Identification

Roman

Les hautes lumières, Xavier de Moulins (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 04 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jean-Claude Lattès

Les hautes lumières, octobre 2017, 377 pages, 19 € . Ecrivain(s): Xavier de Moulins Edition: Jean-Claude Lattès

 

La hargne d’avoir un enfant n’est-elle pas la meilleure façon de tuer un couple ? Ce roman décrit le parcours à bout de souffle de Nina, coiffeuse de Bondy, et Tahar, chauffeur de taxi marocain, désarmés face à la procréation. On assiste à un choc culturel, entre la vision occidentale qui médicalise les problèmes d’infertilité de façon froide et administrative et la culture marocaine où la famille de Tahar est prête à donner un enfant de leur chair, pour créer le bonheur de ce couple et désenrayer enfin la fatalité. Mais faut-il vouloir à tout prix défier le destin ?

Entre les pics d’hormones et les lourdeurs administratives pour adopter un enfant, Nina devient obsessionnelle et se sent enfermée dans ce destin cloisonné par son utérus mal formé. L’auteur nous surprend par sa description si réaliste de ce que ressent une femme en plein bouleversement hormonal provoqué par la FIV. Broyée par l’engrenage de la procréation sans poésie, Nina se sent comme une vache bovine. A chaque piqûre, elle « est brutalement ramenée à sa condition. Elle se traite de grosse mère en grimaçant devant son reflet. (…) – Meuh ! Elle rigole pour de vrai devant la glace, pleure pour de vrai, nerveuse comme un pur-sang dans un corps de baleine ».

Nulle autre voix, Maïssa Bey (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 03 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Editions de l'Aube

Nulle autre voix, Maïssa Bey, Barzakh/Aube, août 2018, 248 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Maïssa Bey Edition: Editions de l'Aube

Une femme absurde

Après Hizya (http://www.lacauselitteraire.fr/hizya-maissa-bey), Maïssa Bey publie son dernier roman, Nulle autre voix. Le roman s’ouvre sur une séquence de violence qui secoue le lecteur et l’incite dès les premières pages à s’investir dans la fiction. La narratrice tue son mari. Pour elle, « la seule issue était la mort »(p.46). A cause de cet acte, la société l’efface en la privant de son nom et de son corps. Elle ne devient qu’un cas. Un cas hors normes. En revanche, la narratrice reconnaît son crime et ne nourrit aucun remords. C’est l’homicide qui lui procure jubilation et délivrance.

Après les années de prison, elle retourne à son appartement et sombre dans la solitude. L’après-prison lui permet de se connaître, de découvrir cette Autre cachée en elle, et surtout de se réapproprier son corps. Un jour, une écrivaine vient la rencontrer dans l’intention de transformer la vie de la criminelle en roman. « Je suis ou je serai bientôt un personnage de roman » (p.132). Du jour au lendemain leurs rencontres se multiplient, la complicité s’installe, et le mystère du personnage principal s’élucide grâce à des secrets, des fragments de vie, des anecdotes et des scènes de la vie ordinaire.

Eléni, ou Personne, Rhéa Galanaki (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 02 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, La rentrée littéraire, Editions Cambourakis

Eléni, ou Personne, août 2018, trad. grec René Bouchet, 380 pages, 20 € . Ecrivain(s): Rhéa Galanaki Edition: Editions Cambourakis

 

Bravant règles et interdits dans son pensionnat, Eléni Altamura-Boukoura croque frénétiquement ses camarades et tout ce qui l’entoure, et prolonge cet exercice, la nuit, à la lueur de bougies volées. Si sa mère désapprouve sévèrement cette excentricité, son père, le célèbre marin et capitaine de Port Ioannis Boukouris (qui a fait helléniser son nom libanais), non seulement s’en amuse, mais encourage les ébauches de sa fille adorée, son aînée et sa préférée, jusqu’à lui offrir des cours particuliers avec le célèbre peintre italien, Raffaello Ceccoli. Mais ces petites transgressions et largesses prennent une tournure beaucoup plus sérieuse et inquiétante le jour où la jeune fille émet le souhait de se rendre en Italie afin d’étudier la peinture, de parfaire ses connaissances et de réaliser pleinement sa vocation artistique. C’est là que la figure héroïque du père, fantasque et charismatique en public, se réalise aussi dans l’intimité, avec une grandeur d’âme et une noblesse tutélaire hors du commun. Aussi, lorsqu’il accepte d’accompagner sa fille à Rome, dans un contexte politique troublé et incertain, amorce-t-il en même temps qu’il le scelle le destin exceptionnel de la première femme peintre grecque qui, au XIXème siècle, est allée étudier en Italie :

Robert Louis Stevenson, Œuvres, III en Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 01 Octobre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Nouvelles, La Pléiade Gallimard

Robert Louis Stevenson, Œuvres, III 29 mars 2018, 1296 pages (62 € : prix de lancement jusqu’au 31 décembre 2018) . Ecrivain(s): Robert Louis Stevenson Edition: La Pléiade Gallimard

 

Les derniers écrits de Stevenson en la Pléiade

Dans les îles Samoa où il séjournait depuis près de quatre ans, une hémorragie cérébrale foudroie Robert Louis Stevenson, à l’âge de quarante-quatre ans. L’écrivain, dans une lettre à J. M. Barrie datée du 29 juillet 1894, confesse : « Ce que j’ai toussé dans ma vie ! ». Et il va jusqu’à écrire à Edmund Gosse le 1erdécembre de la même année : « Je ne suis pas né pour vieillir ».

Et, pourtant, ce qui caractérise ontologiquement Stevenson, c’est son énergie. Qu’il déploie de diverses manières, au point de se confondre avec elle. Il le reconnaîtra d’ailleurs lui-même dans la lettre qu’il adresse à Sidney Colvin le 15 septembre 1892 : « Énergique – c’est ce que je suis avant tout, totalement énergique, plein d’entrain ».

La maison aux orangers, Claire Hajaj (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 28 Septembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Les Escales

La maison aux orangers, mars 2018, trad. de l'anglais Julie Groleau, 394 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Claire Hajaj Edition: Les Escales

 

La Maison aux orangers met en scène deux destins : celui de Salim Al-Ishmaeli, impatient d’aller accompagner son père à la cueillette des oranges dans sa propriété de Jaffa. Nous sommes en 1948, à la veille de la guerre israélo-arabe qui se conclura par le partage de la Palestine, et la fuite de la majorité de très nombreux habitants arabes palestiniens. Le second personnage est Judith, jeune juive lycéenne vivant dans le nord de l’Angleterre, élevée par ses parents dans le maintien d’une identité juive par l’enseignement religieux, la préparation de sa Bar-mitsvah, équivalent judaïque de la communion solennelle. Qu’ont en commun ces deux individus si lointains, tant géographiquement que culturellement ? C’est le talent et l’habileté de Claire Hajaj, l’auteure de ce premier roman, de le dévoiler au lecteur.

Salim a baigné, dans les jours précédant l’éclatement du conflit, dans un décor marqué par sa famille, sa fratrie, son père, à l’influence si pesante : « Salim était sûr de lui. Il avait peu d’affection pour son père, ou pour Abou Mazen, ou pour tous ces hommes imposants qui venaient chez lui. Mais son monde s’était construit autour de l’odeur de leurs cigarettes et du bruissement feutré de leur conversation. Comment imaginer que l’assurance tranquille avec laquelle ils régnaient sur le monde puisse disparaître ? ».