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La rentrée littéraire

Le Bruit du dégel, John Burnside (seconde critique)

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 30 Août 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Métailié

Le Bruit du dégel, août 2018, trad. anglais (Écosse) Catherine Richard-Mas, 362 pages, 22 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

DansLe Bruit du dégel, la patte, ou plutôt la texture de l’auteur de L’Eté des noyés se confirme. Cette même lumière intérieure, une sorte de douceur un peu étrange qui baigne le roman, qui en floute les contours, adoucit les angles, même les plus tranchants. On pourrait penser que John Burnside peint ses romans plus encore qu’il ne les écrit et ce n’est sans doute pas un hasard si l’art tient une grande place dans son écriture. Mais, si la peinture était omniprésente dans L’Eté des noyés, ici ce sont surtout le cinéma, la musique : images, ambiances, atmosphères… Les sens du lecteur sont extrêmement sollicités, y compris celui du goût, et nous lisons le roman comme nous regarderions des morceaux de films, où les personnages s’appréhendent peu à peu dans leur complexité, leur solitude, leur histoire particulière, souvent dramatique. Et justement, dans Le Bruit du dégel, c’est de cela qu’il est question : d’histoires, des morceaux de vie racontés par Jean, une vieille dame qui vit en lisière d’une forêt, qui coupe son bois, fait des beignets aux pommes et concocte des tisanes et adore aller boire un café accompagné d’une délicieuse pâtisserie, au Territoire sacré.

A son image, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 29 Août 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

A son image, août 2018, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

Jouant sur l’ambivalence de son titre renvoyant aux notions d’image et de ressemblance, de vérité de la représentation, comme à la nature de l’homme et à son rapport à Dieu, Jérôme Ferrari annonce déjà en partie la richesse du sujet abordé par son dernier roman. A son image incarne en effet une vaste interrogation sur la représentation, la nature humaine et la transcendance en s’ancrant dans un quotidien très concret avec des personnages très humains dans leur complexité et leur faiblesse, et en développant des thématiques s’articulant autour de la photographie et de la guerre – liées toutes deux à la mort.

Mettant en scène deux magnifiques héros romanesques, une jeune photographe et son oncle et parrain prêtre, dans la Corse villageoise des années 1970 au début des années 2000, marquée par les violences des nationalistes et leurs luttes fratricides, l’auteur y fait entendre en parallèle l’écho des guerres de Yougoslavie qui achevaient de ravager les Balkans.

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mercredi, 29 Août 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Jean-Claude Lattès

Les fureurs invisibles du cœur, août 2018, trad. anglais Sophie Aslanides, 592 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): John Boyne Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les fureurs invisibles du cœur, ce sont d’abord celles de Cyril, le narrateur qui dresse un portrait sans complaisance de la société irlandaise des années 40 et des décennies suivantes.

Dés la première scène le ton est donné : enceinte à 16 ans, la mère de Cyril est publiquement bannie et elle doit quitter sa famille et s’exiler à Dublin sans un sou en poche.

Abandonné dès sa naissance, Cyril est confié par une nonne bossue à Charles, un homme d’affaires qui fraude le fisc, et à sa femme, Maude, romancière qui pense que le succès littéraire est vulgaire, ce qui ne l’empêche pas de passer ses journées derrière sa machine à écrire, noyée dans un rideau de fumée car elle grille clope sur clope.

Maude et Charles Avery élèvent Cyril de façon à ce qu’il ne manque de rien mais ne ratent pas une occasion de lui rappeler qu’adopté, il n’est pas un véritable Avery. Et c’est bien le drame de Cyril, il ne sait pas d’où il vient, qui il est, ni pourquoi, contrairement aux autres garçons, il n’aime pas les filles.

Pays sans chapeau, Dany Laferrière

Ecrit par Carole Darricarrère , le Mercredi, 29 Août 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits, Zulma

Pays sans chapeau, août 2018, 257 pages, 9,95 € . Ecrivain(s): Dany Laferrière Edition: Zulma

 

Un instant en chassant un autre, drôle d’ouvrage que ce mea culpa haïtien 100% made in Haïti à mi-chemin de l’enquête mystico-socio-culturelle et du journal de l’enfant prodigue rentrant au pays après un détour de vingt années passées en Amérique du Nord, projet qui, de digression en digression, semble dériver au fil des pages au profit de séries intempestives de conversations ménagères comme autant de scénettes naïves légendées à la mode haïtienne formant patchwork jour/nuit, « pays rêvé »/« pays réel » : « La valise », « Le taxi », « La nouvelle maison », « Les objets », « Le vrai repas », « La toilette », « Du sucre », « Carottes », « L’eau chaude »… Comble de l’affaire, Dany Laferrière, son auteur, « écrivain primitif » (sic) consacré « nouvel immortel de l’Académie française » en 2013, l’homme du « pays sans chapeau », s’avère être, renseignements pris, un homme à multiples casquettes.

Seule la nuit tombe dans ses bras, Philippe Annocque

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 28 Août 2018. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

Seule la nuit tombe dans ses bras, août 2018, 152 pages, 16 € . Ecrivain(s): Philippe Annocque Edition: Quidam Editeur

 

« Le décor est un écran bleu et les corps sont à distance, le sien assis à son bureau où il est supposé écrire, celui de Coline sans doute allongé sur son lit son smartphone à la main. Est-elle de dos ? sur le ventre ? A vrai dire, il n’en sait rien, il ne la voit pas. Mais il l’imagine sur le ventre, oui. Pourquoi il n’en sait rien mais il l’imagine sur le ventre. Si ça se trouve il a tout faux ».

Seule la nuit tombe dans ses bras est un roman d’amour virtuel, une histoire sensuelle et sans suite, sexuelle, entre les lignes de Facebook, dans les tchats, SMS et mails, les terrains complices et anonymes d’Herbert et Coline. Une  histoire d’amour comme une vieille chanson de variété, avec un refrain que fredonne Herbert et que reprend parfois Coline. Une chanson qui devient un roman, un roman qui s’écrit sous nos yeux et dont l’auteur s’amuse. Seule la nuit tombe dans ses bras se nourrit de courts échanges clandestins sur le net, comme au tennis, les deux amoureux virtuels montent au filet, frappent la balle, les phrases volent, cinglent, s’élèvent, rasent les lignes blanches, rebondissent, des phrases ornées de sourires préfabriqués par le net, ces petits icones qui s’offrent d’un clic, et de photos postées, et puis elle a retiré le haut, comme une signature, et qui font virevolter la fiction.