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Etudes

A bord du Googol, Miquel de Palol (1ère partie)

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Jeudi, 06 Mars 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

A bord du Googol, tome II des Sept jardins du Crépuscule, Miquel de Palol, éditions Zulma pour la traduction française du catalan par François-Michel Durazzo, 2013, 426 pages, 23,50 €

 

L’Embarquement pour Cythère


L’art du récit dans tous ses états : dans le deuxième tome de son roman-fleuve, construit comme l’Héptaméron de Margueritte de Navarre sur la structure de l’enchâssement sans fin de récits qui s’entremêlent, Miquel de Palol crée le vertige. Notamment grâce à l’extrême cohérence qui se dégage de ces nombreux récits entremêlés. De la fantaisie pure, souvent dans un registre fantastique ou horrifique, voire grivois, à l’affaire financière et politique sur le fond de laquelle se détachent les personnages principaux – et principaux narrateurs – des récits, ce sont non seulement des thèmes qui se répètent, mais aussi et surtout des personnages, dont l’identité multiple et le rôle se complète à mesure que les histoires s’enchaînent et que les auditeurs finissent par douter de leur propre réalité.

A propos de "La peau dure" de Fernanda Garcia Lao (2ème partie)

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mercredi, 12 Février 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Partie II

 

Une fable douce-amère, entre le lyrisme et l’ironie


L’errance métaphysique de Violeta est aussi celle d’un personnage illustre, Horacio Oliveira, le héros de Marelle, autre roman argentin de Julio Cortázar, publié en 1963. Le ton des deux romans est en effet étonnamment proche : un mélange de lyrisme désespéré et d’ironie, un jeu de miroirs qui tend à démultiplier la réalité, une quête métaphysique, d’un côté à l’autre du miroir ou de l’Atlantique, en soi et en son double, qui tend à l’absurde et à l’onirisme le plus émouvant.

A propos de "La peau dure" de Fernanda Garcia Lao (1ère partie)

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 07 Février 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La Peau dure, Fernanda García Lao, éditions La dernière goutte, traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, mai 2013, 175 pages, 16 €

 

Partie I

 

Le corps comme arme sensible du langage.

Si ce n’est pas dans La Peau dure que vous trouverez des phrases choc à la Chadorth Djavan, type « Je ne suis pas celle que je suis », c’est bien de cette étrangeté à soi-même qu’il s’agit. Le roman de l’auteur argentine est une incursion dans l’inconscient et ses strates incompréhensibles et limpides, celles des peurs primaires et des fantasmes, ceux du sexe et de la mort, menée avec humour et lyrisme.

Claude Simon ou l’impossible récit (4 et fin)

Ecrit par Roland Goeller , le Jeudi, 06 Février 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Le fantôme de Proust


Dans ses romans en forme de polars, Dostoïevski veut révéler quelque chose de l’âme russe et de sa ferveur, de sa piété presque animiste. La psychologie des personnages est essentielle (cf. Raskolnikov tourmenté par la culpabilité…). De même, dans ses nouvelles lapidaires, Raymond Carver nous dévoile quelque chose de l’âme américaine aux prises avec la liberté et la violence. Quoiqu’esquissée à petites touches de l’épaisseur d’un scalpel, la psychologie est là encore essentielle. Joyce Carol Oates interroge à longueur de romans l’ambivalence de l’âme américaine, séduite par les raffinements de la civilisation, mais hantée par les réflexes de violence primitive et barbare. Juan Marsé quant à lui met en scène l’univers catalan post-franquiste, où les passions primitives entrent en conflit avec les formes sociales, violentes à force d’être policées. Lemaître, Goncourt 2013, aura donné une version polarde et populaire de cet épisode scandaleux de l’après-guerre de 14, au cours duquel les familles à la recherche d’un disparu étaient escroquées par des charognards peu scrupuleux. Mais chez Claude Simon ? Chez Proust ? Le Bolbec normand de l’enfance de Proust lui rappelle le Balbec oriental, ce qui fournit au narrateur le prétexte de prodigieuses et érudites digressions, lesquelles ne sont pas sans rappeler les exquis Masques et Bergamasques d’un Debussy.

Claude Simon ou l’impossible récit (3)

Ecrit par Roland Goeller , le Samedi, 01 Février 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La narration en forme de tableau d’impressions


Sa posture par rapport à l’art du roman consiste à privilégier la description au détriment de l’intrigue, l’impression au détriment de la « morale ». A l’instar de la peinture, le matériau romanesque constitue à ses yeux une entité qui se légitime elle-même et qui n’a pas de comptes à rendre. Cette posture d’une certaine façon tient de la « déconstruction ». L’absence de fil conducteur (autre que celui du rythme des impressions éprouvées par le narrateur) impose des phrases longues, trop longues, suffocantes parfois. Des phrases qui, malgré une haute concentration de lecture, exigent de fréquents retours en arrière. Où en suis-je dans le texte et dans la phrase, se demande le lecteur ébloui par la virtuosité, étourdi par l’apnée ? Des phrases qui paralysent l’action dont elles s’évertuent à saisir les effets sur un narrateur lequel, quoi qu’il en dise, reste le démiurge. Les objets littéraires du roman : paysages, villes, tramways ou personnages, n’existent que perçus par lui.