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Livres décortiqués

Les maîtres du printemps, Isabelle Stibbe

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 03 Novembre 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Serge Safran éditeur

Les maîtres du printemps, août 2015, 181 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Isabelle Stibbe Edition: Serge Safran éditeur

 

« Ici vous entendrez parler acier, métallurgistes, syndicalistes, ici vous entendrez parler usines, nationalisation, chômage. Si pour vous ces mots sont synonymes de nuisances et de laideur, s’ils vous font l’effet de répulsifs, si vous prétendez qu’ils doivent être réservés aux colonnes des journaux, section économie ou société, refermez aussitôt ce livre ou, pour les plus modernes d’entre vous, éteignez votre liseuse, en tout cas passez votre chemin, ce texte n’est pas pour vous, autant vous prévenir tout de suite. Entre le ciel et la boue, préférez le ciel, c’est moins salissant ».

Voilà, le ton est donné, ce livre qui a autant de corps que d’âme, une écriture travaillée à la hauteur du sujet, est dédié avant tout « aux combattants sincères de Florange », puis dédié plus largement à tous les travailleurs de ces hauts-fourneaux de Lorraine qui ont fermé, les uns après les autres, et dédié encore plus largement à la mémoire ouvrière, sans misérabilisme, sans naïveté. Fouillé, il vise avec justesse son but, mettre en lumière la dignité de cette classe considérée comme une sous-classe, classe qui après avoir été exploitée pendant plus d’un siècle, se voit maintenant mise à la rue, comme un encombrant obsolète.

Ainsi parlait Sénèque, Sénèque

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 21 Octobre 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arfuyen

Ainsi parlait Sénèque, septembre 2015, trad. du latin par Louis Gehres, 172 pages, 13 € . Ecrivain(s): Sénèque Edition: Arfuyen

 

« Faciles etiam nos facere debemus, ne nimis destinatis rebus indulgeamus, transeamusque in ea in quae nos casus deduxerit, nec mutationem aut consilii aut status pertimescamus ». Ainsi s’exprimait Lucius Annaeus Seneca, plus connu sous le nom de Sénèque (1-65), dans son traité intitulé De la Tranquillité de l’âme. On peut, à la lecture de semblable étalage de sagesse, et ainsi que le rappelle Louis Gehres dans l’aussi brève qu’essentielle préface du présent Ainsi Parlait Sénèque : Dits et Maximes, choisir le camp de Nietzsche, qu’irritait profondément le philosophe latin, et qualifier à notre tour Sénèque de « toréador de la vertu », moquer celui qui prône une saine distanciation par rapport aux vétilles de l’existence tout en vivant lui-même dans un confort parfait pour l’époque – même si sa fin par suicide sur ordre de Néron n’est quant à elle guère enviable. On peut de même se rallier à l’opinion de Chateaubriand qui épinglait un Sénèque qui « au milieu de ses trésors écrivait sur le mépris des richesses ». On peut, et d’autres encore ont montré de l’agacement, pour dire le moindre, par rapport à la pensée de Sénèque. On peut aussi choisir de puiser dans les Dits et Maximes ici réunis un fonds de sagesse, quelques mots ou phrases qui résonnent à travers les siècles et possèdent encore un sens deux mille ans après leur rédaction.

Le Japon en guerre, 1931-1945, Haruko Taya Cook & F. Cook

Ecrit par Vincent Robin , le Vendredi, 09 Octobre 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de Fallois, Histoire

Le Japon en guerre, 1931-1945, 2015, 556 pages, 22 € . Ecrivain(s): Haruko Taya Cook & F. Cook Edition: Editions de Fallois

En 1992, deux universitaires américains, Haruko Taya et Theodore F. Cook publiaient en langue anglaise leur livre co-écrit et intitulé : Japan at War. On Oral History. Grâce aux éditions de Fallois, une récente et limpide version de cet ouvrage traduit dans notre langue par Danièle Mazingarbe nous ouvre cette fois son contenu. Le Japon en guerre/1931-1945 retient le titre français de ce volumineux rapport. Il déroule une remarquable et complémentaire revue de témoignages inédits, récoltés séparément auprès de rescapés du Japon impérialiste brisé à Hiroshima et Nagasaki. Ceux dont la parole est ici consignée avaient été acteurs ou témoins avisés de situations différemment rencontrées durant la guerre menée par leur pays pendant le second quart du XXe siècle, initialement en Chine, par la suite à travers un vaste secteur géographique, notamment celui de l’océan Pacifique face aux Etats-Unis.

L’originalité de cette compilation de déclarations rapportant des situations connues sur des lieux dispersés, tant depuis le début de la période que parmi le réseau bientôt très étiré de ce théâtre d’agitation internationale, réside avant tout dans le regard rétrospectif des interviewés sur ce qu’ils auront vu ou vécu, cinquante ans après. Ils sont des hommes ou femmes qui livrent ainsi généralement pour la première fois (avant 1992) leurs émotions conservées de ces épisodes auxquels ils avaient participé ou dont ils eurent au plus près connaissance.

Les Fleurs noires de Santa María, Hernán Rivera Letelier

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mardi, 08 Septembre 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Les Fleurs noires de Santa María, mai 2015, trad. espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, 214 pages, 10 € . Ecrivain(s): Hernan Rivera Letelier Edition: Métailié

 

Montez de la mine, descendez des collines, camarades

« Il faut graver dans sa caboche tout ce qui s’est passé, le marquer au fer rouge dans sa mémoire ; plus tard, ces tyrans vont vouloir camoufler cet horrible massacre ; il faudra être là pour le raconter à nos enfants et aux enfants de nos enfants pour qu’à leur tour ils le transmettent aux nouvelles générations. Il faut le faire savoir au monde entier, camarade, dit l’homme, commotionné » (p.202).

Sous le présage funeste des deux vautours qui accompagnent de leur ombre et de leur tendresse Olegario Santana, mineur solitaire de San Lorenzo, commence et s’achève le récit d’une lutte sociale essentielle et de la répression féroce qui s’ensuivit dans les compagnies chiliennes du salpêtre, alors à leur apogée, en 1907. Le récit est limpide comme l’évidence de sa fin dramatique. Olegario se joint à ses amis Domingo Dominguez, Jesus Pintor et le jeune Idilio Montaño, les amis se mettent en marche avec des centaines d’autres personnes vers Iquique, la capitale régionale, et dans le cortège ils marchent aux côtés de l’intrépide et valeureuse Gregoria Becerra et de ses enfants.

Malarrosa, Hernán Rivera Letelier

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Lundi, 31 Août 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Malarrosa, trad. espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Hernan Rivera Letelier Edition: Métailié

 

Debout, les damnés du salpêtre !


Le désert d’Atacama à l’orée duquel se déroulait le précédent récit est au cœur de ce roman plus flamboyant d’Hernán Letelier, qui illustre un réalisme-magique à la chilienne, à mi-chemin de Lucky Luke (son croque-mort inquiétant et lugubre, ses bordels où l’on danse entre deux parties de poker un charleston frénétique, ses longs chemins de fer désolés, ses balles perdues et ses dangereux hors-la-loi qu’un règlement de comptes refroidit vite fait bien fait) et des récits de Garcia Márquez : la jeune Malarrosa qui donne son nom au roman est dotée de pouvoirs aussi étranges que dérisoires, comme sa faculté à retrouver n’importe quel objet perdu et ses qualités extraordinaires de maquilleuse des morts, la guigne inexplicable qui poursuit son père jusqu’à ce que la jeune fille coupe pour lui sur son cadavre encore fumant le sixième doigt du meilleur joueur de poker de la région, Amable Marcelino.