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Japon

Le Maître ou le tournoi de Go, Yasunari Kawabata

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 14 Juin 2012. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Le Maître ou le tournoi de go, 157 p. 4,6 € . Ecrivain(s): Yasunari Kawabata Edition: Le Livre de Poche

 

Un Monde qui s’effondre.

Ce roman est celui de la stratégie car son intrigue repose sur la transposition d’un événement réel en littérature par Kawabata. Il relate ici à travers le récit d’un journaliste Uragami (qui n’est autre que l’auteur lui-même) qui vient assister au tournoi d’adieu du Maître de Go, Shusai. Le tournoi dont il est question et évoqué ici par Kawabata s’est déroulé en 1938. L’intrigue suit le début de l’ouverture du tournoi et la mort du Maître, un an après. La personnalité du Maître reflète l’autocratisme féodal et son caractère autoritaire et dédaigneux le prouve. On sent au fil des pages que l’auteur est pris de nostalgie lorsqu’il évoque le visage, la personne du Maître, digne, droit, aristocratique pratiquant le sushido jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la mort dans un monde où ces valeurs suscitent agacement et mépris. Il ne faut pas oublier que nous sommes à un tournant de l’Histoire. Le Japon avant la défaite de 1945 est à son apogée en terme de conquête militaire et en terme d’absolutisme monarchique incarné par Hiro-Hito.

Le Diable chuchotait, Miyabe Miyuki

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 31 Mai 2012. , dans Japon, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Editions Philippe Picquier

Le diable chuchotait. Trad. Japon par Myriam Dartois-Ako. Avril 2012. 371 p. 19,80 € . Ecrivain(s): Miyabe Miyuki Edition: Editions Philippe Picquier

Ce livre est étonnamment attachant.

Commençons par attachant. Le héros, Mamoru Kusaka, le personnage qui mène la délicate enquête, est un jeune garçon de 16 ans ! La vie ne l’a pas épargné – déjà – et sa malice, son obstination, sa gentillesse composent un personnage sympathique et peu commun. L’histoire est surprenante et la solution de l’énigme plus encore. L’écriture enfin, légère, fluide, nerveuse, offre une lecture agréable et captivante de bout en bout.

Etonnamment maintenant. Le début du livre, très violent et sombre, nous laisse augurer une lecture tendue dans un univers glauque. On s’attend à un thriller sanglant. Qu’on en juge :

« Le lecteur ne sait pas non plus que les membres de l’identité judiciaire ont ramassé à la main le cerveau de Fumie Katö éparpillé sur le sol et l’ont rangé dans un sac en plastique »

« … la tête de la jeune femme, retrouvée en dernier, était tombée dans un bruit humide de l’attelage entre les première et deuxième voitures quand le train avait fait lentement marche arrière, ce que le lecteur ignore également. Il ne sait pas non plus qu’à ce moment les yeux d’Atsuko Mita étaient grand ouverts, tout noirs. »

Yasunari Kawabata, Pays de Neige

Ecrit par Victoire NGuyen , le Dimanche, 20 Mai 2012. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Pays de neige. 190 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Yasunari Kawabata Edition: Le Livre de Poche

Pays de neige : une peinture impressionniste

 

Lorsque l’Impressionnisme est exposé dans les galeries de Paris, le public s’interroge devant ces « taches » qu’on érigeait avec arrogance en « peinture ». D’une certaine façon, on a raison d’appeler cela des taches. Mais quelles taches ! Car il faut les saisir toutes et s’écarter légèrement de la toile pour entrevoir la merveilleuse beauté qu’elles offrent dans leur totalité. Le public peut alors s’extasier devant le spectacle des Nymphéas qui tantôt se dévoilent, tantôt se dérobent jouant à souhait avec la lumière versatile et pure.

D’une certaine façon, Pays de Neige réussit un pari fou, érigeant la prose en toile impressionniste. C’est une peinture chatoyante composée d’un camaïeu de rouges évoquant l’aube et le déclin du jour mais aussi comme par un jeu de croisement entre le spectacle de la nature et l’âme, le soubassement d’une conscience ébréchée où la folie menace la raison de Komako. Komako, la geisha à la chevelure noire, vêtue de rouge, l’amoureuse, la passionnée qui se donne corps et âme à Shimamura dans le silence. Mais rouge aussi la déferlante de la passion qui crie sa souffrance dans l’incendie embrasant le ciel, détruisant la sereine beauté de Yokô, la rivale, qui préfigure déjà Les Belles Endormies.

L'aiguillon de la mort, Toshio Shimao

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 15 Mai 2012. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Roman, Editions Philippe Picquier

L’aiguillon de la mort, trad. japonais par Elisabeth Suetsugu, 2012, 641 p. . Ecrivain(s): Shimao Toshio Edition: Editions Philippe Picquier

 

Toshio, écrivain, mène une double vie tranquille, organisée, avec d’une part Miho, son épouse depuis dix ans, et ses deux enfants Shinichi et Maya, avec d’autre part sa maîtresse, désignée tout au long du récit par le syntagme « la femme », depuis à peu près autant de temps.

Tout se passe bien jusqu’au jour où Miho lui annonce, brutalement, qu’elle sait tout.

Ce roman autobiographique commence à ce moment précis : Toshio, auteur-narrateur, est mis par Miho en face de soi au cours d’un interminable et virulent interrogatoire sur les détails les plus intimes de son adultère et sur les raisons pour lesquelles il a éprouvé pendant tant d’années le besoin de fréquenter « la femme ».

Pendant trois jours, sans répit, Miho questionne, veut savoir, tout savoir, le contraint à raconter, compter, expliquer, s’expliquer, s’accuser, s’excuser.

Toshio s’étant engagé à rompre et à ne plus jamais rien cacher, la tempête s’apaise et la vie de la famille semble reprendre son cours.

Boy, Takeshi Kitano

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 11 Mai 2012. , dans Japon, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Wombat

Boy, traduit du japonais par Silvain Chupin (Shônen), février 2012, 128 p. 15 € . Ecrivain(s): Takeshi Kitano Edition: Wombat

A travers trois nouvelles, Takeshi Kitano nous plonge dans ce monde de l’enfance et de l’adolescence qu’il a pu peindre ultérieurement dans ses films. Le lecteur s’aventure dans un espace-temps où les plus petits détails font tout, où le comique bouscule le drame. Une touche de mélancolie dans un univers à la Roald Dahl. Tête creuse, Nid d’étoiles, Okamé-san explorent chacune la difficulté d’être, d’être un garçon en particulier, au sein d’une fratrie, d’une famille, face aux autres enfants, face aux filles.

 

Tête creuse relate les retrouvailles entre deux frères qui s’étaient éloignés. A l’âge d’homme, les fêlures de l’enfance restent vivaces et  continuent à porter leur ombre sur le présent. Une conversation sur le golf réactive un souvenir commun, celui de la fête des sports où la vedette Tête creuse s’affirma par sa ténacité hors du commun. « Alors, sous mes paupières est apparue l’image bien nette de Tête Creuse. Il courait en titubant. Il courait, courait sans s’arrêter ». A l’école, Mamoru le narrateur se distingue par ses qualités physiques, alors que son frère Shin’ichi brille dans toutes les disciplines sauf en sport. Bonheur pour l’un, calvaire pour l’autre, la fête des sports restera dans leurs mémoires comme un moment clé. Celui où se forme leur personnalité et leur vision du monde.