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Roman

Engrenage, Éric Orlov

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 23 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Olivier Morattel éditeur

Engrenage, mars 2018, 204 pages, 17 € . Ecrivain(s): Éric Orlov Edition: Olivier Morattel éditeur

« Il y a quelque chose dans le silence des vies, quelque chose dans les questions qu’on ne pose jamais à l’autre qui vous précipite dessous, dans cette matière noire, écrasante, dans le glissement aveugle des achées »

Laurence est une jeune femme belle, mariée, à qui tout réussit, vie amoureuse, vie professionnelle. Mais son bonheur vient à se faner peu à peu, à compter du jour où glissent, dans sa boîte à lettres, une à une, dans un mode algorithmique, des correspondances anonymes, au contenu mystérieux.

Qui est donc l’auteur(e) de ces lettres ? Laurence adore lire, la littérature a toujours été au cœur de son existence, la lecture est son exutoire : « Tous ces romans lus. Dévorés, engloutis, oubliés parfois. Cette vie par procuration, tandis qu’elle obtenait de bons résultats à l’école. Tandis que son chat était mort. Tandis qu’elle menait ses études avec sérieux. Tandis que sa mère était malade. Tandis qu’elle essuyait les méchancetés de son demi-frère. Toutes ces vies de papier qui l’appelaient. Tandis qu’elle tâchait d’être à l’heure. De ne froisser personne. D’effectuer ce qui lui était demandé au travail. […] Tandis qu’elle attendait son mari passant tant d’heures à aligner des chiffres absurdes loin de Paris plutôt que d’être auprès d’elle ».

Prochainement, Aphrodite !, Willa Cather

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 22 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA

Prochainement, Aphrodite !, Ed. Ombres, mars 2018, trad. américain et présentation, Sylvie Rozenker, 94 pages, 9 € . Ecrivain(s): Willa Cather

 

C’est un tout petit livre – une longue nouvelle – qu’on peut avaler en une heure. Mais c’est l’heure délicieuse ! Willa Cather nous a habitués à ses portraits de femmes étincelants – Mon Antonia, mon ennemi mortel, Lucy Gayheart – et, derrière le sympathique Don Hedger, artiste peintre new-yorkais, c’est bien encore une femme exceptionnelle qui se dessine hautement. Eden Bower, artiste débutante, va débarquer dans la vie du très (trop ?) tranquille Don. Elle va occuper l’appartement mitoyen du sien et, peu à peu mais à coup sûr, occuper aussi l’esprit et le cœur du bonhomme. Du bonhomme et de son chien César, aussi « père peinard » que son maître.

Eden est une belle femme, blonde, grande, et qui se pose un peu là ! Une femme au caractère bien trempé, autoritaire, très sûre d’elle-même, ambitieuse, et voilà notre peintre bien empêtré dans une relation de flirt qui tourne à l’affaire amoureuse. Il subit – avec plaisir néanmoins – les diktats de son amoureuse, allant parfois jusqu’à laisser César à la maison quand ils sortent dîner en tête-à-tête. Impensable !

Les oiseaux morts de l’Amérique, Christian Garcin

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 22 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

Les oiseaux morts de l’Amérique, janvier 2018, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Christian Garcin Edition: Actes Sud

 

L’époque : de nos jours, avec beaucoup de retours en arrière. Le lieu : Las Vegas. Un peu en ville, sur le Strip et dans quelques rues adjacentes, mais surtout à la périphérie, vers les terrains vagues, entre autoroutes et pistes cyclables, motels miteux et collecteurs d’eau de pluie. C’est dans ces tunnels de béton que vivent quelques personnes, en marge. Parce que la vie les a amenés là. Un point commun à la plupart des protagonistes de ce roman : ils ont participé à une guerre. Hoyt est un vétéran du Vietnam. Il a 75 ans. Il cohabite avec d’autres anciens soldats d’Irak ou d’Afghanistan. Des guerres d’où ils sont revenus, avec des souvenirs atroces, traumatisés. Des souvenirs vivaces ou oubliés, ou refoulés. Ils vivent là, entre leurs souvenirs et une réalité somme toute assez tranquille : échanger quelques vannes plus ou moins philosophiques, faire la manche en ville, boire un café, dormir… et évacuer vite fait quand il pleut et que les collecteurs se remplissent d’eau.

Histoire d’un assassin, Marie Ferranti

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 21 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Histoire d’un assassin, février 2018, 120 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Marie Ferranti Edition: Gallimard

 

« Insister sur l’écart entre le roman et la réalité est troublant. Cela démontre la puissance de la fiction à dévoiler, par des voies détournées, la vérité profonde des événements et des êtres ».

Tout a été inventé dans cette Histoire d’un assassin dans laquelle Marie Ferranti montre comment un sordide fait divers familial voit sa vérité faussée et est porté au rang mythique de la tragédie et de l’épopée.

Dominique Zincoli vit avec sa femme Teresa et son fils Petru dans un petit village proche de Bastia. Marqué par la mort de sa mère Françoise – qui fut reniée par son père Jean Bonifazzi pour avoir épousé un paysan pauvre, et abandonnée à la misère – il a grandi dans la haine de son grand-père, détestant de plus son frère cadet Marcus dont ce dernier s’est rapproché.

Une nuit, il les assassine tous deux sauvagement, et cet assassinat n’étonne personne dans son entourage. Teresa avait « toujours su qu’il le ferait » car « depuis longtemps il l’avait dit », et Mademoiselle de Guagno qui « voyait la mort » avait même « senti son ombre envelopper Jean Bonifazzi ».

My Absolute darling, Gabriel Tallent

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 20 Mars 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallmeister

My Absolute darling, mars 2018, trad. américain, Laura Derajinski, 460 pages, 24,40 € . Ecrivain(s): Gabriel Tallent Edition: Gallmeister

 

Mon père, ce salaud. La vie n’est pas facile pour Julia, quatorze ans, alias Turtle, que son père surnomme Croquette. Elle vit dans un trou de la côte nord de la Californie, dans des paysages pittoresques, parfois hostiles, dans une maison délabrée et crasseuse. Un univers white-trash qui est aussi un décor littéraire des plus réjouissants.

Turtle est sauvage. Elle préfère se tenir à l’écart des autres. Mais c’est aussi son père qui lui a imposé cette conduite. Elle est obligée d’aller au lycée, mais repousse quiconque tente de briser sa carapace. Ses meilleurs compagnons sont ses armes, pistolets et fusils dont elle ne se sépare jamais, et qu’elle passe son temps à démonter et à remonter. C’est une tireuse experte, capable de loger une balle dans une pièce de monnaie à plusieurs dizaines de mètres de distance.

Sa mère est décédée quelques années plus tôt dans des circonstances mystérieuses. Turtle est sous l’emprise d’un père aussi charismatique que brutal, qui lui impose des exercices physiques rudes pour affronter l’apocalypse ou ce qui y ressemblera et font passer le camp d’entraînement de Full Metal Jacket pour un camp de boy-scout. Très vite, on se rend compte (de façon explicite) que père et fille ont une relation incestueuse.