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A propos de "Inceste" d'Anaïs Nin, par Cyrille Godefroy (3 et Fin)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 05 Juillet 2017. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Inceste, Anaïs Nin, Le Livre de Poche, 2002, trad. Béatrice Commengé, 544 pages, 8,60 €

 

3ème partie : La quête du graal narcissique + Le journal intime : une œuvre ?

 

La quête du Graal narcissique

En cumulant les amants, Nin se préserve toujours un refuge et réduit l’impact affectif d’une éventuelle rupture avec l’un deux, laquelle rouvrirait la blessure de l’abandon paternel : « Cette impression de sécurité dans la multiplicité ». Cette polyandrie avive le désir et la jalousie de ses partenaires, décuplant d’autant leur assiduité, leur prévenance, leur empressement, tellement nécessaires à la renarcissisation de Nin.

A propos de "Inceste" d'Anaïs Nin, par Cyrille Godefroy (2)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 28 Juin 2017. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Inceste, Anaïs Nin, Le Livre de Poche, 2002, trad. Béatrice Commengé, 544 pages, 8,60 €

 

Le chevalier royal et autres chimères amères

Début 1933, Nin croise la route d’Antonin Artaud, le poète tourmenté et opiomane, « l’homme qui a inventé de nouvelles dimensions dans le domaine des sentiments, de la pensée, du langage ». Elle est plus fascinée par son imaginaire qu’attirée physiquement à l’instar de ses débuts avec Miller : « Je désire seulement une communion de nos esprits ». Ceci dit, le moment venu, elle n’oppose aucune résistance aux assauts de poésie libre de ce « paquet de nerfs enchevêtrés » : « Il m’a embrassée avec fougue, férocement, et j’ai cédé. Il mordait ma bouche, mes seins, ma gorge, mes jambes. Mais il était impuissant ». Artaud désire encore, mais son corps, pollué par le laudanum, flanche.

À chaque saison éclot un nouvel amour. Durant l’été 33, Nin renoue avec son père qu’elle rejoint dans le sud de la France. Ce père qui, lorsqu’elle était enfant, s’enfermait avec elle dans la salle de bains et la photographiait nue. Clichés, fessées et tentation. Les retrouvailles s’ouvrent sur un dialogue décomplexé, prélude à l’inceste :

A propos de "Inceste" d'Anaïs Nin, par Cyrille Godefroy (1)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 20 Juin 2017. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Inceste, Anaïs Nin, Le Livre de Poche, 2002, trad. Béatrice Commengé, 544 pages, 8,60 €

 

Anaïs Nin, l’ingénue libertine

Vivre ou écrire ? Tout écrivain, un jour ou l’autre, s’est frotté à ce dilemme. En pleine force de l’âge, Anaïs Nin (1903-1977) décide de joindre les deux pôles. Depuis l’âge de 11 ans, elle tient un journal intime dans lequel elle se livre intégralement, se dévoile sans retenue ni tabou : « La seule personne à laquelle je ne mente pas est mon journal ». Parallèlement, « après tant et tant d’années de famine », elle déverrouille son désir et s’adonne à un libertinage débridé, une odyssée psycho-sensuelle qui la propulse vers les univers d’Antonin Artaud, Otto Rank et Henry Miller.

Vincent La Soudière : Une vie en enfer (4 et fin), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 07 Avril 2017. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Une âme à la dérive

La publication des Chroniques ne produit pas la régénération attendue. Au contraire, Vincent s’installe dans un état dépressif durable et profond : « Impossible de vivre, impossible aussi de faire confiance à l’écriture ».

Entre 1978 et 1993, il enchaîne les cures de repos, cures thermales, séjours à l’hôpital ou en maison de santé, retraites spirituelles et thérapies analytiques. En 1980, il ne pèse plus que 46 kg et se trouve dans un état de faiblesse avancé. En 1990, il ingurgite onze médicaments différents par jour (Tofranil, Anafranil, Temesta, Lithium, Prozac, Lexomil…). « Je me suis égaré loin du social et des choses naturelles. J’en paie maintenant le prix, fort lourd ».

Exerçant quelques jobs en pointillé, Vincent ne bénéficie toujours d’aucun revenu régulier et n’obtient pas la bourse littéraire escomptée. Il subsiste, tant bien que mal, logé par la famille ou des amis souvent. Le fait qu’il ne dispose pas de domicile fixe et définitif l’use.

Vincent La Soudière : Une vie en enfer (3), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 31 Mars 2017. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La possibilité d’une œuvre

Vincent lit beaucoup : Char, Baudelaire, Rimbaud, Michaux, Rilke, Hölderlin, Pessoa, Cioran, Nietzsche, Valéry… Son extrême sensibilité le propulse inéluctablement vers la poésie qui sourd de ses entrailles : « Des images s’imposent à mon esprit ».

A l’aube des années 70, espérant toujours un déclic qui le sortirait de son ornière, il se met en tête de réaliser une œuvre littéraire dont son intériorité souffrante en serait la matière première : « Le talent que j’ai pour décrire ma vie intérieure, vie qui s’apparente au rêve, a fait tomber tout le reste dans l’accessoire, et tout le reste s’est affreusement rabougri, ne cesse de se rabougrir. Rien d’autre ne pourra jamais me satisfaire ».

Estimant avoir quelque chose d’essentiel à faire partager, il souhaiterait être reconnu en tant qu’écrivain c’est-à-dire être considéré aux yeux de son prochain, exister en tant qu’être social, recevoir enfin de l’extérieur la justification de son existence, l’appel d’air qui adoucirait sa torturante réclusion. « C’est au nombre – pas au plus grand nombre – que je voudrais m’adresser, à ces êtres humains à qui j’ai faussé compagnie depuis trop longtemps et qui – quoi que je puisse dire – continuent de me hanter ».