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Roman

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari, Actes Sud mars 2026, 148 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

L’enfer est vide, tous les démons sont ici

(William Shakespeare, La Tempête)


La beauté sombre et âpre de ce roman s’empare peu à peu du cœur du lecteur et s’y installe comme une leçon de Ténèbres. Jérôme Ferrari est au sommet de l’art du roman et sa maestria porte cet ouvrage jusqu’à la perfection. Il y encadre une métaphore de la condition humaine dans un thrène lancinant, bouleversant. Les êtres qui errent dans cette dérive désespérante renvoient, à chaque coin de phrase, aux errances de notre destin.

L’incipit est un introït de messe de Requiem aux damnés de la Terre :

American Spirits, Russell Banks (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Actes Sud

American Spirits, Russell Banks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Actes Sud, février 2026, 256 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

Il est désagréable de parler de Russell Banks au passé, même si on n’a pas lu son œuvre dans son intégralité : entre autres, il est et restera le président du regretté Parlement des Écrivains, et ce titre lui va comme un gant. A-t-on envie de disserter sur l’œuvre de Russell Banks ? Non. Juste dire qu’au moins trois de ses romans persistent dans l’esprit du lecteur amateur de ces histoires de l’Amérique au niveau des histoires de Springsteen – et c’est un fameux compliment. Allez, pour le plaisir : La Relation de mon emprisonnement, De Beaux lendemains et American Darling. Et on feint d’en oublier quatre ou cinq du même tonneau.

Mais il n’y en aura plus d’autres, donc, et Americain Spirits, recueil de trois nouvelles, est la dernière fois que le nom de Russell Banks apparaît dans le fil de l’actualité littéraire – mais quelle belle queue de comète ! En effet, c’est un peu comme pour l’œuvre de certains auteurs que la Faucheuse n’a pas pris par surprise : l’impression que Banks a ramassé en trois brefs récits aussi puissants qu’un poing volant à toute allure tout ce qui est constitutif de son œuvre, avec au premier plan cette question lancinante que semble poser à l’Amérique une bonne partie de l’œuvre de Banks :

Projet Dernière Chance, Andy Weir (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres

Projet Dernière Chance, Andy Weir, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nenad Savic, Ed. Bragelonne, mars 2026, 600 pages, 9,95 €

 

La presse dans son ensemble célèbre l’adaptation cinématographique de Projet Dernière Chance par Phil Lord et Christopher Miller, avec Ryan Gosling en tête d’affiche ; très bien, mais on reste libre de se faire son propre cinéma en cours de lecture, surtout si le roman est d’aussi bonne facture que celui signé Andy Weir, son troisième après Seul sur Mars (porté lui aussi à l’écran) et Artémis.

De bonne facture, il l’est grâce à son dispositif narratif : l’essentiel de l’action se déroule dans le vaisseau Dernière Chance, où se réveille un Ryland Grace comateux et à qui la mémoire revient peu à peu, d’où des flashbacks arrivant toujours à point nommé pour expliquer la raison de telle émotion ou la connaissance de telle technique, la possession de tel savoir.

L’ivresse de la violence, Gabor Zoltan (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 04 Mai 2026. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Belfond

L’ivresse de la violence, Gabor Zoltan, Editions Belfond, parution 8 janvier 2026, 363 pages, 23 euros, traduit du hongrois par Thomas Sulmon Edition: Belfond


C’est là un premier roman qui nous plonge dans Budapest des années 40, plus précisément en 1944. Budapest est alors occupée par les nazis, et le chaos qui règne dans la capitale hongroise est exploité par les Croix-Fléchées et leurs miliciens qui vont faire régner la terreur dans la capitale.

Gabor Zoltan écrit ici son premier roman qui, et le titre est explicite, narre les exactions de ces miliciens qui semblent s’étourdir de violence gratuite et féroce ; une spirale qui voue celui qui s’y adonne à commettre le pire sans en prendre conscience. Et c’est la force des pages du roman que de nous donner à lire le pire commis par les Croix-Fléchées, une violence sans limite à l’égard des Juifs qui sont traqués dans la capitale, violences quotidiennes, évidemment gratuites, humiliantes, sans retenue aucune.

Les miliciens des Croix-Fléchées ont les coudées franches, les nazis leur ayant laissé le champ libre dans la capitale. Ces hommes, assoiffés de violence, de pouvoir, jurent de rendre la Hongrie aux Hongrois, et ils mettent leur cruauté au service de cette volonté qui n’est pas sans nous rappeler notre actualité.

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Avril 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallmeister

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller. Traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister, 536 p. 26,90 € . Ecrivain(s): Lance Weller Edition: Gallmeister

 

Lance Weller cette fois ne nous emmène pas sur les champs de bataille de la guerre de Sécession ou des guerres indiennes. De la grande guerre civile américaine, il sera question néanmoins dans ce roman, mais dans un narratif atténué par les années et porté par un vieux colonel nordiste privé de ses deux bras.

L’arc de ce roman, sa linéarité courbe, va de l’Anabase à la Catabase. Xénophon en metteur en scène ! De la montée vers un lieu perdu dans la montagne (c’est le nom même de la bourgade : Forsaken Heights) jusqu’à l’effondrement de ce lieu, comme pour un lever de rideau théâtral avant la chute – brutale - de ce rideau. Catabase, dans les épopées grecques, évoque la descente vers les Enfers. Lance Weller scande son roman comme une tragédie antique : ses quatre parties – la clef du jardin du roi, Anabase, Catabase, Le jardin du roi – sont les actes de sa pièce.