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Livres décortiqués

Lire écrire vivre, Christa Wolf

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 15 Mai 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Langue allemande, Christian Bourgois

Lire écrire vivre, traduit de l’allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, janvier 2015, 200 pages, 17 € . Ecrivain(s): Christa Wolf Edition: Christian Bourgois

 

Avec Lire écrire vivre, les éditions Christian Bourgois offrent de l’œuvre de Christa Wolf des textes jusqu’alors inédits en traduction française. Le titre indique à lui seul le rôle essentiel, existentiel accordé à l’activité scripturale, littéraire. Du Lire et de l’Écrire découle une densité du Vivre engagé corps et âme dans une transformation, une reformulation du réel, sans cesse reconduites et inédites dans leur expression et représentativité. Mais ce qui s’avère en fait possible, écrit Ingebord Bachmann à laquelle Christa Wolf consacre le premier essai ici traduit, intitulé « La Vérité qu’il nous faut affronter », c’est la transformation. Et l’effet transformateur qui émane des œuvres nouvelles nous éduque à une perception nouvelle, à un sentiment nouveau, à une conscience nouvelle (Leçons de poétique de Francfort).

Ancrée dans une situation historique donnée, l’écriture engage ici totalement, par une « authenticité subjective », la dynamique existentielle de son auteur. Écrire revient à répondre pleinement de ses actes (l’auteur authentique répond de ses actes dans l’activité scripturale, par le truchement et le viatique de celle-ci). Écrire revient à faire émerger, en la faisant sourdre du réel même où elle se tient toujours dans son possible surgissement et son actualité brûlante – son immanente résurgence – une signification inscrite/écrite « derrière des événements apparemment sans lien et insignifiants » (p.14).

Périclès, La démocratie athénienne à l’épreuve de grand homme, Vincent Azoulay

Ecrit par Vincent Robin , le Mardi, 12 Mai 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire

Périclès, La démocratie athénienne à l’épreuve de grand homme, Armand Colin, 2010, 280 pages, 18 € . Ecrivain(s): Vincent Azoulay

 

« Une trajectoire biographique complexe dont il est difficile de cerner toutes les sinuosités ». Aux premières pages de sa parcimonieuse étude consacrée à Périclès, Vincent Azoulay aborde sous ce trait prudent la révélation du grand stratège athénien du Ve siècle avant J.-C. Une approche de l’acteur politique puis une savante revue de sa perception historique aideront pourtant ici l’auteur à éclaircir l’ombre qui obscurcit encore, 2500 ans après lui, l’image et l’action de ce très symbolique édificateur du Parthénon surnommé « l’Olympien ». Sans doute est-ce ainsi, parce qu’il souleva autour de lui et à travers le temps quantités de conjectures et projections idéalistes, que ce charismatique arpenteur de l’agora et du quartier du Céramique se retrouva bientôt figé en sculpture de marbre civique. Sur des colonnes virtuelles mais élevant au ciel la longue architrave de nos civilisations occidentales, devinrent alors cariatides soutenant notre idéal, tant l’œuvre doctrinale de la Grèce classique que son plus illustre maître d’art. Thucydide essentiellement, mais aussi Plutarque après, lui auront fait de cet ensemble architectural le socle mythique de notre sociologie continentale.

Poésie en forme de rose, Pier Paolo Pasolini

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Jeudi, 07 Mai 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Italie, Rivages poche

Poésie en forme de rose, préface et traduction de René de Ceccaty, édition bilingue et intégrale, mars 2015, 489 pages, 12 € . Ecrivain(s): Pier Paolo Pasolini Edition: Rivages poche

 

Plonger dans la fabrique des films de Pasolini. Etre emporté par un souffle épique ultra-contemporain, où se perçoivent des accents de Dante ou de Leopardi. Recevoir de plein fouet le choc d’images d’une beauté plastique barbare, nostalgique ou désespérément réaliste. Comprendre l’époque noire de la vie politique, économique et sociale italienne dans les années 60, qualifiée par l’auteur de « décennie ridicule » – et par bien des côtés si semblable à notre début de siècle… Tout cela est enfin possible pour le lecteur français grâce à cette première édition intégrale et bilingue, présentée par René de Ceccaty, traducteur fidèle et inspiré autant que spécialiste de l’Italie et de Pasolini, qui nous rend ce texte accessible grâce à une préface documentée et un appareil de notes faisant de cette édition de poche un ouvrage précieux.

Sans doute plus connu du public français pour son œuvre de cinéaste, les scandales associés à son nom, sa fin violente – et mystérieuse – à 53 ans – Pier Paolo Pasolini, également romancier, essayiste, épistolaire, témoin révolté des injustices sociales, et poète à la place originale, reconnu par ses pairs (parmi ses amis, Attilio Bertolucci, Elsa Morante et Moravia…), occupe une place de premier plan dans la vie littéraire italienne.

Marcher, Tomas Espedal

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mercredi, 06 Mai 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Pays nordiques, Récits, Actes Sud

. Ecrivain(s): Tomas Espedal Edition: Actes Sud

 

Qu’est-ce qui peut pousser un homme, un écrivain, un poète à décider de tout quitter et à se mettre en route, marcher vers l’inconnu ? Faut-il une raison particulière pour cela ?

Je suis heureux parce que je marche, le ton est donné ! Le premier chapitre s’ouvre sur une révélation, un lâcher-prise plutôt, alors que toute sa vie se délite, le narrateur reprend goût à la vie grâce à la marche. Comme il est bon de s’emplir d’oubli, de se perdre, de sombrer, il s’agit bien d’un abandon de l’ego. Enumérons les joies, boire pour oublier d’abord, ou boire et oublier dans cet ordre et ramper jusqu’à l’oubli. C’est comme un début de dépression, une sorte de mélancolie ou de lassitude de vivre toujours dans les mêmes journées de solitude dans l’écriture, mais le narrateur se reprend vite avec cette prise de conscience qu’il peut faire quelque chose pour sortir non de chez lui mais de lui-même, apprendre à vivre avec soi, car c’est la seule chose dont il ne pourra jamais se séparer, se débarrasser. Ça peut ressembler au début à un manuel de survie ou un guide de développement personnel mais c’est bien au-delà de cela, un manuel de survie poétique.

Tous les hommes sont des causes perdues, Mabrouck Rachedi

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 29 Avril 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Âge d'Homme

Tous les hommes sont des causes perdues, mars 2015, 228 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mabrouck Rachedi Edition: L'Âge d'Homme

 

C’est la chanson de Christophe, Les mots bleus, qui sert d’exergue au nouveau roman de Mabrouck Rachedi, Tous les hommes sont des causes perdues. Cela paraît tout à fait pertinent. Mais les paroles d’une autre chanson celle de Cora Vaucaire peuvent nous revenir en tête lancinantes : « Plus je repense à nos amours/ A ses bonheurs et à ses peines/ Plus je me dis que tu avais/ Le génie de la mise en scène/ Comme au théâtre/ Comme au théâtre. Comme au théâtre, comme au théâtre ».

En effet c’est une pièce de théâtre qui se déroule devant nos yeux dès que nous ouvrons ce roman. Une pièce en quatre actes. L’intrigue prend son envol juste avant l’engagement définitif des deux amoureux. Le premier acte est un court prologue qui met en place la situation. Deux personnages, Adam et Sofia, s’aiment et sont à deux jours de leur mariage. Le deuxième acte est un long monologue où Adam se raconte et raconte à la première personne tous les prémisses de cette histoire. Le troisième acte Sofia, à son tour, déroule sa vision de la vie et de l’amour. En quelques pages, le quatrième acte conduit au dénouent où l’auteur dévoile le fin mot de ce récit.