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Roman

Héros et Tombes, Ernesto Sábato (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 22 Avril 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Points

Héros et Tombes (Heroes y Tumbas, 1961), Ernesto Sábato, Points Coll. Signatures, 2009, 529 pages, 10,70 € Edition: Points

 

Ce roman est un roman d’amour.

Ce roman est une descente aux Enfers.

Ce roman est un roman dans un roman dans un roman …

C’est un serpent constricteur qui étreint les deux personnages liés par un pacte létal : Martin par un amour maudit et une jalousie morbide, Alejándra par une cruauté invincible autant qu’involontaire. L’involontaire disait Lacan n’empêche pas l’intentionnel et les intentions de cette femme sont celles rien moins que du Diable : faire le Mal, avec soin, art, une forme de délectation, mais le Malin le fait toujours en toute innocence. Son amoralité est quasi parfaite – même les rares traces de compassion que ce pauvre fou de Martin lui fait éprouver deviennent des instruments de torture dans son âme égarée.

Écorces, Hajar Bali (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 17 Avril 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Belfond

Écorces, Belfond, janvier 2020, 304 pages, 18 € Edition: Belfond

 

Les écorces de l’être

Nour, 23 ans, est un étudiant en mathématiques. Il vit avec sa mère Meriem, sa grand-mère Fatima, et son arrière-grand-mère Baya. « J’ai trois mères », dit-il.  Au jour le jour, Nour découvre des fragments de la mémoire familiale où règnent la soumission et la tradition sur les deux sexes, à travers toutes les générations, des années 1930 à 2016. Même les hommes sont soumis aux mères qui « couvent exagérément leurs fils ». De Haroun le grand-père, à Kamel le père, à Nour le fils, personne ne décide lui-même : tout est axiomatisé et vertical. « Papa n’a jamais rien choisi. Je ne veux pas lui ressembler » (p.154).

Nour se trouve relégué entre le pouvoir de ses trois mères et l’élan de liberté qui le pousse à vivre sa vie librement. Parvient-il à s’éloigner des trois mères et décider lui-même ? Et si la femme qu’il aime, Mouna, était sa sœur cachée, fruit d’un amour interdit ?

Au pays des poules aux œufs d’or, Eugène Savitzkaya (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Jeudi, 16 Avril 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Au pays des poules aux œufs d’or, Eugène Savitzkaya, février 2020, 192 pages, 17 € Edition: Les éditions de Minuit

 

Plus qu’un roman, cet ouvrage peut être qualifié de long (et admirable) poème en prose. Le narrateur le dit aussi « conte » ou « fable » à plusieurs reprises, et il en possède en effet de nombreux aspects.

Sous ces diverses caractéristiques, il est tout aussi indéniable qu’on nous invite dès les premières lignes à une grande aventure, puisque nous assistons à la naissance (ou à la renaissance) d’une terre. Terre qui semble singulièrement proche de la nôtre, mais qui s’en distingue aussi par des traits très nets : comment admettre qu’une renarde et un héron soient devenus un couple, par exemple, et qu’ils aient le don de la parole, de surcroît ?

Nous l’avons dit, c’est une aventure : au sein du monde dont on nous parle, la temporalité est visiblement une donnée mineure. Seul compte le portrait d’une forme d’existence dans ce qu’elle a de plus léger et de plus innocent, de plus pourri et de plus envenimé. Qui dit aventure dit aussi quête et objectif : luisant comme un Saint-Graal indistinct, il nous faudrait enfin toucher ce « pays inaccessible » ; cependant, « aucune route ne menait au pays des poules aux œufs d’or » (p.26).

Ret Samadhi, Au-delà de la frontière, Geetanjali Shree (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Jeudi, 16 Avril 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie

Ret Samadhi, Au-delà de la frontière, Geetanjali Shree, Editions Des femmes mars 2020, trad. Hindi, Annie Montaut, 372 pages, 25 €

 

Geetanjali Shree : l’aventure humaine

Au moment où la voûte du vent emporte des vaines, de vulnérables vagues, à la voile du vide, et que vocifèrent les tempes, les héroïnes du roman de Geetanjali Shree vont sans vacarme. Invisibles ou presque, elles se moquent des vétilles à verrouiller dans une vie qui avance contre tempêtes et marées.

L’auteure répond à cet aujourd’hui où s’affole la peur. Stefan Zweig l’a bien mis en évidence dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme : « La plupart des gens n’ont qu’une imagination émoussée. Ce qui ne les touche pas directement, en leur enfonçant comme un coin aigu en plein cerveau, n’arrive guère à les émouvoir ; mais, si devant leurs yeux, à portée immédiate de leur sensibilité, se produit quelque chose, même de peu d’importance, aussitôt en eux bouillonne une passion démesurée. Alors ils compensent, dans une certaine mesure, leur indifférence coutumière par une véhémence déplacée et exagérée ».

Le dernier Syrien, Omar Youssef Souleimane (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 10 Avril 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Le dernier Syrien, Omar Youssef Souleimane, janvier 2020, 272 pages, 18 € Edition: Flammarion

 

Syrie : amour et liberté en temps de dictature

Les révolutions qui ont ébranlé le Maghreb et l’Orient sont devenues une source d’inspiration pour les écrivains ; les livres, mêlant réel et fiction, deviennent des cris de lutte et de liberté. On peut parler désormais d’une « littérature des révolutions ».

Le dernier Syrien présente des jeunes citoyens dans cette Syrie de 2011 secouée par la révolution contre Bachar El-Assad et son système corrompu. Les lieux principaux sont Damas et Homs. Ainsi, pro-régimes, opposants, neutres, islamistes, et traîtres, tous cohabitent dans ce pays en désordre où règnent les bombardements, les interpellations, la torture, et les balles des snipers…

Youssef, Mohammed, Joséphine, Sarah, Bilal, Khalil, ont, malgré l’amitié, des visions différentes de cette nouvelle Syrie.