs se croisent et vivent les pires choses que l’on puisse imaginer, avant de se perdre et se retrouver dans une autre vie.

Faim, soif, fatigue, froid, chaleur accablante, blessure, torture, viol. La souffrance est déclinée sous toutes ses formes. Et quand on a trouvé le moyen de ne plus ressentir de douleur physique, reste tout de même la peur, la haine, la frustration, le ressentiment, l’abandon, la jalousie ou l’humiliation. Le bonheur se limite alors aux affects les plus bruts…

Tu reviendras, Brahim Metiba (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 11 Juin 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Elyzad

Tu reviendras, avril 2019, 96 pages, 13 € . Ecrivain(s): Brahim Metiba Edition: Elyzad

 

L’un et l’autre

A Paris, un homme de quarante ans se souvient de l’Algérie, de sa ville natale Skikda, et de sa famille laissée il y a dix ans.

Il se souvient notamment de cet incident qui a déchiré ses relations avec la famille et fait de lui un autre : le jour où il a révélé son homosexualité. C’est le jour où tout a basculé.

« Jusque-là je croyais être homosexuel comme on a une passion pour le violon ou les timbres postaux : ça va un moment, puis ça passe, que je finirais par entrer dans le rang. Ce sont, toujours, mes mots de l’époque » (pp.11-12).

Le narrateur solitaire décide de rentrer voir sa ville natale, sa famille, et retrouver sa jeunesse et son enfance lointaines.

« Mon absence avait trop duré, je ne pouvais plus fuir éternellement, il fallait revenir et affronter la situation » (p.19).