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Etudes

Un peu de beauté (2ème partie)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 12 Juin 2015. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La beauté apollinienne (16ème siècle)

« … disciple de la belle nature et de ces grandes idées […] que Platon dit estre le plus parfait original des belles choses »

(André Félibien, Entretien sur les Vies et les Ouvrages des plus excellents Peintres Anciens et Modernes (1666))

 

La Dame à la Licorne (v. 1505/1506, de 65 x 51 cm) de Raphaël (1483-1520) (1).

La beauté luminescente de la dame aux yeux céruléens me stupéfie et m’inquiète depuis mes huit ans. La bouche close, l’iris de son regard de la couleur du paysage flottant derrière elle – une aube glacée et maritime –, sont l’apanage de cette jeune fille altière. S’offrant comme absolu d’un canon esthétique – blonde, blanche –, sa distance est presque une résistance en arborant entre ses bras la Licorne, l’animal sacré, le mystère de la connaissance, symbole de la chasteté.

Les Tréteaux du Diable (I) Avant-propos – Le Diable et l’Histoire

Ecrit par Avi Barack, Léon-Marc Levy , le Jeudi, 30 Avril 2015. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

« De la Ville, les mourants se lamentent

et l’âme des blessés crie au secours,

mais Eloah n’entend pas la prière !

Au petit jour se lève l’assassin,

Il tue le pauvre et l’indigent

Et l’œil de l’adultère épie le crépuscule

Il se dit : « un œil ne m’aperçoit point ! »

Et il met le voile sur sa face.

Et dans la nuit marche le voleur,

Il perfore, dans les ténèbres, les maisons

Qu’il a repérées le jour (…)

S’il n’en est pas ainsi, qui me convaincra

De mensonges et réduira à néant ma parole ? »

Job. XXIV. 12-25

Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov (dossier)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 24 Mars 2015. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Lire Le Maître et Marguerite, c’est assister à un spectacle total. Tout est sollicité chez le lecteur : sa sensibilité, son imagination, son intelligence et sa culture. Et cette œuvre monumentale de la littérature russe du XXème siècle est sans aucun doute un chef d’œuvre, ce qui n’interdit pas de formuler quelques réserves.

J’ai ri aux nombreuses apparitions incongrues – celles du chat payant son ticket de tramway, de Marguerite survolant Moscou sur son balai ou de Natacha chevauchant le sévère Nikolaï Ivanovitch transformé en pourceau… – et je me suis divertie de toutes ces farces burlesques, de ces élégantes moscovites soudain mises à nu quand la magie cesse ou de ces roubles qui se muent en devises compromettantes qu’on s’empresse de cacher dans la bouche d’aération des toilettes… J’ai été émerveillée par les multiples clins d’œil aux mythes et aux contes, à ces récits fabuleux ou sacrés, païens ou religieux. J’ai été touchée par les remords de Pilate réduit à partager sa solitude avec son chien fidèle et par la belle figure amoureuse de Marguerite. J’ai savouré ce foisonnement de citations littéraires (aidée par les notes en bas de page), ces évocations d’écrivains et d’œuvres – russes le plus souvent – dont l’auteur reprend parfois des scènes ou des phrases entières. J’ai particulièrement goûté les références musicales abondantes, souvent très précises, auxquelles renvoie Boulgakov.

Qu’est-ce que l’internel ? Suivi de Quatre extraits de Clio de Péguy

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

L’œuvre de Péguy n’est pas finie. Pourtant elle déborde. Péguy a envahi Romain Rolland : « je ne puis plus rien lire après Péguy. Tout le reste est littérature ».

Péguy a déboussolé Michel Foucault. « Un jour, dans le courant d’une conversation, Foucault a dit : moi, j’aime beaucoup Péguy, parce que c’est un fou. J’ai demandé : pourquoi dites-vous que c’est un fou ? Il m’a dit : il suffit de regarder comme il écrit. Là aussi, c’est très intéressant par rapport à Foucault. Cela voulait dire que quelqu’un qui sait inventer un nouveau style, produire de nouveaux énoncés, c’est un fou » confiait Deleuze.

Retenons ces jugements car ils sont imprégnés de respect. Et laissons ceux qui louent comme ceux qui dénigrent. Prenons, dans le sillage d’un Jean Bastaire ou de Marie Gil, Péguy au pied de la lettre. Les pieds sentent souvent l’esprit. L’amour de la folie de Foucault est aussi bien un vent de sorcière.

Journal Météorologique, Sébastien Labrusse ; Poème, Ultime Recours/une Anthologie de la poésie francophone des profondeurs, Matthieu Baumier, Gwen Garnier Duguy

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Mardi, 10 Février 2015. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Recours au Poème éditeur, janvier 2015

 

Le ciel, ce matin, semble apporter la neige – j’emporte avec moi ma tablette, et m’installe pour lire dans le décor des Distilleries Idéales. Les fresques y évoquent un monde exotique, dans un style colonial, souligné par la présence de photos jaunies et de reliques dans une petite vitrine. Guéridons, banquettes de peluche, lumière rougeâtre diffusée par l’alambic… toute une ambiance rétrofuturiste, un décor années trente ponctué de détails anachroniques – surcharge de lampadaires montés comme un mobile de Calder, rouages inutiles… Ce bar, au nom poétique, distille l’idée, la sensation d’un « ailleurs » uchronique, idéalement adapté, un jour d’hiver, à une lecture feutrée. C’est là que j’ouvre donc le Journal Météorologique de Sébastien Labrusse : Parfois, à l’approche de l’hiver, on s’attend à ce qu’il neige : on parle « d’un ciel de neige » et le plus souvent les nuages qu’on croyait lourds de flocons se dispersent, ou crèvent lamentablement, et c’est la pluie (…) (p.4).