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Roman

Deux mètres dix, Jean Hatzfeld (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Jeudi, 22 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Deux mètres dix, Jean Hatzfeld, août 2018, 206 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Jean Hatzfeld Edition: Gallimard

 

Du saut en hauteur considéré comme l’un des Beaux-Arts.

Ancien journaliste-correspondant de guerre, Jean Hatzfeld a consacré plusieurs ouvrages à des zones de conflit, notamment le Rwanda. Il est l’auteur, entre autres, d’un essai, Une saison de machettes (Prix Femina 2003), et plus récemment Un papa de sang (2015). Il fut également journaliste sportif, et son dernier livre, Deux mètres dix, nous présente l’histoire de quatre athlètes, sous forme romanesque. Il s’agit des destins croisés, des années 80 à aujourd’hui, de deux sauteuses en hauteur, l’une Américaine et l’autre Kirghize d’origine koryo-saram, et de deux haltérophiles, également un Américain et un Kirghize, ce dernier concourait comme son homologue féminin sous le drapeau soviétique. Ces quatre sportifs de très haut niveau flirtent avec les records du monde et les médailles olympiques. Bien qu’imaginés, ces personnages ressemblent de près aux sportifs des années 80.

Nos richesses, Kaouther Adimi (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 20 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Points, Cette semaine

Nos richesses, septembre 2018, 192 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Points

Faire d’une vie d’éditeur un roman, c’est le projet que s’est donné cette jeune écrivaine de trente-deux printemps, née à Alger, vivant aujourd’hui à Paris. Alger n’est pas pour rien dans cette histoire puisque la capitale algérienne joue un grand rôle, elle est l’un des décors importants de cette aventure.

Edmond Charlot, né en 1915, décédé en 2004, fut dans les années trente et quarante une figure héroïque de l’édition à Alger. La librairie qu’il ouvrit devint un vivier de littérature et d’écrivains d’artistes, accueillis dans un mouchoir de poche, un local de quatre mètres sur sept, 2 bis, rue Charras. Camus, Armand Guibert, Jean Amrouche, entre autres, sont passés par cet étonnant lieu de culture, tenu à bout de bras par Charlot et une petite équipe.

Le roman recrée des épisodes de la vie de cet intellectuel rassembleur et passeur grâce aux « Carnets », en alternance ici avec l’aventure d’un jeune étudiant, Ryad, chargé en 2017 de déblayer la Librairie Charlot Les Vraies Richesses, de jeter les livres restants. Au grand dam d’Abdallah, « le dernier gardien des lieux ». La librairie a fermé depuis longtemps, nullement débarrassée. Elle est restée telle après les avanies du temps, quelques parcours agités. La figure de cet ancien, drapé de blanc, rappelle combien le livre était pour lui un trésor à conserver dans les meilleures conditions. Le temps va en décider autrement.

Des ailes au loin, Jadd Hilal (par Nadia Agsous)

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 19 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Moyen Orient, Elyzad

Des ailes au loin, mars 2018, 214 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Jadd Hilal Edition: Elyzad


Naïma, Ema, Dara et Lila ou l’exil en héritage

Un roman choral. Une polyphonie narrative menée avec brio par Jadd Hilal qui, tout au long d’un récit enchâssé, fait parler quatre femmes. Quatre générations. Quatre histoires de vie erratiques. Quatre destins. Quatre voix féminines qui livrent un pan de leur histoire familiale et individuelle. Car chez ces femmes exilées, la grande histoire est imbriquée dans la petite histoire.

Naïma. Ema. Dara. Lila. Ces quatre femmes sont les personnages principaux du premier roman de Jadd Hilal, intitulé Des ailes au loin. Elles sont libano-palestiniennes. Elles sont liées les unes aux autres par une histoire familiale mouvementée et tumultueuse et par l’appartenance à une terre habitée par « l’absence ». Car toutes celles et tous ceux qui la quittent ne reviennent pas.

Des jours sans fin, Sebastian Barry

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Verdier, Cette semaine

Des jours sans fin, janvier 2018, 259 pages, 22 € . Ecrivain(s): Sebastian Barry Edition: Verdier

Honneur 2018 de la Cause Littéraire

Sebastian Barry est irlandais et, comme ses ancêtres irlandais, il va et nous emmène en Amérique. Pour y retrouver des Irlandais bien sûr, à commencer par les deux héros de ce roman, Thomas McNulty et John Cole, deux jeunes garçons, amoureux l’un de l’autre, qui cherchent ensemble un destin.

Si Thomas McNulty, le narrateur de ce roman, vous le résumait, il dirait sûrement qu’entre deux massacres d’Indiens et un carnage entre eux, les Blancs découvrent aussi que l’on peut aimer et être heureux. Sebastian Barry nous offre un livre d’amour au milieu des flots de sang du XIXème siècle américain, dans un page-turner passionnant. Par le contraste saisissant entre l’horreur et la possibilité du bonheur, il construit un roman superbe sur l’absurdité des hommes, leur aptitude à entreprendre les cauchemars et à être les premiers à en souffrir.

Le couple Thomas-John est en soi une métaphore de l’Amérique. Entre amour, tendresse, générosité et Guerres, violence, fureur. Pour tout vous dire, ils sont danseurs travestis en femmes dans les périodes où ils sont civils et soldats dans l’armée yankee le reste du temps ! Ce n’est pas commun.

Taqawan, Éric Plamondon

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Quidam Editeur, Cette semaine

Taqawan, janvier 2018, 208 pages, 20 € . Ecrivain(s): Éric Plamondon Edition: Quidam Editeur

Honneur 2018 de la Cause Littéraire

« Dans l’Ouest, l’homme blanc a réussi à éliminer les Indiens en éliminant les bisons. Dans l’Est, il y avait des saumons. On les a pêchés à coups de barrages, de nasses et de filets jusqu’à l’épuisement des stocks. Les Indiens aussi sont épuisés ».

Taqawan est le roman de cet épuisement, l’épuisement des Indiens Mi’gmaq. Taqawan est aussi le roman de la Gaspésie, des descentes de police dans la réserve de Restigouche, des haines et de la résistance. Roman de la nature complice et des saumons salvateurs, roman où les sauvages sont les nouveaux venus sur cette terre sacrée. Taqawan est le roman d’une histoire Indienne qui s’insinue dans l’Histoire des Indiens du Québec, terrifiante et surprenante, troublante et fascinante, comme le sont les légendes qui surgissent de la mémoire Indienne et de celle de la forêt. La violence couve sous les phrases en feu du roman d’Éric Plamondon, celle qui se voit et celle qui se dérobe, celle qui éclate lorsque le sang des Indiens trouble la clarté des eaux de la rivière. C’est un roman où chaque mot compte, chaque situation, où les réflexes anciens sauvent de la mort, où le combat engagé et son issue fatale seront sans merci et sans regrets.