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La rentrée littéraire

Le Chien rouge, Philippe Ségur (par Christelle d'Hérart-Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mercredi, 19 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Buchet-Chastel

Le Chien rouge, août 2018, 240 pages, 17 € . Ecrivain(s): Philippe Ségur Edition: Buchet-Chastel

Quinquagénaire, Peter Seurg est professeur de droit à l’université. Il jouit d’une bonne situation, celle que ses parents ont pour lui toujours ambitionnée, puisque malgré son appétence, il aurait été tout à fait inconvenant qu’il se lance dans une carrière artistique, et pour preuve de l’absurdité d’une telle fantaisie : les artistes meurent jeunes (dixit sa mère). Mais le narrateur s’ennuie à mourir et présente tous les aspects du dépressif désabusé, observateur lucide d’un monde trop simplifié, trop connecté, dans lequel les idées sont fades, préfabriquées et délétères, et où tous les biens accumulés finissent par posséder, à leur insu, leurs propriétaires :

« Néanmoins, je détestais d’un même élan ce ramassis de mensonges et de dissimulation qui faisait l’esprit bourgeois […]. Cette certitude de soi et de ses convictions, ce goût des convenances et du paraître, cette obsession pour la sécurité, la propriété et le qu’en-dira-t-on, cet instinct grégaire et cette sacralisation des dogmes, de la morale et des traditions, des héritages jamais remis en question ».

« Chaque jour, je constatais que des bracelets de fer supplémentaires se refermaient autour de mes chevilles et que des chaînes aux maillons plus épais me reliaient à une énorme ventouse numérique, à des machines vampires qui, depuis la Silicon Valley, consommaient mon existence en me laissant croire qu’elle m’appartenait ».

Les derniers jours d’Henri-Frédéric Amiel, Roland Jaccard (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 14 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Serge Safran éditeur

Les derniers jours d’Henri-Frédéric Amiel, septembre 2018, 15,90 € . Ecrivain(s): Roland Jaccard Edition: Serge Safran éditeur

 

« J’ai compris trop jeune que je serais incapable de réaliser mes idéaux, que le bonheur est une chimère, le progrès une illusion, le perfectionnement un leurre et que, même si toutes mes ambitions étaient assouvies, je ne trouverais encore là que vide, satiété, rancœur. La désillusion complète m’a conduit à l’immobilité absolue. N’étant dupe de rien, je suis mort de fait ».

Entre 1839 et 1881, Henri-Frédéric Amiel tient son Journal intime, soit 16.847 pages ; plus modeste Roland Jaccard écrit le journal intime du Genevois, prend sa voix et sa plume le temps d’un petit roman. Il se glisse dans la peau du professeur en désespoir, du collectionneur de conquêtes qu’il s’empresse d’abandonner, de l’écrivain qui choisit le cimetière de Clarens, au-dessus de Montreux comme dernier domicile connu, face au lac Léman, sans savoir que Vladimir Nabokov y repose également : Je ne me doutais pas qu’un jour lointain… nous irions comme deux fantômes au lever du jour à la chasse aux papillons. Roland Jaccard qui s’y connaît en trahisons, trouve là un allié, un vieux complice, comme le sont aussi Schopenhauer, Schnitzler et Cioran.

Forêt obscure, Nicole Krauss (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Forêt obscure (Forest Dark), août 2018, trad. américain Paule Guivarch, 282 pages, 23 € . Ecrivain(s): Nicole Krauss Edition: L'Olivier (Seuil)

Nicole Krauss est de retour. Elle est de ces écrivains qui ont choisi la rigueur, l’exigence de la littérature. Ce roman est fascinant, bâti autour de deux personnages insaisissables, en quête d’une impossible et évanescente identité. La narration alterne les pistes, celle de Epstein, vieil homme « perdu » – au sens propre du terme, il a disparu de sa résidence à Tel Aviv – et Nicole, la narratrice des chapitres qui lui sont dédiés, dans laquelle Nicole Krauss semble avoir mis beaucoup d’elle-même, jusqu’à son prénom. Ces deux personnages, qui ne se connaissent pas, ont dès le début quelque chose en commun : leurs allers-retours entre leurs résidences, New-York et Tel Aviv.

Tel Aviv, d’une présence puissante tout au long du roman, avec ses personnages étranges, souvent un peu fous, ses rabbins savants et drôles, ses habitants pleins de vie malgré la menace permanente de la mort qui guette sous la forme des missiles lancés régulièrement de Gaza. Et, dans Tel Aviv, se dresse un personnage-clé du roman : l’Hôtel Hilton, une masse de béton de style brutaliste, hideux mais toujours empli de touristes du monde entier car au bord de la Méditerranée et de ses plus belles plages. L’Hôtel Hilton, tellement central dans ce récit que nous avons droit à trois photos en noir et blanc du bâtiment, l’Hôtel Hilton, ses rencontres improbables et ses secrets. Le Hilton de Tel Aviv, objet d’obsession pour Nicole :

Les anges nous jugeront, Emmanuel Moses (par Carole Darricarrère)

Ecrit par Carole Darricarrère , le Mercredi, 12 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Les éditions du Rocher

Les anges nous jugeront, septembre 2018, 136 pages, 15 € . Ecrivain(s): Emmanuel Moses Edition: Les éditions du Rocher

 

« C’était une nuit d’automne et elle déversait sur la terre, sur ce point infime d’une planète infime, toute l’eau et tout le vent qui avaient conflué en elle (…) ».

Au croisement de l’infiniment petit (l’Homme) et de l’infiniment grand (la Nature), on s’enfonce dans ce récit comme dans un terreau bourgeois, en citadin frileux amateur de grands espaces, en poseur de chevalet s’absorbant à la faveur du plus petit dénominateur commun dans la contemplation shakespearienne d’un tableau biblique jusqu’à en traverser, à ses risques et périls, les plus pénétrants détails.

C’est dans un style chantourné qui ne déteste pas le phrasé d’élection des longues laques de belle facture qu’Emmanuel Moses, grand paysagiste à la lettre et maître de cérémonie du crescendo dramatique quasiment en mode pause, installe en sondeur de solitudes ses nappes plein vent et dresse avec un plaisir manifeste le couvert pour une crèche improvisée de cinq dans laquelle l’enfant tient lieu de modérateur et l’âne de clap final.

Absolutely Golden, D. Foy (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 12 Septembre 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Le Serpent à plumes

Absolutely Golden, août 2018, trad. anglais (USA) Sébastien Doubinsky, 215 pages, 20 € . Ecrivain(s): D. Foy Edition: Le Serpent à plumes

 

Rachel, une enfant de soleil

Rachel Hill est une Américaine originaire d’Oakland, ville de la côte ouest des États-Unis située dans la baie de San Francisco, dans l’Etat de Californie. Veuve de son « pauvre Clarence », elle se sent terriblement seule et vieille à l’âge de 37 ans. Elle recourt alors aux services d’une vieille gitane qui lui concocte un philtre d’amour à base de vers de terre, de pervenches, de cantharide, de sang menstruel et de poireaux, et ça marche ! Le miracle se produit car trois jours à peine, un dénommé Jack Gammler, un hippie, franchit le seuil de sa porte et s’incruste. Il faut dire que ce Jack n’est pas un homme lambda, un hippie quelconque. La nature l’a doté du « plus grand pénis », « peut-être le plus grand que le monde entier ait jamais vu, plus de trente centimètres dans son état naturel, comme on dit ». A propos de cet « incroyable appendice », Jack le fera tourner au camp de Freedom Lake avec une telle force giratoire qu’on le prendra pour une hélice.