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La rentrée littéraire

Hérésies glorieuses, Lisa McInerney

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 30 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Joelle Losfeld

Hérésies glorieuses, août 2017, trad. anglais Catherine Richard-Mas, 464 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Lisa McInerney Edition: Joelle Losfeld

 

Cork, troisième ville d’Irlande, capitale administrative et économique du Comté éponyme, un peu plus de neuf cents pubs, pour plus de cent-vingt mille âmes avec environ cent jours de brouillard par an. Climat océanique et River Lee obligent. Au sein de ce décor évoluent plusieurs acteurs, chacun avec leur pedigree, chacun avec leur rôle.

Il y a le jeune Ryan, quinze ans ; sa mère est morte alors qu’il n’avait que onze ans ; son père, lui est toujours là, enfin toujours vivant, un alcoolique, « une épave » dont Ryan est l’aîné des enfants.

Il y a aussi Jimmy, un « enfant du péché, […], conçu dans le péché puis marque du péché, qui avait poussé comme tous les vilains secrets jusqu’au jour où plus personne ne put fermer les yeux sur la bosse qui déformait la robe de sa mère. […] En culottes courtes, il était le roi de sa rue ; en T-shirt Iron Maiden il était revendeur en chef de tout le bassin versant. Il avait vendu des clopes, de la dope et des canettes de blonde, puis de l’héroïne, des femmes et des munitions ».

Comme une rivière bleue, Michèle Audin

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 29 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, Histoire

Comme une rivière bleue, août 2017, 391 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michèle Audin Edition: Gallimard

 

Peu de romans ou d’essais historiques sont consacrés à la Commune de Paris. Est-ce dû à la brièveté de l’événement ? À son caractère d’utopie révolutionnaire inenvisageable ? Probablement un peu de tout cela. Michèle Audin, dans son récit Comme une rivière bleue, évoque cette période, non pas du point de vue global de l’histoire, mais de celui des Communards de base, ceux des quartiers en pleine ébullition, des faubourgs populaires, de ceux qui tiennent des réunions enflammées par la passion de transformer le monde.

Michèle Audin ne manque pas de décrire avec fougue et conviction ce qu’éprouvent à titre privé et dans leur for intérieur les Communards, comment ils s’aiment, se querellent, se retrouvent. Le récit s’articule en descriptions successives des quartiers parisiens juste après la proclamation de la Commune en mars 1871. On arpente ainsi la place de Grève, le onzième arrondissement, le Faubourg Saint-Antoine, le quai Conti. Mais c’est la prise du journal Officiel qui est présentée comme l’une des premières décisions de la Commune, c’est l’occasion d’y présenter les personnages que l’on retrouvera à travers le récit : Emilie Lebeau, Pierre Vésinier, Florris Piraux, Paul Vapereau, Charles Longuet. On y croise bien sûr les grandes figures de la Commune, Jules Vallès qui s’écrie :

Surface de réparation, Olivier El Khoury

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 29 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Surface de réparation, éditions Noir sur Blanc, août 2017, 160 pages, 14 € . Ecrivain(s): Olivier El Khoury

 

Quatre-vingt-un premiers romans annoncés pour cette rentrée littéraire (un record !), dont beaucoup sans doute passeront à la trappe sans même être lus. Tel n’est pas le cas de Surface de réparation d’Olivier El Khoury qui fait déjà partie des dix titres sélectionnés pour le prix Stanislas.

Comme l’indique son titre désignant cette zone sensible face aux buts où toute faute est sanctionnée par un pénalty, le football y tient une place centrale. Le foot, l’alcool et le sexe. Et l’épigraphe provocatrice donne avec humour le ton du livre, reprenant les propos mémorables tenus en 2016 par Michel Preud’homme, l’entraîneur du Club de Bruges (une des quatre grandes équipes belges), nous faisant entrer d’emblée dans la folie ordinaire des supporters :

« Je vous encule !

Je vous encule, tous !

Je vous encule, bande de merdes ! »

L’île au poisson venimeux, Barlen Pyamootoo

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 28 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil)

L’île au poisson venimeux, août 2017, 174 pages, 17 € . Ecrivain(s): Barlen Pyamootoo Edition: L'Olivier (Seuil)

 

L’île, c’est Maurice, que les cartes postales, les émissions de voyages et découvertes, et les agences de tourisme présentent comme un endroit paradisiaque, et que, dit une légende, Dieu aurait créé comme essai et maquette de l’Eden à faire.

Le roman de Barlen Pyamootoo, auteur mauricien reconnu, se situe dans l’île à l’époque contemporaine.

Anil, commerçant en saris et étoffes de soie, mène à Flacq une vie tranquille avec son épouse Mirna, avec qui il a deux enfants, jusqu’au jour où il disparaît brusquement.

Sa dernière matinée est racontée, en focalisation interne, d’abord dans son contexte conjugal, puis dans celui de son cheminement vers sa boutique, enfin dans le déroulement normal des activités de son magasin en compagnie de ses deux vendeuses, jusqu’à midi, heure à laquelle Mirna vient le remplacer pour lui permettre d’aller déjeuner avec son ami Rakesh.

Un dimanche de révolution, Wendy Guerra

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 25 Août 2017. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Buchet-Chastel

Un dimanche de révolution, 24 aout 2017, trad. Espagnol (Cuba) Marianne Millon, 211 pages, 19 € . Ecrivain(s): Wendy Guerra Edition: Buchet-Chastel

 

La littérature d’un pays peut révéler, d’une manière convaincante et efficace, les réalités de la société décrite par ses auteurs, ses blocages, ses drames, ses souffrances. C’est le cas de Cuba, pays de l’espérance révolutionnaire tiers-mondiste dans les années soixante, puis le théâtre d’un développement inexorable de la répression vis-à-vis de ceux qui « pensent autrement », les dissidents. Roberto Ampuero avait fort bien décrit la perversion des idéaux de l’origine dans son roman Quand nous étions révolutionnaires. Zoe Valdès avait évoqué cette situation de l’artiste confronté aux limitations de sa liberté d’écrire dans Chasseuse d’astres.

Dans Un dimanche de révolution, Wendy Guerra reprend cette thématique, celle de la situation de l’artiste, de son identité face à un régime hostile, omniprésent, s’immisçant sans cesse dans la vie privée des citoyens, au point de l’anéantir ou de la rendre très illusoire.