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Russie

Les Ongles, Mikhaïl Elizarov

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 17 Septembre 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Serge Safran éditeur

Les Ongles (Nogti), août 2014, traduit du russe par Stéphane A. Dudoignon, 170 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Mikhaïl Elizarov Edition: Serge Safran éditeur

 

Dans un orphelinat de l’Ukraine post-soviétique en plein délitement politique et social, où sont entassés des enfants nés difformes et atteints de troubles mentaux, grandissent vaille que vaille un bossu, de père et mère inconnus, à qui les nurses ont donné comme état civil le nom de Gloucester, et son étrange ami Bakatov, dont l’essentielle raison de vivre est de se laisser pousser les ongles des mains et des pieds jusqu’à ce qu’ils atteignent la taille suffisante pour être rongés à l’occasion d’un cérémonial occulte très précis qui pourvoit pendant toute sa durée leur propriétaire de puissants et dangereux pouvoirs.

Le narrateur est Gloucester lui-même, la narration se faisant à la première personne, ce qui permet à Elizarov de décrire le monde tel que le voit le bossu, avec sa subjectivité d’innocent, à la manière des personnages de Faulkner.

La Confession d’un voyou suivi de Pougatcheff, Sergueï Essenine

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mardi, 16 Septembre 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, L'Âge d'Homme

La Confession d’un voyou (1921) suivi de Pougatcheff (1921)traduit du russe par Marie Miloslawsky et Franz Hellens, préface de Franz Hellens . Ecrivain(s): Sergueï Essenine Edition: L'Âge d'Homme

Sergueï Essenine fait partie de ces poètes russes dont le lyrisme enflamme et illumine nos représentations – plus ou moins imaginaires – de l’enthousiasme révolutionnaire d’octobre 17, l’exaltation politique et artistique que l’on aime y découvrir. Une Révolution qui consuma aussi les poètes, musiciens, cinéastes, peintres dont elle avait elle-même fait ses icônes. Pour la poésie, son nom brille aux cotés de ceux d’Anna Akhmatova et de Vladimir Maïakovski. Au-delà de la légende qui nimbe pour beaucoup d’entre nous ces poètes à la fois adulés et maudits, de leur vivant même, quelques traducteurs nous permettent de découvrir vraiment leur œuvre.

Il faut dire que Sergueï Essenine, mort à tout juste 30 ans, rassemble bien des éléments de la mythologie du « Poète » : une œuvre inscrite dans l’histoire de son temps, une vie qui semble vouée toute entière à l’œuvre et qui n’aura pas le temps de s’épuiser dans les honneurs ou l’oubli. Né dans les dernières années du XIXe siècle, sont œuvre s’affirme au moment même où la Révolution prend son essor. Il côtoiera quelques-unes des grandes figures cosmopolites de l’époque (il fut brièvement le mari d’Isadora Duncan lorsque celle-ci vint dans la toute jeune Union Soviétique) et sa vie s’achèvera par un suicide plus ou moins suspect.

Rue Involontaire, Sigismund Krzyzanowski

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 05 Mai 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Verdier

Rue Involontaire, mars 2014, traduit du russe par Catherine Perrel, 64 pages, 9,20 € . Ecrivain(s): Sigismund Krzyzanowski Edition: Verdier

 

 

De Rue Involontaire, récit épistolaire mentionné en 1933 dans les carnets de Sigismund Krzyzanowski, personne n’avait retrouvé trace lors de l’édition posthume de son œuvre. Le manuscrit avait en effet été confisqué par le KGB, on ne sait dans quelles circonstances, puis restitué aux archives littéraires russes en 1995 pour y être perdu ou oublié, mêlé au dossier d’un « autre K » – un poète paysan qui, lui, fut arrêté en 1934 et exécuté peu après – avant de soudain réapparaître tout aussi mystérieusement en 2012 dans l’inventaire du fonds Krzyzanowski.

Les éditions Verdier, qui ont déjà plusieurs titres de l’écrivain russe à leur catalogue, nous offrent ainsi cet étrange et jubilatoire récit composé de sept courtes lettres adressées à des destinataires incongrus, l’accompagnant de deux petites nouvelles datant de 1935 et de 1927 et de quelques brefs extraits des carnets de l’auteur.

Roman avec cocaïne, M. Aguéev (1936)

, le Jeudi, 17 Avril 2014. , dans Russie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Belfond

Roman avec cocaïne, Trad du russe par Lydia Chweitzer, 200 p. 14,50 € . Ecrivain(s): M. Aguéev Edition: Belfond

 

L’obscurité équivoque de ce roman le dispute avec le vaste mystère qui a longtemps entouré son auteur. La véritable identité de M. Aguéev ne fut révélée qu’il y a peu : Mark Levi, de son vrai nom, serait né aux alentours de 1900 et aurait vécu entre Moscou, Istanbul et Erevan. On le croit mort en 1973, en Arménie, où il était professeur de langues dans un lycée de la capitale.

Publié pour la première fois en 1936 en France dans la revue Les Nombres, Roman avec cocaïne – l’unique ouvrage que l’on connaisse d’Aguéev – fit scandale au moment de sa parution car il abordait de manière fort abrupte un sujet encore méconnu et délibérément tu en Russie : la drogue.

Lydia Chweitzer, jeune écrivaine russe installée en France, eut entre les mains à cette époque un exemplaire du roman écrit en russe, puis l’opuscule disparut et ne fut plus guère réédité pendant des décennies. En 1983, L. Chweitzer en retrouva un exemplaire, décida de le traduire en français, et proposa aux éditions Belfond de le faire paraître à nouveau. Le succès fut immédiat, car le secret était encore quasi complet autour d’Aguéev, certains allant même jusqu’à attribuer Roman avec cocaïne à Vladimir Nabokov, qui démentira formellement.

Il y eut un jour et il y eut une nuit, Abdijamil Nourpeissov

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 21 Juin 2013. , dans Russie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Âge d'Homme

Il y eut un jour et il y eut une nuit, traduit du russe par Athanase Vantchev de Thracy, janvier 2013, 530 pages, 25 € . Ecrivain(s): Abdijamil Nourpeissov Edition: L'Âge d'Homme

 

Entre l’odyssée et la fresque élégiaque

 

Ce magnifique roman est scindé en deux parties narratives. L’auteur évoque dans la première séquence intitulée « Il y eut un jour » la relation difficile et conflictuelle entre Jadiguer, « Un homme de haute taille, au visage basané » et « au caractère de chien », et son épouse Bakizat, qui s’est mariée par dépit après avoir été rejetée par Azim, l’ami commun des deux. Tout au long de cette partie, le lecteur sent monter la tension dramatique et tragique. Quelque chose gronde, les blocs de glace vont forcément se fissurer sous les pieds de nos protagonistes.

L’écriture est dense et introspective. En effet, Abdijamil emploie le deuxième pronom personnel du singulier lorsqu’il s’apprête à « entrer » dans la tête du personnage intéressé pour restituer sa pensée au lecteur. Ce procédé façonne toute la grammaire du roman. C’est sa liturgie.