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La rentrée littéraire

Le chemin des fugues, Philippe Lacoche

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 03 Octobre 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Les éditions du Rocher

Le chemin des fugues, août 2017, 312 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Philippe Lacoche Edition: Les éditions du Rocher

Ce vingt-neuvième livre du romancier et journaliste picard Philippe Lacoche, au beau titre qui fleure la fréquentation des Dhôtel, Pirotte et autres Sansot, a tout vraiment pour engager le lecteur à revenir à ses autres titres, et cerise sur le gâteau, à prolonger les charmes du roman par d’autres vagabondages littéraires chez les précités, par exemple.

Peu importe, au fond, l’intrigue ramassée que Lacoche accroche à nos yeux : un journaliste, comme lui, du même âge, Philippe, comme moi, est né au plein milieu des années cinquante – ce qui l’enjoint à une certaine nostalgie –, au nom bien français, Pierre Chaunier, décide de rompre avec sa petite vie, sa petite ville, son Bar de la Place, ses habitudes, parce que vraiment lui imposer à son âge des tracasseries informatiques d’un logiciel pourri ça ne va plus. Il s’est remis à boire avec ses potes Keith (un gars qui ressemble au gars des Stones), Depard, et ses idylles sont parties en fumée. Foin donc de ses belles Géa, Lady V. Il a vu passer l’autre jour une belle Orangée, l’a perdue de vue. Il faut changer de vie, partir, et l’occasion lui est donnée : devenir journaliste dans un journal qui se fait encore à l’ancienne, dans un trou, un bled de province reculée aux toponymes pas possibles : Bordurins, Troussin-au-Bois, Pontron-les-échauguettes, etc., en plein Vaugandy, région où sévissent loups, aurochs et ours !

Qui a tué Heidi ?, Marc Voltenauer

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 02 Octobre 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Qui a tué Heidi ?, Slatkine & Cie, septembre 2017, 448 pages, 21,90 € . Ecrivain(s): Marc Voltenauer

 

Il y a un peu plus d’une année, un nouvel inspecteur entrait dans le champ des romans policiers et polars, Andreas Auer. Parmi ses caractéristiques, celle de vivre dans l’un des plus « pittoresques » villages des alpes vaudoises, un village se prêtant a priori bien peu à la perpétration de crimes. Mais l’auteur suisse Marc Voltenauer, fort de sa connaissance des grands polars « made in Sweden », en a décidé autrement et, après s’être installé dans ce village bien réel, qui a pour nom Gryon, l’auteur y a semé quelques cadavres ici et là : dans le temple, dans la fontaine, dans un chalet d’alpage… avec l’histoire de l’homme qui n’était pas un meurtrier mais qui connaissait l’histoire du Dragon du Muveran. L’auteur et son inspecteur à peine remis de cette première et éprouvante enquête vont se retrouver embarqués dans une nouvelle affaire où à nouveau les morts se multiplieront, faisant fi des paysages de carte postale.

Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 29 Septembre 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Un certain M. Piekielny, août 2017, 272 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): François-Henri Désérable Edition: Gallimard

 

« Qui était-elle, cette “souris triste” ? Comment avait-elle vécu ? Qu’était-elle devenue ? Je devais mener l’enquête, je n’avais plus le choix. Il faut savoir s’incliner face à la combinaison de hasards qui gouverne nos vies. Je décidais, peu à peu, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny ».

Un certain M. Piekielny est le roman de cette recherche, le roman d’une enquête placée sous la belle combinaison des hasards objectifs qui enfante parfois de beaux livres. C’est aussi le roman de l’enfance d’un écrivain. Romain Gary, enfant à Vilnius – ce jour-là le soleil faisait grève –, croise un certain M. Piekielny, son regard et ses friandises, il en fait le bref récit dans La Promesse de l’aube. C’est une apparition en forme de promesse, comme devraient l’être les romans : Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Vilno, habitait M. Piekielny. C’est cette promesse, cette phrase. Promets-moi de prononcer mon nom dit-il, et mon histoire leur sautera aux yeux ! L’histoire d’un petit homme disparu, disparu en compagnie de quelques autres millions de Juifs d’Europe, une phrase et une histoire qui vont donner naissance à ce roman voltigeur et éblouissant.

La Princesse de Bakounine, Lorenza Foschini

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 29 Septembre 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quai Voltaire (La Table Ronde)

La Princesse de Bakounine, septembre 2017, trad. italien Karine Degliame-O’Keeffe, 224 pages, 20 € . Ecrivain(s): Lorenza Foschini Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

 

Auteur d’un remarquable essai sur Le manteau de Proust, Lorenza Foschini retrace plusieurs destins russes dans cet essai qui prend la forme d’une enquête quasi policière en plein XIXe siècle.

Les figures de Bakounine, grand révolutionnaire, et de Zoé Obolenskaia, princesse rebelle qui a quitté son mari, gouverneur de Moscou, avec ses cinq enfants pour vivre en Europe occidentale et se livrer à sa passion de la politique, trouvent ici des portraits saisissants de vérité historique.

La recherche minutieuse entreprise par Lorenza Foschini a profité des services de descendants de cette princesse révolutionnaire, grande amie des anarchistes, modèle d’Anna Karénine pour Tolstoï. Zoé Petersen, son arrière-petite-fille, a transmis nombre de documents à l’auteure, ce qui fait de ce livre un ouvrage historique, et tout à la fois romanesque, tant la matière – exil, refuges, poursuites, rumeurs, méconduite, etc. – nourrit le lecteur, comme s’il était plongé dans le roman intime de personnages authentiques. Du reste, aux incertitudes livrées par le manque parfois de sources sûres, l’auteur répond en comblant les lacunes de « récits plausibles » des événements.

Zero K., Don DeLillo

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Septembre 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Actes Sud

Zero K., septembre 2017, trad. américain Francis Kerline, 298 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud

 

Don DeLillo nous a toujours habitués à ses univers glacés, déshumanisés, saturés de technologie et de machines. Avec Zéro K, le vieil écrivain new-yorkais met une pierre de plus à l’édifice construit par sa vision noire du monde. Et quoi de plus noir que la mort ? La mort, vue par DeLillo, c’est l’assurance d’un roman âpre, terrible, désespérant. Et on n’est pas déçu.

Reprenant le thème connu de la SF du retardement du décès par cryogénisation, ce roman raconte la fin (« provisoire ») de gens qui ont choisi de mourir pour renaître un jour, quand les progrès de la médecine permettront de soigner les maladies mortelles aujourd’hui, de garantir une vie beaucoup plus longue. C’est la décision de Ross Lockhart qui, ne supportant pas la maladie létale de la jeune femme qu’il aime, décide, avec son accord, de la livrer à l’expérimentation.

Le narrateur est le fils unique de Ross. Il a perdu sa mère depuis longtemps. Son père l’a élevé dans le luxe matériel et un grand dénuement affectif et spirituel. Ross est un grand homme d’affaire, qui brasse décisions, pouvoir et argent. Il n’a guère de temps pour les effusions ou les élévations de l’âme.