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Etudes

Robert Longo : la beauté du désastre

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 18 Octobre 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Vers quel horizon invisible flotte ce regard vide ; quel rêve ou quelle pensée hante ce front somnolent ? De quoi parlerait cette bouche ainsi cachetée ? De résurrection ou de néant ?, Théophile Gautier, Articles et chroniques (Salon de 1849)

 

Solitude urbaine

Nous avons choisi, à cause de notre période troublée et de l’acuité des artistes à se rendre maîtres de ces sujets, d’écrire une courte étude et d’aborder l’œuvre originale de Robert Longo. En effet, ce plasticien américain, né à Brooklyn le 7 janvier 1953, prélève des images de l’environnement d’un monde qui s’écroule, se délite, d’où l’individu est spolié, rendu maillon d’une chaîne d’objets de consommation courante.

Orient : quelques notes à propos du monde arabo-musulman, de sa place dans l’iconographie occidentale et de sa filiation (2/2)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Le fantasme/La fantasmagorie


Faisons un grand saut conceptuel dans le temps pour se pencher vers le XIXème siècle, époque qui a reconsidéré l'apport intellectuel du monde oriental. En effet, en 1832, Eugène Delacroix embarquait à destination de la "Barbarie", c'est-à-dire le Maroc, déclarant: "les héros de David et compagnie feraient triste figure avec leurs membres couleur de rose auprès de ces fils du soleil..." Par cette déclaration inaugurale, un retour aux sources en quelque sorte, le peintre réinterroge l'Histoire reçue et ses catégories. Il va, à la façon d'un documentaliste, jusqu'à reproduire avec minutie les nuances vestimentaires entre "la Juive et la Berbère", affirmant: "c'est en eux que j'ai vraiment retrouvé la beauté antique".

Orient : quelques notes à propos du monde arabo-musulman, de sa place dans l’iconographie occidentale et de sa filiation (1/2)

, le Samedi, 07 Juin 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Ainsi est le monde ; tantôt il verse du miel dans nos verres, tantôt il nous abreuve de poison. N’attache pas ton cœur à cet édifice de fugacité et de dérive, car ici-bas demeurer n’est pas tien, toi à qui, roi ou paysan, le destin montre le chemin de partir ! (Firdoussi, vers 1020)

 

Note liminaire

J’ai tenté, à travers une expérience personnelle – c’est-à-dire ma contiguïté avec le monde maghrébin et arabo-musulman –, de dresser un petit portrait chronologique de quelques faits et œuvres dominants. Et ceci depuis l’avènement d’une culture importante, celle de l’Islam, jusqu’à l’émergence de nouvelles voix/voies dans notre ère qualifiée de postcoloniale.

J’ai par ailleurs privilégié quelques exemples iconographiques afin d’illustrer mon propos. Cette brève étude dresse essentiellement le contour de réflexions sur la peinture, les arts visuels. Cela n’a donc pas la prétention de l’exhaustivité même si certaines idées proviennent de sources scientifiques.

Le pays du lieutenant Schreiber d'Andreï Makine

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 06 Juin 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Le pays du lieutenant Schreiber, Andreï Makine, éd. Grasset, janvier 2014, 220 pages, 17 €

La vie est une ronde, écrivait Schnitzler.


Cette fois, je vais oser le « Je ». Ce sera moins un compte-rendu que le récit des conditions d’une lecture.

Ce soir-là, Andréï Makine est l’invité de la librairie, juste en face de chez moi. Il présente son dernier roman, Le pays du lieutenant Schreiber. Je connais de lui Le testament français. Je l’ai acheté quand il est paru en 1995 et a reçu le prix Goncourt, le prix Médicis et le prix Goncourt des Lycéens.

Ce livre m’avait bouleversée. Je décide de venir à cette rencontre. J’arrive en avance, l’auteur est déjà là et parle à la libraire qui me connaît bien. Un homme très grand, beaucoup de prestance, une élégance discrète. La libraire me présente. Nous nous serrons la main et nous nous disons bonjour. Je suis d’emblée séduite par son accent qui me ramène au temps de ma jeunesse et des Chœurs de l’Armée Rouge et de l’enthousiasme de ma famille pour le communisme puis leur éloignement en 1956, lors de l’intervention russe en Hongrie, pays d’origine de ma mère, après laquelle nous recevrons une grande partie des jeunes de sa famille qui s’exileront. La rencontre s’arrêtera là.

A (contre) propos de « Noces de charbon » de Sophie Chauveau

, le Jeudi, 15 Mai 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Davantage que les Picards qui se sont sentis humiliés par le célèbre roman d’Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, les Nordistes ont de bonnes raisons d’être offensés par un ouvrage passé inaperçu, Noces de charbon de Sophie Chauveau. Ils ne le savent pas, puisqu’ils sont rares à l’avoir lu.

À quoi tient le succès d’une œuvre littéraire ? Qu’est-ce qui fait qu’elle stimule la critique, plaît aux libraires, intrigue les médias, agite les intellectuels et donne envie au grand public de l’acheter ? Tout a été dit, écrit, soupesé, vérifié, révélé sur Eddy Bellegueule, l’un des textes sur l’enfance et l’adolescence les plus remarquables, en tout cas les plus remarqués, de ces dernières décennies. Cette question pourtant reste sans réponse claire. Serait-ce son sujet ? Il n’est pas très neuf. L’enfance bafouée est un filon brillamment exploité par une multitude de livres avant lui, depuis L’Enfant de Vallès jusqu’aux Noces barbares de Quéffelec.

Et cela très récemment encore. Par une étrange coïncidence, deux mois auparavant a paru un autre roman avec la même trame : Noces de charbon par Sophie Chauveau (Gallimard, 2013, 400 pages, 20 euros). On pourrait imaginer les deux auteurs recevant une consigne identique. Racontez sous forme romanesque vos quinze premières années, en les inscrivant dans le cadre historique, géographique et socio-économique de vos famille et milieu d’origine.