Identification

Etudes

Claude Simon ou l’impossible récit (2)

, le Vendredi, 24 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Le fil chargé de conduire le récit


Le lecteur croyait qu’il était du devoir du romancier de lui proposer un fil conducteur, de « choisir » parmi les fragments de vie ceux-là mêmes qui soient en mesure de s’emboîter dans le sens d’une narration ou d’une histoire, avec un début et une fin. Mais le romancier Claude Simon renonce à ce prétendu devoir. Il a lu Proust qu’il ne cesse d’invoquer : « le monde visible… n’est pas le monde vrai, nos sens ne possédant pas beaucoup plus le don de la vraisemblance que l’imagination, si bien que les dessins approximatifs qu’on peut obtenir de la réalité sont aussi différents du monde vu que celui-ci l’était du monde imaginé » ou encore : « … l’image étant le seul élément essentiel, la simplification qui consisterait à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif ». En disciple de Proust, Claude Simon renonce à toute intrigue, à tout suspens et, in fine, à tout scénario. Dans sa conférence « l’absente de tous bouquets », il s’explique sur son art romanesque :

La voie de l'anaphore (Première partie)

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mardi, 21 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La poésie contemporaine semble avoir un penchant très net pour la rhétorique de la répétition, énumération, écho et, plus encore, anaphore. Avec cet usage, on la reconnaît d’emblée, surtout s’il est intensif, allant parfois jusqu’à en submerger le texte. On pourrait croire qu’avec ce procédé, qui lui semble à première vue spécifique, elle fait preuve d’innovation. Il n’en est rien, car la recette est ancienne, à l’exemple de ces vers de Victor Hugo, déplorant la chute de l’Empire, relevés dans Les Châtiments (l’Expiation). Modèle d’équilibre, s’il en est, dans l’utilisation de l’anaphore :

 

Adieu, tente de pourpre aux panaches mouvants,

Adieu, le cheval blanc que César éperonne !

Plus de tambours battant aux champs, plus de couronne,

Plus de rois prosternés dans l’ombre avec terreur,

Plus de manteau traînant sur eux, plus d’empereur !

Claude Simon ou l’impossible récit (1)

, le Mardi, 14 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Non pas pour en finir avec l’impressionnisme en littérature mais pour ne pas en abuser !

Au romancier se pose un choix cornélien. Ou bien raconter les histoires des autres (y compris lui-même), du moins celles qui le touchent. Ou bien, à l’inverse, raconter les impressions que laissent, au cours de cette longue déambulation qu’est la vie, les autres en lui. De quoi le romancier est-il le témoin : du monde ou des impressions laissées en lui par le monde ?

Un tramway au parcours obscur

Le tramway qui bringuebale dans le roman Le Tramway, de Claude Simon, circulait sans doute dans le début de la seconde moitié du XXème siècle, à une époque où les tramways convoyaient encore des bataillons d’employés et de touristes dans les petites stations balnéaires de Normandie, à moins qu’il ne se fût agi d’une petite ville du sud méditerranéen. Le narrateur du Tramway est hospitalisé. Il souffre de fièvre et d’affection pulmonaire. Il n’a pas dix ans. On ne sait pas non plus s’il est hospitalisé dans la petite ville où circule le tramway du Tramway, ou si, hospitalisé, il se rappelle d’épisodes vécus dans cette petite ville même. Cette incertitude permet à Claude Simon, narrateur, de prendre quelques libertés avec les fils de la narration. Celle-ci nous offre une succession de tableaux, lesquels apparaissent sans ordre chronologique, mais auxquels la lecture impose sa propre chronologie, ne serait-ce que parce qu’on lit un livre en tournant les pages dans l’ordre croissant.

Correspondance 1927-1938, Stefan Zweig/Joseph Roth

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 06 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

 

Correspondance 1927-1938, Stefan Zweig/Joseph Roth, traduit de l’allemand et préfacé par Pierre Deshusses (1), Éditions Payot & Rivages, Collection Bibliothèque Rivages, 475 pages, 25 €

 

Une amitié, une époque, deux errances


« Vous savez bien ce que représente le temps, une heure est un lac, une journée une mer, la nuit une éternité, le réveil un enfer, se lever un combat pour retrouver la lucidité et effacer la fièvre d’un mauvais rêve ».

Joseph Roth, le 22/01/1936

Le Ruisseau, l’éclair, Laurent Albarracin

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 05 Décembre 2013. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Le poème, le poète


Je sors à l’instant de la lecture du recueil des 56 poèmes que publie Laurent Albarracin chez L’éditeur Rougerie, livre qui garde la sobriété et l’élégance que l’on connaît de la maison de Mortemart. Nonobstant, j’ai éprouvé très vite le charme de la locution courte de l’éclat soudain et resserré et aussi la tendance à la raréfaction. Voilà un livre entier construit sur le peu, le juste ce qu’il faut de mots pour faire exister le poème et qui, cependant, permet d’entendre le poète, lequel n’est pas incolore dans sa poésie. Je connais un peu Laurent, et j’ai vu dans ce ruisseau et cet éclair certains traits qui font miroir de son âme profonde, peut-être. Je pense à ce poème :

L’éclair m’a planté

un brin d’osier dans le cœur

Depuis je le tresse

pour cueillir l’écume des rivières