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La rentrée littéraire

Albert le magnifique, Brigitte Benkemoun

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 19 Octobre 2016. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Stock

Albert le magnifique, septembre 2016, 300 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Brigitte Benkemoun Edition: Stock

 

Dans ce récit, Brigitte Benkemoun retrouve la trace de son arrière-grand-oncle Albert sur les stèles du mémorial de la Shoah. Elle est intriguée par le changement de patronyme : Albert est mentionné sous le nom d’Achache-Roux. Pourquoi ?

L’explication sera distillée au lecteur, chapitre après chapitre, chacun d’eux éclairant les différents épisodes de la vie d’Albert le Magnifique. Tout commence dans la famille Achache, née à Tlemcen, dans l’Ouest algérien. Cette ville est alors « la perle du Maghreb, la Grenade africaine », vieille cité hispano-mauresque capitale du Maghreb oriental et se posant en rivale de Fès, la Marocaine. Le père Younah est commerçant, Saada, l’épouse, veille à l’éducation de ses quatre enfants, trois garçons Ghali, Léon, Daniel, Albert… et une fille Sarah. L’Algérie de cette époque est ambivalente ; elle est marquée par des campagnes antisémites régulières, orchestrées par certains colons, elle vient aussi, par le décret  Crémieux, d’accorder la citoyenneté française aux juifs d’Algérie, considérés encore comme des « Indigènes ».

Rome brûle, Carlo Bonini, Giancarlo De Cataldo

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 18 Octobre 2016. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Roman, Métailié, Italie

Rome brûle (La notte di Roma), septembre 2016, trad. italien Serge Quadruppani, 293 pages, 19 € . Ecrivain(s): Carlo Bonini et Giancarlo De Cataldo Edition: Métailié

 

Samouraï n’est plus là et la nature a horreur du vide. Si Sebastiano, le bras droit du roi de Rome, entend continuer à tenir la ville, d’autres profiteraient bien de cette vacance du pouvoir pour rebattre les cartes. D’autant plus que le pape François vient d’annoncer un nouveau Jubilé. Et qui dit Jubilé dit millions de pèlerins et nécessité de construire de nouvelles infrastructures. Ce sont des contrats juteux qui s’annoncent et qui font saliver l’ensemble de la pègre romaine, mais il faut que quelqu’un prenne tout cela en main. Difficile à un moment où, après la chute de l’ancienne municipalité, le nouveau maire de la ville annonce clairement sa volonté de faire du ménage au sein de l’institution.

Sous-titré Suburra 2, Rome brûle, suite avouée du très dense Suburra, est centré sur la figure de Sebastiano dont l’ascension occupait en partie le roman précédent. Tenté de s’affranchir de son maître, confronté à Fabio, ambitieux déterminé à s’imposer à sa place, et obligé de composer avec un personnel politique agité par les basses manœuvres et désireux de s’affranchir de l’emprise mafieuse, le jeune homme s’embarque dans une véritable guerre dans laquelle il conviendra d’éliminer les adversaires ou de disparaître.

Baby spot, Isabel Alba

Ecrit par Marc Ossorguine , le Lundi, 17 Octobre 2016. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne, La Contre Allée

Baby spot, août 2016, trad. espagnol Michelle Ortuno , 93 pages, 13 € . Ecrivain(s): Isabel Alba Edition: La Contre Allée

 

Si vous avez aimé… Vous aimerez… On pourrait être tenté de présenter le premier roman d’Isabel Alba de cette façon. Un roman qui précède de huit années La véritable histoire de Matias Bran, que La Contre Allée nous a fait découvrir en 2014. Si ce Baby Spot montre déjà le talent de son auteur, le projet n’en est par contre pas le même. Ici la force du récit tient à sa brièveté autant qu’à son style, travaillé dans une certaine « maladresse », qui s’impose et que l’auteur maîtrise.

Tomás. 12 ans. Tomás vit dans un monde dont l’ordinaire est le chômage, la violence, le machisme basique et « naturel ». Un père inconnu… Mais bon, il s’en fait une raison !

Je m’appelle Tomás, j’ai douze ans et je ne sais pas qui est mon père. Mais après tout, c’est banal dans la vie d’un gamin, et d’ailleurs je crois que ça n’intéresse personne, même pas moi, et puis j’en ai vraiment marre de toujours entendre la même histoire.

Nos âmes la nuit, Kent Haruf

Ecrit par Mélanie Talcott , le Lundi, 17 Octobre 2016. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Robert Laffont

Nos âmes la nuit, Septembre 2016, trad. anglais Anouk Neuhoff, 180 pages, 18 € . Ecrivain(s): Kent Haruf Edition: Robert Laffont

 

Nos âmes la nuit, de Kent Haruf… Elle s’appelle Addie, il s’appelle Louis. Mais, elle pourrait parfaitement s’appeler Renée et lui, Hubert. Depuis des années, « ça ne date pas d’hier », tous deux vivent dans la même ville, dans le même quartier, « à un pâté de maison l’un de l’autre », chacun chez soi, dans un pavillon classe moyenne, jardinet pelouse toujours tondue, du moins dans cette bourgade américaine du Colorado, chiens qui pissent discrètement dans les rues, enfants qui ne les empruntent sagement que pour aller à l’école, ennui qui suinte derrière les rideaux où la morale est sous surveillance. Un silence mortuaire traversé néanmoins par les fibrillations vachardes de l’espionnage entre voisins. La calomnie fait son beurre dans le qu’en dira-t-on. Cela fait un bon moment qu’Addie et Louis, tous deux septuagénaires avancés, sont veufs. En bons voisins qui se connaissent de vue, ils se saluent poliment quand ils se rencontrent, bien que l’un et l’autre sortent peu. Un jour, ne supportant plus ses insomnies qui affûtent férocement sa solitude où les heures se délitent mollement, Addie traverse la rue, sonne à la porte de Louis et lui demande s’il consentirait à « venir de temps à autre chez moi pour dormir avec moi ». Elle l’a repéré, il a l’air d’un « brave homme, d’un homme bien ».

Le rouge vif de la rhubarbe, Audur Ava Olafsdottir

Ecrit par Zoe Tisset , le Samedi, 15 Octobre 2016. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Zulma

Le rouge vif de la rhubarbe, septembre 2016, trad. islandais Catherine Eyjolfsson, 156 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Audur Ava Olafsdottir Edition: Zulma

 

« Dans cette position, la pluie coule directement de ses pommettes à l’intérieur de ses oreilles, muant peu à peu la résonance originelle de la nature en pression sur la tempe et bourdonnement dans le cerveau ». Agustina est une drôle de petite fille, au plus près de la nature, elle en comprend les pulsations et les couleurs. Elle sait se fondre en elle comme un animal, malgré ses deux jambes inertes. « Agustina avait mis au point une tactique pour entrer en contact intime avec la mer : comme un gymnaste au cheval d’arçon, elle se propulsait à la force des poignets par dessus les roches arrondies du rivage. Les jambes collées l’une à l’autre, telle la queue d’un petit cétacé qui laisserait son sillage sur le sable ». Agustina possède une compréhension du monde imagée qu’elle ne peut pas toujours traduire en mots. « C’est ainsi que naquirent les premières montagnes de mots, lesquelles comptaient de nombreuses strates. Celle du bas contenait le plus de mots, la suivante déjà moins et la plus haute n’en avait plus qu’un seul. Le mot culminant, le plus riche de sens, exige un temps de réflexion maximum ». A l’école, forcément, son professeur est décontenancé. Il s’en ouvre à Nina, sa mère adoptive.