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Roman

Le Clou, Zhang Yueran (par Ivanne Rialland)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Zulma

Le Clou, août 2019, trad. chinois, Dominique Magny-Roux, 592 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Zhang Yueran Edition: Zulma

 

Le Clou, premier roman traduit en français de Zhang Yueran, nous révèle un univers romanesque à la fois intime et ample, qui nous fait parcourir trois générations chinoises à travers le dialogue de deux amis d’enfance, Li Jiaqi et Cheng Dong, réunis une nuit, après des années de séparation, dans la maison d’un vieillard mourant.

Le récit a une noirceur d’abord presque rebutante, tant la vie des deux jeunes trentenaires semble irrémédiablement gâchée par les errements et les crimes de leurs aînés : existences étouffées dans des pièces encombrées d’humains et d’objets où le passé est enkysté, énigmatique, sous les yeux effrayés et captivés des enfants. Huis-clos sur ce campus de la faculté de médecine où s’est joué le drame de la génération des grands-parents. Horreur feutrée dont les enfants, en grandissant, et au fil des récits et réminiscences qui tissent le récit, nous livrent peu à peu le nœud originel.

Soif, Amélie Nothomb (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Albin Michel

Soif, août 2019, 152 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Amélie Nothomb Edition: Albin Michel

 

Parodie d’une société « assoiffée » de trouver son bouc-émissaire pour assouvir son désir d’exercer sa cruauté et de jouir du mal causé, ce nouveau roman d’Amélie Nothomb revisite allégoriquement la mise à mort d’une figure emblématique – celle du Christ – en nous faisant revivre, par la voix de la victime elle-même (celle du narrateur), le dernier jour d’un crucifié (Victor Hugo avait écrit Le dernier jour d’un condamné).

Jésus en personne nous parle dans ce roman au titre éloquent, pour nous offrir un autre visage que celui auquel l’Histoire nous a habitués. Jésus nous parle, à nous lecteurs, et s’adresse aussi plus largement à l’humanité, en dévoilant un visage au plus haut vivant (comme la « soif » éprouvée nous rend vivant). Celui qui se voit accusé par ses propres miraculés de ne pas avoir mesuré toutes les conséquences de ses prodiges, celui qui se révèle doté d’un don extraordinaire, dévoile en même temps et contre toute attente que « rien du mal ne lui est étranger », qu’il éprouve à l’égal du commun des mortels le mépris, la peur, la haine, qu’il connaît l’amour par celle qu’il nomme ici « Madeleine », etc.

Avant que j’oublie, Anne Pauly (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 01 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Verdier

Avant que j’oublie, août 2019, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Anne Pauly Edition: Verdier

 

Même si l’histoire a été recomposée et modifiée et son écriture travaillée, ce qui permet de la qualifier de roman, Avant que j’oublie est un récit très largement autobiographique et peu distancié mêlant le tragique et le comique qui nous plonge dans la « vraie vie », au ras des situations et des ressentis comme des corps et des objets. Et Anne Pauly mène ostensiblement à la première personne ce récit de deuil, hommage d’une fille à son père Jean-Pierre Pauly, ancien alcoolique unijambiste et insuffisant respiratoire au corps déchu qui, un jour d’octobre, mourut seul à l’hôpital d’un cancer.

C’est un premier roman dont on peut trouver a priori le sujet impudique, voire indécent car, s’adressant à un père singulier et non au lecteur, il fait de ce dernier un voyeur s’immisçant dans l’intimité de ce père et de sa fille. D’une fille pleine de tendresse pour ce « gros déglingo » anticonformiste et « punk avant l’heure » que fut son père. Et les motivations de l’écriture d’Anne Pauly s’avèrent de surcroît plus thérapeutiques que littéraires, de son aveu-même.

L’affaire Benedikt Gröndal, Gudmundur Andri Thorsson (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 01 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Gallimard

L’affaire Benedikt Gröndal, juin 2019, trad. islandais, Eric Boury, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gudmundur Andri Thorsson Edition: Gallimard

 

 

Ólafur Árnason, le narrateur, vieux magistrat au seuil de la retraite, revient sur sa vie passée dans une Islande rude, austère et tourmentée, qu’il a néanmoins choisi de servir. Aussi verra-t-il bon nombre de ses amis et accointances déserter la terre natale pour un ailleurs plus clément, et parmi eux, Anna, son amour de jeunesse. Cette fidélité indéfectible et irrationnelle à l’égard d’une passion platonique fait écho à son inébranlable loyauté envers l’identité islandaise et donne le ton de sa narration : grave, nostalgique et romantique, parfois caustique, voire incisive envers le microcosme universitaire. Cette voix, riche de nuances et de subtilités, est relayée par une écriture poétique et érudite dont la noblesse pourrait en intimider plus d’un. Et pourtant, quel ravissement de s’élever aux confins d’un univers si religieusement docte et extatique, au cœur d’Un tout petit monde (1) islandais :

Echo Saharien, L’inconsolable nostalgie, Intagrist el Ansari (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 01 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Echo Saharien, L’inconsolable nostalgie, Editions Alfabarre, 2018, 160 pages, 19 € . Ecrivain(s): Intagrist el Ansari

 

De Paris à Tombouctou, en passant par l’Andalousie, Tanger, Tan Tan, Kidal, Timiawen, Gao, Tamanrasset, Nouakchott, Ménaka, Bamako, la lente trajectoire d’un fils du désert quittant la terre d’exil après dix-huit ans de déracinement en deçà des Pyrénées pour marcher sur les traces de ses ancêtres, de sa tribu, de sa famille, de son passé.

Intagrist el Ansari, de la tribu touarègue des Kel Ansar comme son nom l’indique, met en mots ce long périple suivi d’une halte régénératrice d’une année à Tombouctou, le point central du rayonnement pérégrinatoire des Kel Ansar à travers les siècles sur une grande partie de l’ouest saharien.

Qu’on ne s’y trompe pas ! Il ne s’agit pas d’un récit de voyage. Bien qu’il se réfère à maintes reprises à ces illustres prédécesseurs, Intagrist n’est ni l’explorateur René Caillé, ni l’historien géographe Ibn Battûta, ni le conteur voyageur sociologue Ibn Khaldoun.