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Contes

Les exploits d’un jeune Don Juan, suivi de Les Onze mille verges, Guillaume Apollinaire

Ecrit par Frédéric Aribit , le Samedi, 08 Février 2014. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Rivages poche

Les exploits d’un jeune Don Juan, suivi de Les Onze mille verges, 2013, préface de Christelle Taraud, 284 p. 7,65 € . Ecrivain(s): Guillaume Apollinaire Edition: Rivages poche

 

Rien n’est aussi contagieux que le sexe. Les moralistes de tout poil, qui n’ont souvent été à cheval que sur les principes, le savent bien qui, siècle après siècle et de quelque bénitier qu’ils se réclament, se sont acharnés à interdire ces « livres qu’on ne lit que d’une main » dont parlait Jean-Jacques Rousseau. Qu’il y ait là, dans ces pages, quelque chose qui plonge au plus profond de l’indicible, qui nous ramène au fond de ces désirs aveugles, informulables, inavouables, et où l’on retrouve le corps immédiat de l’autre, dans cette disponibilité réciproque où l’on pourrait mourir, bref qu’il s’agisse d’une liberté d’être à laquelle personne n’est jamais obligé, mais où l’humanité entière se donne toujours son rendez-vous nocturne, de quelque façon qu’elle l’accepte ou qu’elle le refuse, tout cela n’y aura jamais rien fait. Les interdictions continuent de tomber comme des couperets.

Le Bel Otage, Zayd Muti’Dammaj

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 10 Janvier 2014. , dans Contes, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Editions Zoe

Le Bel Otage (Al Rahina), traduit de l’arabe du Yémen par Nada Ghosn, 157 pages, 18 € . Ecrivain(s): Zayd Muti’Dammaj Edition: Editions Zoe

 

Au cours des années de troubles et d’agitation permanente qui préludent à l’assassinat, en 1948, de l’imam-roi Amir al-Mumenin al-Mutawakkil ‘Ala Allah Rab ul-Alamin, Imam Yahya ben al-Mansur Bi’llah Muhammad Hamideddin (sic), de nombreux fils de chefs rebelles ont été enlevés à leur famille et retenus comme otages dans les forteresses des gouvernorats.

Le héros de ce surprenant conte-roman est l’un de ces jeunes captifs. Après une période de forteresse, il est transféré au palais du gouverneur comme duwaydar, affecté au service particulier, aussi longtemps qu’il n’est pas devenu pubère, de la belle Sharifa Hafsa, la jeune sœur du gouverneur, divorcée, oisive, capricieuse, sensuelle, agitée de pulsions qu’elle ne parvient pas à brider.

L’otage, narrateur à la première personne, découvre peu à peu les règles arbitraires et archaïques d’une société de palais hypocrite, fermée sur elle-même, où les duwaydars, valets le jour, sont la nuit les jouets des femmes du sérail qui se les disputent.

Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis, Luis Sepulveda

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 03 Juillet 2013. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Métailié, Jeunesse

Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis, illustrations de Joëlle Jolivet, avril 2013, 80 pages, 11 € . Ecrivain(s): Luis Sepulveda Edition: Métailié

 

Vous vous souvenez de L’histoire d’une mouette et du chat qui lui a appris à voler ? Et bien, Luis Sepúlveda nous revient avec une nouvelle histoire de chat aussi belle que la première. Une histoire sensible, pleine de douceur et de bons sentiments, qui font du bien au cœur et à la tête.

« Je pourrais dire que Mix est le chat de Max mais je pourrais aussi indiquer que Max est l’humain de Mix. Cependant, comme la vie nous enseigne qu’il n’est pas juste que quelqu’un soit le propriétaire d’une autre personne ou d’un animal, disons alors que Max et Mix, ou Mix et Max, s’aiment l’un l’autre ».

Max et Mix vivent à Munich, dans une rue bordée de grands et beaux marronniers. Max est un petit garçon et Mix un chaton. Chacune de leurs aventures est l’occasion d’une leçon d’amitié et les deux amis grandissent heureux ensemble. Mix devient un beau chat « adulte, fort et vigoureux », et Max « un adolescent qui se rendait chaque matin à l’école à bicyclette », tandis que Mix allait courir sur les toits et chacun veillait sur la liberté de l’autre, comme le font les vrais amis.

Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry

Ecrit par Jean-François Vernay , le Vendredi, 17 Mai 2013. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Le Petit Prince, édition spéciale 70 ans, 2013, 224 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Antoine de Saint-Exupéry Edition: Folio (Gallimard)

 

A l’occasion des 70 ans du Petit Prince, Folio lance une édition « collector » vendue sous étui et à tirage limité. L’œuvre est flanquée d’un livret de vingt-quatre dessins d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) suivis d’un commentaire d’Alban Cerisier, éditeur chez Gallimard. C’est sans doute à cela qu’on reconnaît le succès d’un livre : l’édition anniversaire. Lorsqu’on ne peut pas se permettre une édition augmentée (fait assez rare pour la fiction, c’est plutôt le sort du documentaire) pour la circonstance, l’on se paye le luxe de commercialiser une édition enrichie.

D’ailleurs à quoi reconnaît-on le succès d’un livre ? Probablement au fait que ce dernier ait éclipsé toute la production littéraire de l’auteur qui du coup n’est associé qu’à un seul titre. Interrogez un quidam dans la rue et il est à parier qu’il n’aura jamais entendu parler de L’Aviateur (1926), Vol de nuit (1931), Terre des hommes (1939), pourtant Grand prix du roman de l’Académie française ! Le Petit Prince (1943) en revanche lui sera familier. Deuxième indice : le personnage principal s’est mué en « entité fictionnelle fluctuante » (1), personnage que tout le monde connaît sans forcément l’avoir rencontré en lisant l’œuvre originale.

Le méchant petit Poucet, Vincent Vanoli et Cédric Demangeot

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 02 Février 2013. , dans Contes, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Le méchant petit Poucet, La Pastèque, mai 2012, 48 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Vincent Vanoli et Cédric Demangeot

 

 

Ce Poucet là ne s’adresse pas aux enfants. En effet voici une terrible revisitation du célèbre conte qui fera date assurément : elle fait froid dans le dos et vous empêchera de relire les aventures des sept frères perdus avec votre naïveté d’antan. Avec un trait pesant et gras, Vincent Vanoli nous brosse dans son univers tranché, en noir et blanc, le paysage : une montagne, le versant sombre d’une vallée, une « cabane de bois mouillé à l’orée de la forêt », la solitude. Dans cette modeste demeure, vivent Poucet et ses parents, de pauvres hères qui n’ont plus que la peau sur les os et rongent les racines et les écorces pour lutter contre leur faim dévorante. La ribambelle de frères a disparu : c’est sur Poucet tout seul que s’abat la malédiction familiale et les coups du père, rustre devenu alcoolique lorsqu’il ne parvient plus à vendre son bois. Ici on n’abandonne pas ses enfants, on les exploite et on les martyrise. Nul besoin d’aller se confronter à un ogre, il est déjà là, au sein même de la maison. Pas de bottes de sept lieues quand on marche pieds nus dans une forêt que l’on connaît par cœur.