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Roman

Les Hors Nature, Rachilde (Par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 03 Février 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Les Hors Nature – Rachilde – Editions Le Chat Rouge – Préface de Gérald Duchemin – Illustrations de Sarah Elie Fréhel - 400 p. – 23,90 euros – 8 janvier 2026.

 

« Notre provinciale monta à Paris, et se fit un nom de ce « Rachilde », comme d’autres avaient, en leur temps, hissé un étendard à deux syllabes. Rachilde comme Stendhal. Rachilde comme Molière. Rachilde comme Voltaire. Rachilde comme Racine.

Encouragée par Victor Hugo lui-même, elle se donna l’orgueil d’écrire en future professionnelle. »

Rachilde et l’Histoire-Monstre des frères épicènes – Gérald Duchemin.


« Le cabinet de toilette de Paul-Éric de Fertzen, somptueux comme un boudoir de reine, était ouaté de portières égyptiennes, où rutilaient, sur un fond d’azur assombri, un ciel reflété par le Nil au crépuscule, les lourds scarabées d’or. Il se meublait d’un grand lavabo de marbre vert et d’une vaste armoire, en bois de cèdre, travaillée à jouir, ornée de volutes de nacre dont les pâleurs translucides donnaient l’illusion de la voir peu à peu s’envelopper d’un rayon lunaire. »

À propos de Les dieux ont soif, Anatole France (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Lundi, 02 Février 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Livre de Poche

Les dieux ont soif, Anatole France (le livre de poche) Edition: Le Livre de Poche

 

J'ai commencé à lire le livre que je devais exactement ne pas lire. Pourquoi ?

Il me transperce.

Il montre la lente, terrifiante, quasi inexorable dérive de la Révolution vers la tyrannie et la Terreur.

Il montre l’ivresse du pouvoir qui fait perdre complètement à l’homme puissant non seulement le respect de l’homme, mais le sens de l’humain.

Il montre comment le fanatisme et le sadisme font leur nid dans la conviction et parfois chez les hommes plus vertueux.

Il montre comment la nature se joue des paroxysmes.

Il montre comment les Lumières du 18e siècle se sont aisément éteintes pour faire place à l’obscurantisme et à l’Inquisition révolutionnaires.

Il me transperce parce qu’il renvoie à aujourd’hui.

Le ciel sous nos pas, Leïla Bahssaïn (par Abdelmajid Baroudi)

Ecrit par Abdelmajid Baroudi , le Jeudi, 29 Janvier 2026. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

Le ciel sous nos pas, LEÏLA BAHSSAÏN, Albin Michel 2019 Edition: Albin Michel


Le temps qu’il fait à Paris s’harmonise avec l’écriture et la lecture de ce texte. La grisaille synonyme de déception d’un paradis tant attendu coïncide avec la grisaille qui accompagne le rite de la lecture. Autrement dit, la temporalité de l’écriture va de pair avec celle de la lecture, sauf que l’ici et maintenant de la lecture exige la continuité de crainte de ne pas casser le rythme de l’assimilation et tomber dans l’oubli. Or la longévité de l’écriture impose d’autres   cérémonies telles que le langage, l’imagination et la fiction nourrie par la métaphore. Ceci dit, finir une lecture d’un texte n’est pas la même chose que finir d’écrire un texte car la finesse de l’écriture séduit la lecture et l’incite à aller jusqu’à la fin. Comment donc savourer la finesse de Le ciel sous nos pas ?

La lecture que je propose de ce texte   est d’ordre notionnel dans le but d’approcher tantôt sa relation au concret, tantôt son élan fictionnel. Et pour illustrer cette articulation, je me suis focalisé sur deux notions : la personne et la personnalité.

Le règne de l’esprit malin, Charles-Ferdinand Ramuz (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 28 Janvier 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le règne de l’esprit malin, Charles-Ferdinand Ramuz. Redécouvertes littéraires. 139 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Charles Ferdinand Ramuz

 

Le Diable donc. Le Mal, le Malin, le Séducteur, le Menteur, le Manipulateur. Il colporte la haine mais il l’exporte aussi, comme une gangrène, une épidémie. Un petit village dormant dans sa ruralité tranquille, ses croyances, ses superstitions aussi voit surgir un jour un homme inconnu. L’événement en soi est déjà rare. De plus l’homme est étrange. Il dé-range l’ordre établi, il modifie un ordonnancement séculaire : au sein de la pauvreté, il est nanti et généreux, la boutique de cordonnier qu’il ouvre devient un lieu d’échanges. Il s’appelle « Branchu, comme qui dirait Cornu … »

« L’homme » ne se contente pas d’entrer dans le village et d’y faire son nid. Il s’insinue dans les cœurs, les esprits, les âmes. Le malheur alors s’installe. Dans sa première irruption, il frappe l’ancien cordonnier.

Un beau jour sa boutique resta fermée. Sans doute qu’il était malade, mais personne ne s’inquiéta de lui. Deux ou trois jours passèrent encore. Et ce fut par hasard qu’une voisine le trouva pendu derrière sa porte, le quatrième jour, je crois, et il faut bien dire qu’il sentait déjà, et il avait la figure toute noire.

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 27 Janvier 2026. , dans Roman, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Pays de l'Est

La Mélancolie de la résistance, László Krasznahorkai, Traduction Joelle Dufeuilly, Editions Gallimard, 2023, 443 pages, Folio poche, 9,50 €


Grand maître de la littérature hongroise et récent Prix Nobel, créateur d’une littérature exigeante, László Krasznahorkai écrit une puissante œuvre musicale et labyrinthique qui mêle une inquiétante étrangeté kafkaïenne, un grotesque grand guignol digne de Fellini et une mélancolie teintée de sarcasme à la Cioran (« celui qui croit que le monde est bon ou soutenu par la grâce de la beauté sombrera très vite dans les ténèbres »). Ce somptueux roman baroque adapté au cinéma par le réalisateur hongrois Béla Tarr, résiste à l’interprétation : à la fois opéra tragique, « mélodrame si brutalement instructif », allégorie politique et parabole métaphysique où forces de chaos et forces de l’harmonie se livrent « un combat d'une nature obscure commencé depuis longtemps et dont l'issue était déjà jouée ». « Maître de l’apocalypse », selon Susan Sontag, l’écrivain brouille les pistes : son roman offre aussi bien « le spectacle d'une ville avant l'apocalypse que d'une ville après l'apocalypse ».