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Russie

La Maison dans laquelle, Mariam Petrosyan (par Ivanne Rialland)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 24 Novembre 2020. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Monsieur Toussaint Louverture

La Maison dans laquelle, Mariam Petrosyan, septembre 2020, trad. russe (Arménie) Raphaëlle Pache, 1073 pages, 15,50 € Edition: Monsieur Toussaint Louverture

Dans sa simplicité énigmatique, le titre du roman de Mariam Petrosyan recèle le secret de la fascination qu’il exerce. L’enveloppement dans une maison-monde, coquille chatoyante où se lovent les vies d’adolescents abandonnés. La porosité aussi d’une habitation dont les limites fluctuent dans le temps et l’espace, ouvrant des chemins de traverse à ceux qu’elle a adoptés.

L’autrice aurait passé une dizaine d’années à travailler à ce roman, commencé alors qu’elle avait à peu près l’âge des personnages, et déclare ressentir un grand vide depuis sa parution – cette même difficulté que les personnages éprouvent à sortir de l’étrange maison qui leur a servi de foyer, coquille baroque, marâtre, pour des adolescents fantasques et cruels dont les surnoms changeants symbolisent la quête d’une identité et d’un lieu propres.

Il y a quelque chose de Sa majesté des mouches dans ce grand roman de l’adolescence où les adultes ne sont jamais que des silhouettes lointaines, périphériques, sans toutefois qu’il faille y chercher une leçon, une morale : La Maison dans laquelle n’est pas un roman d’apprentissage – ou alors il serait celui d’un ré-apprentissage, d’une initiation à l’envers, qui permettrait au lecteur de reprendre pied dans l’univers perdu de son adolescence.

Récits d’un jeune médecin, Mikhaïl Boulgakov (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 07 Juillet 2020. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Le Livre de Poche

Récits d’un jeune médecin, Mikhaïl Boulgakov, 1925, trad. russe, Paul Lequesne, 158 pages Edition: Le Livre de Poche

 

Ces récits – à peine mâtinés de fiction – datent de 1925 mais racontent une période située en 1917. Quelle date ! Le jeune médecin / Boulgakov, tout juste diplômé, va occuper son premier poste dans une unité de soin perdue au cœur de nulle part. C’est la campagne russe, ses paysans primaires, la boue, la glace, le froid, la neige, la solitude. Le jeune moscovite subit de plein fouet le choc culturel et géographique, loin des lumières de la capitale, des cafés aux discussions passionnées, des théâtres et du bouillonnement intellectuel qui accompagne l’imminence de la Révolution d’Octobre. Il subit aussi et surtout l’affrontement à ses premiers pas de clinicien, terrifié par son inexpérience, la peur de ne pas savoir faire, l’ahurissement devant les personnages improbables qui se présentent à son auscultation, parés de maladies ou de blessures inconnues ou presque du débutant.

Boulgakov adopte le plus souvent le ton de l’autodérision pour nous conter ses chaotiques premiers pas. A quelques années de distance, il revoit avec tendresse et un brin de nostalgie ce qui, en son temps, ressembla à un chemin de croix. Dès l’arrivée à ce qui sera sa demeure pendant trois années, dès le voyage qui y mène, le pauvre médecin sait qu’il entre dans un autre monde, un monde inconnu dont il n’avait pas la moindre prescience.

L’inondation, Evgueni Zamiatine (par Marie Duclos)

, le Mercredi, 01 Juillet 2020. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud

L’inondation, Evgueni Zamiatine, Livre audio lu par Jeanne Moreau, chez Actes Sud Diffusion Audio Edition: Actes Sud

 

Est-ce un roman, est-ce une nouvelle ?

Le livre est court mais puissant comme la vague d’une inondation. Il a été écrit en 1929, l’auteur est né à Lebedian, province de Russie, dont la langue est réputée.

Le thème de l’eau revient comme un refrain, comme le ressac, l’eau de la Neva, l’eau du brouillard, les larmes du chagrin… l’eau qui nettoie et enfouit le crime. La mort côtoie quatre protagonistes : Sofia, Trophim Ivanytch, son mari, Pelagaya, la voisine, et Ganka, la jeune adolescente qui travaille pour le couple.

Ganka disparaît… Seule Sofia connaît la vérité, vérité qui ne peut rester secrète et qui éclatera quand Sofia déclare une fièvre puerpérale.

Mon Siècle, ma jeunesse, Anatoli Mariengof (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 24 Mars 2020. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Editions Noir sur Blanc

Mon Siècle, ma jeunesse, Anatoli Mariengof, octobre 2019, trad. russe, Anne-Marie Tatsis-Botton, 358 pages, 23 € Edition: Editions Noir sur Blanc

 

Anatoli Mariengof (1897-1962) est une figure mineure des lettres russes au XXe siècle et – sauf réévaluation toujours possible – devrait le rester. Mais, précisément, c’est ce caractère de minorité qui le rend intéressant. Il est en effet connu que les « petits maîtres » réfractent plus exactement l’esprit de leur époque que les auteurs de tout premier ordre. On ne sait pas si Nizan a eu raison en disant qu’avoir vingt ans n’est pas le plus bel âge de la vie. Quoi qu’il en soit, Mariengof fêta ses vingt ans lorsque la révolution bolchévique bouleversa de fond en comble son vaste pays. Les années qui précédèrent et suivirent cet événement cardinal (au sens premier de l’épithète) furent, en Russie comme ailleurs, des années d’intense bouillonnement intellectuel. Comme un fin sismographe, les mémoires de Mariengof captèrent et restituèrent cette vie spirituelle. Leur auteur connut à peu près tous ceux qui comptèrent au plan artistique durant cette période. Il parvint à la traverser et, ce qui est le plus important, à y survivre et réussit à mourir de mort naturelle (la mort est-elle naturelle ? c’est un autre débat).

La Filiale, Sergueï Dovlatov (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 29 Janvier 2020. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Baconnière

La Filiale, mai 2019, trad. russe Christine Zeytounian-Beloüs, 136 pages, 18 € . Ecrivain(s): Sergueï Dovlatov Edition: La Baconnière

 

Le milieu des expatriés, quels que soient leur nationalité d’origine et leur pays de résidence, est en général un terrain fertile pour l’observateur. Installé aux États-Unis depuis 1978, Sergueï Dovlatov décrit dans La Filiale un milieu qu’il connaît bien, celui des intellectuels russes exilés en Amérique du Nord. Il n’est pas rare que l’on se proclame intellectuel à peu de frais : il suffit d’avoir publié un bref article dans un périodique, pas forcément très lu, ou une plaquette vendue à quatorze exemplaires, pour se parer de ce titre.

Dans son petit roman largement autobiographique, Dovlatov se met en scène à travers un double transparent, Dalmatov, journaliste russe vivant aux États-Unis pendant « l’ère Gorbatchev » (qui dura en fait moins d’un septennat) et travaillant dans une publication destinée à ses compatriotes en exil. Vivant à New York, il est chargé par sa rédaction de « couvrir » un colloque d’intellectuels russes à l’autre bout du pays, en Californie.