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Contes

Le messager du clair de lune, Jean-Marie Robillard et Marie Desbons

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 22 Mars 2012. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Le Buveur d'encre

Le Messager du clair de lune, 12/2011, 44 p. 18 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Robillard et Marie Desbons Edition: Le Buveur d'encre

Le vieux poète Sastrawane Mandia se rend auprès de son maître le Rajah. Il s’en va lui raconter une histoire, comme à son habitude. Mais aujourd’hui, le sage est inquiet car il offre au monarque un livre insolite, un livre aux feuilles restées blanches, et il sait qu’il risque de déchaîner le courroux du Rajah, avide de ses contes fabuleux. Sastrawane Mandia se met alors à raconter l’histoire d’un autre sage, d’un autre rajah et d’un arbre aux feuilles miraculeuses, couleur de lune, qui révélera le secret de ce livre singulier, la puissance de l’imagination. Le Messager du clair de lune déroule l’une des plus belles odes à la création, un récit des origines des contes, peuplé d’êtres magiques, inspiré par les dieux eux-mêmes.

Dans ce conte tout empli de sagesse, mélange de force et de légèreté, le lecteur s’abandonne à la magie des images de Marie Desbons et au phrasé envoutant de Jean-Marie Robillard. Le temps suspendu, les bruits envolés, on plonge tout entier dans cet album fascinant, on se gorge de couleurs chaudes et de fondus vaporeux, on répète les noms qui sonnent comme de petits poèmes, on se susurre les secrets de Tengkek le martin-pêcheur ou de Déwi Andgine la déesse du vent. La nature recèle de véritables féeries, la magie naît de petites choses. Assurément ce texte mérite une mise en voix.

Les poings sur les îles, Elise Fontenaille et Violeta Lopiz

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Les poings sur les îles, septembre 2011, 15€ . Ecrivain(s): Elise Fontenaille et Violeta Lopiz Edition: Le Rouergue


Les poings sur les îles est le premier album d’Elise Fontenaille, qui n’en est pourtant pas à son coup d’essai aux Editions du Rouergue. Si elle a plutôt l’habitude des textes longs destinés aux plus grands, elle s’est lancée avec succès dans la rédaction de cet opus en duo avec la plasticienne espagnole Violeta Ruiz, qui publie, elle, pour la première fois en France.

Les poings sur les îles est un album enchanteur dédié à tous les grands-pères du monde. Le narrateur a 6 ans, il apprend à lire et à écrire ; les mercredis et les dimanches il se rend chez Luis, son pépé, qui vit dans une petite maison entourée d’un jardin fabuleux et foisonnant d’oiseaux et de fleurs plus colorées les unes que les autres. Luis s’est installé ici il y a longtemps, quittant l’Espagne

« quand il avait onze ans. Il a traversé les montagnes, les collines, la campagne, et puis il est arrivé en France. Il fuyait la guerre et la misère, papa m’a dit il n’a pas eu d’enfance. »

Les poissons viennent de la forêt, Jean-Yves Loude

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 18 Janvier 2012. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Belin

Les poissons viennent de la forêt, images d’Alain Corbel, Belin, terres insolites, 126 p, 5,60 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Loude Edition: Belin

Jean-Yves Loude aime briser un peu les codes : quand il écrit des livres pour la jeunesse, c’est pour faire lire les moins jeunes. C’est une stratégie. Il faut même parfois un long chemin pour s’initier aux contes de fée. Ainsi Bruno Bettelheim.

Ici plusieurs rendez-vous sont proposés au lecteur. Historique, géographique, anthropologique. Au milieu du XVI° siècle, un bateau d’esclaves angolais fait naufrage sur la petite île de Sao Tomé. Ce groupe transmettra ses rites et ses mythes jusqu’à nos jours. J.Y. Loude les a approchés. L’histoire de Kéta est plus qu’un hommage : une plongée géographique, une traversée historique, un témoignage anthropologique. Loin des clichés scolaires « culture et civilisation », le récit de Kéta va tutoyer l’universel.

« Depuis que je suis mort, je suis devenu bavard… ». Ainsi commence l’histoire de Kéta. Quelle histoire ? Mais quelle histoire ! Une histoire de décision. Une Vie. Décision pour Kéta de quitter le monde des morts (qui est le monde des vivants ancêtres du XVI° siècle ?) pour se réincarner, ici et maintenant, en un fils, forcément quand on n’est qu’esprit… Ah la filiation. Revient en mémoire la litanie œdipienne : de qui donc suis-je né ? Les Grecs ici sont noirs. Les Hellènes se métissent. Les Angolares sont de grands résistants. Et Kéta un de leurs descendants. Quel sera son héritage ?

Gothic, Les amants de Mory, Laure Fardoulis

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 05 Janvier 2012. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Gothic, Les Amants de Mory, Editions EST Samuel Tastet, Octobre 2011, 12 € . Ecrivain(s): Laure Fardoulis

Voilà bien un curieux objet que ce mini livre : blanc de la couverture, noir des écritures soignées, avec une belle recherche esthétique, quelques caractères gothiques dessinés, ça et là. Gothic, un titre sonnant comme le  rock qui déménage ? qui fleure les idées de mystère émaillées de peur d’un château de Dracula, quelque part ? Que nenni, comme on disait au Moyen-Age des cathédrales ; on est bien dans de l’ogive moussue, perdue au fin fond d’un village, inconnu de tout un chacun.

Curieux aussi, le registre du livre : conte ? Pour enfants, pas exactement ; philosophique ? Peut-être. Prose poétique, théâtre ? Ça, oui, puisque le grand Shakespeare en personne signe ce livre aux côtés de l’auteur, dont on devine la voix de conteuse enchanteresse, façon Karen Blixen, et la personnalité, un rien espiègle.

On peut – avantage de ce genre de livre mouvant – « ouvrir » l’œuvre, comme on visite les poupées gigognes russes (ces petites babouchka, naïves à souhait). On peut, de ce fait, lire le livre plusieurs fois, toutes différentes ; c’est là, quelque chose qui ne nous est pas donné souvent. Profitons-en !

Il y a d’abord l’histoire – genre, racontée aux enfants le soir à la chaumine. Un conseil, toutefois : « certaines scènes peuvent choquer les âmes sensibles »… attendez-vous à du : « qu’est-ce que ? » et du « et, pourquoi ? ».

Le Dibbouk et autres textes, Jérôme Sas

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 22 Décembre 2011. , dans Contes, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres

Le Dibbouk et autres textes, Ed. Société des écrivains, 13 € . Ecrivain(s): Jérôme Sas

Rien que le titre et le grimaçant bestiaire médiéval de Notre-Dame, de la couverture, vous poussent vers ce panier de très belles écritures, où l’on butinera mini nouvelles, pages simples, poèmes, allant parfois, comme la cerise tombée au fond du panier du marché, jusqu’à n’être qu’un seul vers, mais avec quelle majesté, quand tout est dit, et du malheur de vivre et du poids insupportable du passé, dans ce qui ferme le livre : « j’ai perdu le sommeil mais cela ne me dérange pas trop »…

Les deux préfaces sont incontournables, puisque l’auteur, encore jeune, a choisi de quitter la vie, et que le regard de ces deux amis-connaisseurs est le passage nécessaire pour entrer dans le livre. Ainsi, nous sont donnés les matériaux de la trace, de la Pologne d’antan aux grands camps de la mort, jusqu’en une France qui lui va mal – vêtement mal taillé, semble-t-il. Dès la préface, aussi, tombe – orage en plein été – une terrible maladie mentale, écartelée – ou, écartelante – entre abîme et  hauts sommets, qui hante la vie de Sas, et façonne son écriture même.

Dans la mythologie juive d’Europe de l’Est, le dibbouk est bien plus qu’un « simple » démon ; il habite un corps, mais peut, à l’occasion, s’habiller de l’âme d’une personne décédée (ou d’un groupe) et rend fou la personne investie. Un roman récent d’Elie Wiesel Un désir fou de danser, et les premières images du film des frères Cohen A serious man mettaient – souvenons-nous – le dibbouk à l’honneur.