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Etudes

Illuminations : un recueil fantasmé et forcé

Ecrit par Eddie Breuil , le Mercredi, 22 Octobre 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La plupart des éditions des Illuminations reconnaissent qu’il s’agit d’un recueil dont l’histoire éditoriale est problématique. Il semble que la plupart des textes qui composeront le recueil ont été remis en 1875 à Stuttgart par Arthur Rimbaud à Paul Verlaine pour Germain Nouveau. Les documents passeront par plusieurs mains, avant d’être publiés dans un étonnant mélange de vers et de proses en 1886, onze ans après la transmission, par des éditeurs étrangers au projet initial.

Lorsqu’il est question de ce dossier de Stuttgart, une des erreurs les plus fréquentes est de désigner une partie de ces textes comme « le manuscrit des Illuminations ». Henry de Bouillane de Lacoste adopte déjà cette formulation dans son édition critique de 1949, bien qu’il remarque que « les autographes des Illuminations sont de plusieurs écritures différentes, qui vont de la fin de 1873 ou du début de 1874 à 1875 » (1) et qu’« il est clair que toutes ces proses étant sans lien entre elles, leur ordre importe peu, et qu’un classement en vaut un autre » (2).

Robert Longo : la beauté du désastre

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 18 Octobre 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Vers quel horizon invisible flotte ce regard vide ; quel rêve ou quelle pensée hante ce front somnolent ? De quoi parlerait cette bouche ainsi cachetée ? De résurrection ou de néant ?, Théophile Gautier, Articles et chroniques (Salon de 1849)

 

Solitude urbaine

Nous avons choisi, à cause de notre période troublée et de l’acuité des artistes à se rendre maîtres de ces sujets, d’écrire une courte étude et d’aborder l’œuvre originale de Robert Longo. En effet, ce plasticien américain, né à Brooklyn le 7 janvier 1953, prélève des images de l’environnement d’un monde qui s’écroule, se délite, d’où l’individu est spolié, rendu maillon d’une chaîne d’objets de consommation courante.

Orient : quelques notes à propos du monde arabo-musulman, de sa place dans l’iconographie occidentale et de sa filiation (2/2)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Le fantasme/La fantasmagorie


Faisons un grand saut conceptuel dans le temps pour se pencher vers le XIXème siècle, époque qui a reconsidéré l'apport intellectuel du monde oriental. En effet, en 1832, Eugène Delacroix embarquait à destination de la "Barbarie", c'est-à-dire le Maroc, déclarant: "les héros de David et compagnie feraient triste figure avec leurs membres couleur de rose auprès de ces fils du soleil..." Par cette déclaration inaugurale, un retour aux sources en quelque sorte, le peintre réinterroge l'Histoire reçue et ses catégories. Il va, à la façon d'un documentaliste, jusqu'à reproduire avec minutie les nuances vestimentaires entre "la Juive et la Berbère", affirmant: "c'est en eux que j'ai vraiment retrouvé la beauté antique".

Orient : quelques notes à propos du monde arabo-musulman, de sa place dans l’iconographie occidentale et de sa filiation (1/2)

, le Samedi, 07 Juin 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Ainsi est le monde ; tantôt il verse du miel dans nos verres, tantôt il nous abreuve de poison. N’attache pas ton cœur à cet édifice de fugacité et de dérive, car ici-bas demeurer n’est pas tien, toi à qui, roi ou paysan, le destin montre le chemin de partir ! (Firdoussi, vers 1020)

 

Note liminaire

J’ai tenté, à travers une expérience personnelle – c’est-à-dire ma contiguïté avec le monde maghrébin et arabo-musulman –, de dresser un petit portrait chronologique de quelques faits et œuvres dominants. Et ceci depuis l’avènement d’une culture importante, celle de l’Islam, jusqu’à l’émergence de nouvelles voix/voies dans notre ère qualifiée de postcoloniale.

J’ai par ailleurs privilégié quelques exemples iconographiques afin d’illustrer mon propos. Cette brève étude dresse essentiellement le contour de réflexions sur la peinture, les arts visuels. Cela n’a donc pas la prétention de l’exhaustivité même si certaines idées proviennent de sources scientifiques.

Le pays du lieutenant Schreiber d'Andreï Makine

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 06 Juin 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Le pays du lieutenant Schreiber, Andreï Makine, éd. Grasset, janvier 2014, 220 pages, 17 €

La vie est une ronde, écrivait Schnitzler.


Cette fois, je vais oser le « Je ». Ce sera moins un compte-rendu que le récit des conditions d’une lecture.

Ce soir-là, Andréï Makine est l’invité de la librairie, juste en face de chez moi. Il présente son dernier roman, Le pays du lieutenant Schreiber. Je connais de lui Le testament français. Je l’ai acheté quand il est paru en 1995 et a reçu le prix Goncourt, le prix Médicis et le prix Goncourt des Lycéens.

Ce livre m’avait bouleversée. Je décide de venir à cette rencontre. J’arrive en avance, l’auteur est déjà là et parle à la libraire qui me connaît bien. Un homme très grand, beaucoup de prestance, une élégance discrète. La libraire me présente. Nous nous serrons la main et nous nous disons bonjour. Je suis d’emblée séduite par son accent qui me ramène au temps de ma jeunesse et des Chœurs de l’Armée Rouge et de l’enthousiasme de ma famille pour le communisme puis leur éloignement en 1956, lors de l’intervention russe en Hongrie, pays d’origine de ma mère, après laquelle nous recevrons une grande partie des jeunes de sa famille qui s’exileront. La rencontre s’arrêtera là.