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Contes

Le méchant petit Poucet, Vincent Vanoli et Cédric Demangeot

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 02 Février 2013. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Le méchant petit Poucet, La Pastèque, mai 2012, 48 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Vincent Vanoli et Cédric Demangeot

 

 

Ce Poucet là ne s’adresse pas aux enfants. En effet voici une terrible revisitation du célèbre conte qui fera date assurément : elle fait froid dans le dos et vous empêchera de relire les aventures des sept frères perdus avec votre naïveté d’antan. Avec un trait pesant et gras, Vincent Vanoli nous brosse dans son univers tranché, en noir et blanc, le paysage : une montagne, le versant sombre d’une vallée, une « cabane de bois mouillé à l’orée de la forêt », la solitude. Dans cette modeste demeure, vivent Poucet et ses parents, de pauvres hères qui n’ont plus que la peau sur les os et rongent les racines et les écorces pour lutter contre leur faim dévorante. La ribambelle de frères a disparu : c’est sur Poucet tout seul que s’abat la malédiction familiale et les coups du père, rustre devenu alcoolique lorsqu’il ne parvient plus à vendre son bois. Ici on n’abandonne pas ses enfants, on les exploite et on les martyrise. Nul besoin d’aller se confronter à un ogre, il est déjà là, au sein même de la maison. Pas de bottes de sept lieues quand on marche pieds nus dans une forêt que l’on connaît par cœur.

Le messager du clair de lune, Jean-Marie Robillard et Marie Desbons

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 22 Mars 2012. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Le Buveur d'encre

Le Messager du clair de lune, 12/2011, 44 p. 18 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Robillard et Marie Desbons Edition: Le Buveur d'encre

Le vieux poète Sastrawane Mandia se rend auprès de son maître le Rajah. Il s’en va lui raconter une histoire, comme à son habitude. Mais aujourd’hui, le sage est inquiet car il offre au monarque un livre insolite, un livre aux feuilles restées blanches, et il sait qu’il risque de déchaîner le courroux du Rajah, avide de ses contes fabuleux. Sastrawane Mandia se met alors à raconter l’histoire d’un autre sage, d’un autre rajah et d’un arbre aux feuilles miraculeuses, couleur de lune, qui révélera le secret de ce livre singulier, la puissance de l’imagination. Le Messager du clair de lune déroule l’une des plus belles odes à la création, un récit des origines des contes, peuplé d’êtres magiques, inspiré par les dieux eux-mêmes.

Dans ce conte tout empli de sagesse, mélange de force et de légèreté, le lecteur s’abandonne à la magie des images de Marie Desbons et au phrasé envoutant de Jean-Marie Robillard. Le temps suspendu, les bruits envolés, on plonge tout entier dans cet album fascinant, on se gorge de couleurs chaudes et de fondus vaporeux, on répète les noms qui sonnent comme de petits poèmes, on se susurre les secrets de Tengkek le martin-pêcheur ou de Déwi Andgine la déesse du vent. La nature recèle de véritables féeries, la magie naît de petites choses. Assurément ce texte mérite une mise en voix.

Les poissons viennent de la forêt, Jean-Yves Loude

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 18 Janvier 2012. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Belin

Les poissons viennent de la forêt, images d’Alain Corbel, Belin, terres insolites, 126 p, 5,60 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Loude Edition: Belin

Jean-Yves Loude aime briser un peu les codes : quand il écrit des livres pour la jeunesse, c’est pour faire lire les moins jeunes. C’est une stratégie. Il faut même parfois un long chemin pour s’initier aux contes de fée. Ainsi Bruno Bettelheim.

Ici plusieurs rendez-vous sont proposés au lecteur. Historique, géographique, anthropologique. Au milieu du XVI° siècle, un bateau d’esclaves angolais fait naufrage sur la petite île de Sao Tomé. Ce groupe transmettra ses rites et ses mythes jusqu’à nos jours. J.Y. Loude les a approchés. L’histoire de Kéta est plus qu’un hommage : une plongée géographique, une traversée historique, un témoignage anthropologique. Loin des clichés scolaires « culture et civilisation », le récit de Kéta va tutoyer l’universel.

« Depuis que je suis mort, je suis devenu bavard… ». Ainsi commence l’histoire de Kéta. Quelle histoire ? Mais quelle histoire ! Une histoire de décision. Une Vie. Décision pour Kéta de quitter le monde des morts (qui est le monde des vivants ancêtres du XVI° siècle ?) pour se réincarner, ici et maintenant, en un fils, forcément quand on n’est qu’esprit… Ah la filiation. Revient en mémoire la litanie œdipienne : de qui donc suis-je né ? Les Grecs ici sont noirs. Les Hellènes se métissent. Les Angolares sont de grands résistants. Et Kéta un de leurs descendants. Quel sera son héritage ?

Guerres et paix chez les atomes, Sam Kean

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 16 Octobre 2011. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Guerres et paix chez les atomes, traduit de l’anglais (US) par Bernard Sigaud, 440 p. 10/2011. 23.00 € . Ecrivain(s): Sam Kean Edition: Jean-Claude Lattès

Le titre original est : the disappearing spoon, and others tales of madness, love and the history of the world from the periodic table of the elements.

On peut aussi bien traduire : la cuillère éclipsée, et autres contes de la folie, de l’amour et de l’histoire du monde à partir du tableau périodique des éléments.

La cuillère magique, souvent présentée dans les foires et toujours présentée dans les shows électroniques grand public, continue à surprendre. La magie, manipulation et prestidigitation, s’envisage aussi sous l’angle de l’obstacle épistémologique. Son destin traverse plusieurs phases, superposables dans le temps. Croyance, curiosité, frein au savoir et éradication de l’esprit scientifique. Mais ce n’est pas aussi simple. Et les éléments insécables (qui sont eux-mêmes devenus coupables) recèlent une poésie et une grammaire, une alchimie et un savoir, une psychologie et une sociologie, des mystères et des lumières qu’a su restituer Sam Kean dans un bel ouvrage littéraire (le peu d’illustrations pourrait souligner ce trait), ouvrage qui n’a rien à voir avec une « chimie pour les nuls ». A moins que ces pseudo-nuls troquent leur bêtise contre une candeur féconde.

Au pays des mensonges, Etgar Keret

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 20 Septembre 2011. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire, Israël

Au pays des mensonges, traduit de l’hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech, septembre 2011, 205 pages, 20 € . Ecrivain(s): Etgar Keret Edition: Actes Sud

 

Ecrit au scalpel – pas pour tuer, pour mettre à nu – ou à l’acide – pas pour blesser, pour révéler, avec une vraie force de réflexion : cela oblige à faire retour sur soi-même. De petits contes, quelque chose dit en passant mais qui accroche, qui fouille sans délimiter, un petit trou creusé qui agace, dans lequel Etgar Keret jette innocemment un mot, comme un germe « Le silence me met mal à l’aise. Si nous étions plus proches, je pourrais peut-être me taire avec lui » (p.162). On en fera ce qu’on voudra, on y trouvera ce qu’on voudra ou pourra y trouver, mais cela ne laisse pas tranquille, E. Keret y veille, regardant par-dessus l’épaule après s’être détourné de chaque nouvelle.

Des personnages qui au sens propre « se fendent » d’une histoire, d’autres empilés comme des poupées russes, des personnages aussi transformistes, malléables, profondément réceptifs à l’immédiateté et à l’absurde de la situation, des personnages qui en fait ne savent rien de la vie qu’ils vivent. A tout moment, tout peut arriver, la vie est un état d’urgence où tout peut interférer, côtoiement d’états compressés, cryptés puis/ou mis à plat. Comme ce personnage dont les poches sont pleines d’objets réunis « par réflexion et préméditation » (p.101) pour parer à toute éventualité, ne pas se laisser prendre au dépourvu par la vie, la mort, le destin.