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Les Dossiers

Vincent La Soudière : Une vie en enfer (3), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 31 Mars 2017. , dans Les Dossiers, Etudes, La Une CED

 

La possibilité d’une œuvre

Vincent lit beaucoup : Char, Baudelaire, Rimbaud, Michaux, Rilke, Hölderlin, Pessoa, Cioran, Nietzsche, Valéry… Son extrême sensibilité le propulse inéluctablement vers la poésie qui sourd de ses entrailles : « Des images s’imposent à mon esprit ».

A l’aube des années 70, espérant toujours un déclic qui le sortirait de son ornière, il se met en tête de réaliser une œuvre littéraire dont son intériorité souffrante en serait la matière première : « Le talent que j’ai pour décrire ma vie intérieure, vie qui s’apparente au rêve, a fait tomber tout le reste dans l’accessoire, et tout le reste s’est affreusement rabougri, ne cesse de se rabougrir. Rien d’autre ne pourra jamais me satisfaire ».

Estimant avoir quelque chose d’essentiel à faire partager, il souhaiterait être reconnu en tant qu’écrivain c’est-à-dire être considéré aux yeux de son prochain, exister en tant qu’être social, recevoir enfin de l’extérieur la justification de son existence, l’appel d’air qui adoucirait sa torturante réclusion. « C’est au nombre – pas au plus grand nombre – que je voudrais m’adresser, à ces êtres humains à qui j’ai faussé compagnie depuis trop longtemps et qui – quoi que je puisse dire – continuent de me hanter ».

Rencontre avec l’écrivain Thomas Vinau, par Philippe Chauché

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 30 Mars 2017. , dans Les Dossiers, La Une CED, Entretiens

 

Thomas Vinau publie Collection de sombreros et Il y a des monstres qui sont très bons

 

Ouvrir un livre de Thomas Vinau, c’est mettre à jour des pépites, des éclats romanesques, c’est vif, précis, lumineux, souvent soyeux. Thomas Vinau a l’art de saisir un mouvement, une couleur « Il y a ce bleu immense au-dessus de sa tête, un bleu sans limite, uppercut, percutant, un bleu ouvre-boîte et son crâne est une conserve tempérée que ce bleu vient décortiquer », un geste. La nature s’y glisse, le doute s’y perd parfois, les mots s’échappent et vibrent d’étranges passions. L’écrivain est un romancier du geste, du corps à corps. Si c’était un animal ce serait une belette, sautant de ligne en ligne, de page en page, curieux, savoureux, savant des saveurs du monde, au coin de sa maison, dans son jardin, il marche, sous le soleil ou la pluie, il déploie ses mondes, et l’on ne s’en lasse jamais. « On dirait / le ventre d’une baleine / un rapace / aux ailes de neige / une géante de craie / qui se déplie et de déploie ».

Entretien avec Nilda Fernández, l’éternel nomade aux 1001 vies, par Laurent Bettoni

Ecrit par Laurent Bettoni , le Mercredi, 29 Mars 2017. , dans Les Dossiers, La Une CED, Entretiens

 

Où que l’on aille, nos fiançailles avec Nilda Fernández sont éternelles. Et surtout, où qu’il aille, lui. Car depuis 1991, depuis que des artistes comme Léo Ferré, Georges Moustaki et Claude Nougaro lui ont ouvert leurs bras en même temps que nous lui avons ouvert les nôtres, depuis que les Victoires de la musique l’ont consacré Meilleur espoir masculin et que l’Académie Charles-Cros lui a décerné le grand prix pour son album, l’hidalgo voyageur ne cesse d’explorer le vaste monde, ne cesse de nous quitter pour mieux nous revenir et nous faire découvrir ses nouveaux projets artistiques, justement nourris de ses périples et de ses expériences. Dans Contes de mes 1001 vies paru le 1er février 2017 aux éditions de l’Archipel, il pose un instant ses bagages et évoque quelques épisodes marquants de son existence en perpétuel mouvement. Avec ses textes remarquablement écrits, à la fois drôles, poétiques, émouvants et pudiques, bien qu’il s’y raconte, Nilda Fernández nous donne l’occasion de parler du déracinement, de l’amour, de la mort, de l’art, de la politique. Bref, de tout ce qui construit un être. Il ne s’agit pourtant pas d’une biographie mais bel et bien d’une œuvre littéraire. Normal, pour un homme qui veut faire de sa vie une œuvre d’art.

Vincent La Soudière : Une vie en enfer (2), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Jeudi, 23 Mars 2017. , dans Les Dossiers, Etudes, La Une CED

 

L’aventure intérieure : Un combat contre lui-même

Echaudé par ses premières expériences professionnelles, Vincent s’exclut du processus de socialisation dont la colonne vertébrale est l’exercice d’un métier et dont les ramifications se dégradent en divertissements. Il se met en marge du stéréotype économique occidental axé sur la production et la consommation, rebuté à la perspective d’être un numéro ou un esclave parmi tant d’autres. « Il m’apparaît que je n’ai rien. Rien de ce qui fait un homme au XXe siècle. Ni travail, ni femme, ni argent ».

Déterminé par un appel intérieur impérieux, il s’oriente sur le sentier de l’introspection solitaire et ascétique, l’ailleurs devenant son seul horizon : « J’aime marcher hors des pistes ; c’est d’ailleurs la figure de ma vie : être ailleurs », « De ces deux atrocités, la solitude asphyxiante et la responsabilité écrasante, la seconde étant infiniment pire que la première, je choisis la première, je choisis ce monde du retrait et du refus. Je choisis ! Quelle absurdité ! C’est je subis qu’il faut dire ».

Entretien avec John Truby, l’art et la manière de créer, par Sophie Galabru

Ecrit par Sophie Galabru , le Mardi, 21 Mars 2017. , dans Les Dossiers, La Une CED, Entretiens

John Truby est un des plus célèbres « script doctor » des Etats-Unis. Il a élaboré un art et une manière de créer des scénarios. Ses conférences mais aussi la parution de son ouvrage L’anatomie du scénario (éd. Michel Lafon) délivrent des conseils efficaces et précis, fondés sur une conception philosophique de la démarche créative.

 

Sophie Galabru : John Truby, j’aimerais revenir sur votre vision esthétique du processus de création. Pensez-vous que l’on puisse faire de n’importe qui un écrivain ou un bon scénariste ?

 

John Truby : Non, je le ne pense pas.

 

Nous pourrions considérer que des éléments irréductibles tels qu’une vision du monde ou la personnalité d’un auteur jouent un rôle considérable dans la détermination d’un style, le choix d’un sujet original ou la façon de capter et monter des images.