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Etudes

La voie de l'anaphore (2 et fin)

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 29 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

2ème partie :


C’est peu de dire que Tristan Tzara nous a fait une impression insolite avec ce poème dada sans titre de trente vers composé chacun du seul mot « hurle » écrit neuf fois. Marge de gauche et marge de droite bien droites, ce qui donne un rectangle de 30x9 mots exprimant une invitation à hurler à une cadence infernale. Il cumule tout à la fois anaphore, répétition, écho, énumération. A la fin du hurlement, le lecteur, s’il y arrive, se découvre sympathique, car tout en bas de ce rectangle, au-delà du 30ème vers, il se sent vraiment encouragé :

hurle hurle hurle hurle hurle hurle hurle hurle hurle

Qui se trouve encore très sympathique

100, Boulevard du Montparnasse, Anne Gorouben (4 et fin)

Ecrit par Philippe Lumbroso , le Mercredi, 29 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Être ou ne pas être là

Partie 4 : Un conte pour renaître

 

Ce livre-tombeau est bien sûr un lieu où sont inscrits les noms et prénoms, comme une petite parcelle ajoutée au mur des disparus du musée de la Shoah pour se recueillir. Il est aussi la prière elle-même, un kaddish à ceux qui n’ont pas voulu mourir « comme ça ». Enfin, et c’est peut-être le plus important, il est une demande de libération adressée aux morts et aux vivants : Anne Gorouben semble implorer, humblement, comme une aumône : rendez-moi mon corps, le mien et celui des miens, le corps familial, rendez-moi mes souvenirs et les vôtres, réinscrivez-moi dans ma lignée, redonnez-moi le goût de vivre. La fameuse injonction judaïque de se souvenir se confond avec le désir de prolonger la vie : la racine hébraïque de zekher (mémoire) et de zakhar (le mâle), le procréateur, est la même. Le zekher est l’épreuve même de la filiation, dans tous les sens du terme, d’engendrement et de transmission de la trace, du germe fécond, enfermés dans la même racine, le même verbe, la même mémoire. Ce livre : kaddish pour que naisse à nouveau l’enfant.

Claude Simon ou l’impossible récit (2)

Ecrit par Roland Goeller , le Vendredi, 24 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Le fil chargé de conduire le récit


Le lecteur croyait qu’il était du devoir du romancier de lui proposer un fil conducteur, de « choisir » parmi les fragments de vie ceux-là mêmes qui soient en mesure de s’emboîter dans le sens d’une narration ou d’une histoire, avec un début et une fin. Mais le romancier Claude Simon renonce à ce prétendu devoir. Il a lu Proust qu’il ne cesse d’invoquer : « le monde visible… n’est pas le monde vrai, nos sens ne possédant pas beaucoup plus le don de la vraisemblance que l’imagination, si bien que les dessins approximatifs qu’on peut obtenir de la réalité sont aussi différents du monde vu que celui-ci l’était du monde imaginé » ou encore : « … l’image étant le seul élément essentiel, la simplification qui consisterait à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif ». En disciple de Proust, Claude Simon renonce à toute intrigue, à tout suspens et, in fine, à tout scénario. Dans sa conférence « l’absente de tous bouquets », il s’explique sur son art romanesque :

100, Boulevard du Montparnasse, Anne Gorouben (3)

Ecrit par Philippe Lumbroso , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

100, Boulevard du Montparnasse, Anne Gorouben, Editions Les Cahiers dessinés, septembre 2011, 123 pages, 18 €

 

Être ou ne pas être là


Partie 3 : Prière


Pour commencer, il faut inverser le processus, et d’abord, avant de parler ou d’écrire, rassembler ces cendres disséminées et en refaire un corps : par la mine de plomb des dessins. Par des points, car « le point géométrique est, selon notre conception, l’ultime et unique union du silence et de la parole » (Kandinsky, cité par Anne Gorouben).

La voie de l'anaphore (Première partie)

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mardi, 21 Janvier 2014. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

La poésie contemporaine semble avoir un penchant très net pour la rhétorique de la répétition, énumération, écho et, plus encore, anaphore. Avec cet usage, on la reconnaît d’emblée, surtout s’il est intensif, allant parfois jusqu’à en submerger le texte. On pourrait croire qu’avec ce procédé, qui lui semble à première vue spécifique, elle fait preuve d’innovation. Il n’en est rien, car la recette est ancienne, à l’exemple de ces vers de Victor Hugo, déplorant la chute de l’Empire, relevés dans Les Châtiments (l’Expiation). Modèle d’équilibre, s’il en est, dans l’utilisation de l’anaphore :

 

Adieu, tente de pourpre aux panaches mouvants,

Adieu, le cheval blanc que César éperonne !

Plus de tambours battant aux champs, plus de couronne,

Plus de rois prosternés dans l’ombre avec terreur,

Plus de manteau traînant sur eux, plus d’empereur !