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Livres décortiqués

Nos mal-aimés, ces musulmans dont on ne veut pas, Claude Askolovitch

Ecrit par Alexis Brunet , le Mercredi, 11 Décembre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Grasset

Nos mal-aimés, ces musulmans dont on ne veut pas, septembre 2013, 288 pages, 18 € . Ecrivain(s): Claude Askolovitch Edition: Grasset

 

 

Il devait s’appeler « Malheureux comme Allah en France ». Suite à quelques mises en garde sur les risques d’incompréhension face à la personnification de Dieu, prohibée par l’Islam, Claude Askolovitch lui a choisi un autre titre. A l’origine de l’essai, le tapage médiatique sur la viande halal, et la montée en flèche, il y a deux ans déjà, de Marine Lepen dans l’opinion française.

Des musulmans montrés du doigt par les médias, d’une manière parfois disproportionnée, un anti-islamisme tendant à se banaliser, il fallait un ouvrage qui ose s’attaquer à ce sujet, qui ose se demander pourquoi l’Islam génère un tel malaise dans la société française, alors que les sociétés ne sont que les fruits de ceux qui les composent. Claude Askolovitch l’a fait. Un ouvrage courageux, qui ne pouvait pas lui apporter que des amis. Un exercice qui ne pouvait être que difficile. Un challenge.

La tristesse durera toujours, Yves Charnet

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 30 Novembre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Récits, La Table Ronde

La tristesse durera toujours, janvier 2013, 176 pages . Ecrivain(s): Yves Charnet Edition: La Table Ronde

 

Yves Charnet nous offre dans son récit, paru en janvier 2013 aux éditions de La Table Ronde, une légende, un chant, un tombeau poétique, un hymne aux femmes qui ont jalonné sa vie et l’ont marqué de façon indélébile avec plus ou moins de bonheur. Il emporte le lecteur, sans barrière de protection, dans ses errements géographiques, psychiques et langagiers. Et nous nous embarquons avec lui dans un étrange et envoûtant voyage.

Dès le titre, il avise ses lecteurs : La tristesse durera toujours. Il emprunte ainsi les dernières paroles prêtées à Van Gogh avant de mourir. Et c’est ce que le récit va déployer en virtuose dans une écriture d’une grande franchise. Il nous prévient à plusieurs reprises de la visée de son projet d’écriture qu’il poursuit depuis le début de son œuvre. C’est d’abord par la voix de Louis René des Forêts qu’il nous avertit : « Dire et redire encore, redire autant de fois que la redite s’impose, tel est notre devoir qui use le meilleur de nos forces et ne prendra fin qu’avec elles ». Et si l’on n’est pas convaincu, il insiste : « Un homme avec la gueule d’un autre. Un écrivain c’est ça. Un type seul en terrasse ». Oui, la solitude est là, ancrée au cœur de son être, malgré tout son entourage. L’auteur a compris depuis longtemps que l’humain se retrouve profondément seul face à la souffrance, face à la mort. Et il ne lui reste que le souvenir dont il tente de laisser trace.

Anges batailleurs : Les écrivains gay en Amérique, de Tennessee Williams à Armistead Maupin

, le Samedi, 05 Octobre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, USA, Grasset

Anges batailleurs : Les écrivains gay en Amérique, de Tennessee Williams à Armistead Maupin, traduit (USA) Cécile de la Rochère, 2013, 416 p. 24 € . Ecrivain(s): Christopher Bram Edition: Grasset

 

 

La rédaction de l’histoire littéraire d’une nation, comme celle de l’écrivain américain Christopher Bram, ambitionne d’être avant tout un exercice de contextualisation et, par voie de conséquence, ne participe pas uniquement d’une volonté de « représenter, à travers l’histoire des produits de sa littérature, l’essence d’une entité nationale en quête d’elle-même » (1), pour reprendre les termes du philosophe allemand Hans Robert Jauss.

Comme pour toute histoire littéraire, l’une des grandes gageures de cette entreprise herculéenne est d’ordonnancer ce cumul de connaissances et, d’un regard surplombant, cerner le vaste champ de production littéraire nationale tout en faisant le lien entre des œuvres parfois bien disparates.

Aujourd’hui Meursault est mort, Rendez-vous avec Albert Camus, Salah Guemriche

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 25 Septembre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Maghreb

Aujourd’hui Meursault est mort, Rendez-vous avec Albert Camus, Amazon, juin 2013, Kindle, téléchargeable sur PC, 208 pages, 7,11 € . Ecrivain(s): Salah Guemriche

 

Curieusement rentré en grâce dans les années 1990 (coïncidant avec la « décennie noire » algérienne), Albert Camus semble devenu une icône intouchable, l’image d’un Juste au-dessus de la mêlée ayant gardé les mains pures, d’un parangon de la lucidité. Il aurait même, pour certains « ténébrions », eu raison avant les autres, « dédouanant [ainsi] moralement »  la France de sa responsabilité…

La question algérienne, refoulée dans l’œuvre de cet écrivain, est en effet encore largement taboue dans notre société. Insidieusement, « l’idéologie coloniale continue à occuper les esprits, tout comme elle occupe les dictionnaires », dans une sorte de « néantisation » de « l’Arabe », du colonisé.

D’où l’extrême frilosité des éditeurs et de la presse, peu enclins à heurter l’opinion. Et, en cette année célébrant le centenaire de la naissance du célèbre écrivain, les auteurs algériens semblent peiner à faire publier et diffuser leurs livres sur Camus.

La grande étrangère. A propos de littérature, Michel Foucault

, le Samedi, 14 Septembre 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres

La grande étrangère. A propos de littérature, EHESS, 2013, 224 pages, 9,80 € . Ecrivain(s): Michel Foucault

 

Il est des petites astuces éditoriales qui permettent de ravir les écrivains au repos éternel et de les faire parler d’outre-tombe. L’une d’entre elles, un grand classique, consiste à publier un manuscrit inédit à titre posthume pour donner suite aux instructions de l’auteur. C’est par exemple le cas de J. D. Salinger, auteur notamment de l’excellent Bildungsroman The Catcher in the Rye (1951), qui souhaiterait que cinq de ses manuscrits paraissent à compter de 2015. On peut aussi trouver un nègre officiel qui prolongera l’œuvre du maître, à l’image du nouveau père de James Bond qui publia Devil May Care (2008) avec en couverture la mention suivante : « Sebastian Faulks writing as Ian Fleming ». Il faudra bien qu’on m’explique cela un jour car, comme a coutume de dire une célèbre productrice du PAF, « je n’ai rien compris ». De même qu’il existe des galeries d’art pour exposer sans vergogne les « trésors cachés » des grands peintres – des croquis exécutés à la hâte, des ébauches d’œuvres, voire des gribouillages –, de même qu’il existe des éditeurs sans scrupules qui n’hésitent pas à aller à l’encontre des dernières volontés de grands pontes de la littérature afin de publier en l’état leurs œuvres inachevées, à l’occasion d’un centenaire par exemple.