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Livres décortiqués

Mourir tendre, Guy Régis Jr

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 16 Mai 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Les solitaires intempestifs

Mourir tendre, 2013, 96 pages, 13 € . Ecrivain(s): Guy Régis Jr Edition: Les solitaires intempestifs

 

 

« Le théâtre est mon rêve d’homme »

 

Le titre d’une œuvre est comme une clef d’or qui nous ouvre les portes d’un lieu mystérieux. Guy Régis Jr plus que tout autre auteur nous invite à une lecture où l’incertitude syntaxique dit déjà le monde autrement. Il ne s’agit pas d’exotisme haïtien, créole, mais d’une vision poétique nouvelle. Mourir va généralement avec jeune, vieux ; mourir ici s’associe à un mot doux. Nous le comprendrons totalement à la fin du texte (p.90) quand l’un d’entre eux dira « je voudrais mourir tendre » comme un oiseau. Tendre de mourir en plein vol. Et d’ajouter « De mourir de la vie ».

Tout le texte de la pièce tendra vers ce point de délivrance, vers son mot ultime « finissement ».

Alcools, Guillaume Apollinaire

Ecrit par Michel Host , le Lundi, 13 Mai 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Folio (Gallimard)

Alcools, Édition 2013, Folio-Gallimard N°5546, 249 pages, prix non indiqué . Ecrivain(s): Guillaume Apollinaire Edition: Folio (Gallimard)

Le recueil Alcools, précédé de Guillaume Apollinaire de Paul Léautaud, suivi d’un dossier sur l’œuvre et le poète, comprenant des textes d’Apollinaire sur la création, la poésie et la composition d’Alcools ; des contributions-hommages de divers poètes d’hier et d’aujourd’hui ; un « Lexique d’Alcools » par Michel Décaudin ; de brèves notices sur les amis d’Apollinaire ; une notice biographique et chronologique du poète.

 

Une lecture est une aventure personnelle, sinon « à quoi bon ? »

Michel Host

Voici un livre dont l’intelligence et la praticité de la composition alliées à l’intérêt unique d’une poésie unique feront qu’il ne nuira à personne de l’avoir dans la poche de sa veste ou de son trench-coat, à condition que ceux-ci soient de bonne coupe. Bien au contraire, tout collégien, lycéen, étudiant que l’enseignement tel qu’on le dispense de nos jours n’aura pas dégoûté à jamais de l’expression poétique et d’Apollinaire en particulier, tout lecteur de bonne volonté qui, au fil du temps, se sera éloigné de la poésie gagnera à le consulter, à en lire quelques pages dans les transports en commun, dans son lit avant de dormir ou in articulo mortis, mais aussi à ses amis au bistrot les jours de pluie comme de soleil.

Entre théâtre et performance : la question du texte, Joseph Danan

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 04 Mai 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Actes Sud/Papiers

Entre théâtre et performance : la question du texte, mars 2013, 96 pages, 12 € (disponible également en format numérique enrichi) . Ecrivain(s): Joseph Danan Edition: Actes Sud/Papiers

Repenser le théâtre

 

La collection Apprendre réunit une trentaine de volumes confiés à des auteurs, metteurs en scène ou universitaires qui, pour la plupart, ont contribué au renouveau de la scène et des écritures contemporaines. Le numéro 35 de la collection est signé par Joseph Danan.

Dès les premiers mots de son essai, ce dernier s’inscrit dans une double logique, la première, celle du chercheur analysant les transformations profondes des écritures dramatiques contemporaines, et la seconde, celle de l’auteur aux prises lui-même avec ces nouveaux langages.

Joseph Danan ne cesse depuis de longues années d’interroger les mutations du théâtre. Dans son nouvel essai, rédigé en 2012 et consacré à la performance, il montre comment celle-ci traverse et féconde la dramaturgie contemporaine. Au cœur de sa réflexion, s’impose la question du texte et de sa survie.

Soliste, Laure Limongi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 29 Avril 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, La Une Livres, Roman, Inculte

Soliste, mars 2013, 180 p., 14,90 € . Ecrivain(s): Laure Limongi Edition: Inculte

Soliste est un récit mêlant réalité et fiction qui dessine un portrait de Glenn Gould en reprenant la structure des Variations Goldberg que ce virtuose hors normes avait popularisées avec son dernier enregistrement considéré comme son testament musical.

Ce n’est pas la première fois que Laure Limongi, écrivain doublé d’une musicienne, s’intéresse à l’image en évoquant une « icône planétaire » du monde de la musique et aborde le thème de la singularité et de la reproductibilité en faisant revivre un homme après sa mort. Dans Fonction Elvis, elle l’avait fait au travers des multiples sosies du « King », tandis que dans ce dernier roman elle met en scène une sorte de clone un peu effacé dont on ne sait pas bien au départ s’il est le fantôme du pianiste canadien revenu sur terre trente ans après sa mort ou la simple imitation d’un faussaire. Dépassant la mécanique obsessionnelle des célèbres manies de son double personnage, elle évoque la personnalité profonde d’un artiste en recherche d’absolu, hanté par « l’idée du Nord », par la « pureté du son », qui à 32 ans avait refusé de continuer à se produire en concert, fuyant le contact direct avec le public au profit des enregistrements en studio pour s’enfermer dans un « duo vrai » : seul avec la musique. Et elle ajoute une autre dimension au livre en nous interrogeant sur l’humain, sur le rapport de l’homme à l’autre et à l’univers dans notre société de consommation et de communication virtuelle, sur notre perception et notre représentation du monde.

Cortés et son double, Christian Duverger

Ecrit par Vincent Robin , le Vendredi, 26 Avril 2013. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Essais, La Une Livres, Biographie, Seuil

Cortés et son double, janvier 2013, 320 pages, 21 € . Ecrivain(s): Christian Duverger Edition: Seuil

 

 

« Et moi, je m’inscris à la suite de ce petit nombre de soldats dont je fais ici mémoire » (1).

L’Espagnol s’exprimant ainsi se proclamait le rapporteur-témoin de trois années de conquête du Mexique poursuivies aux côtés de Cortés vers 1520. Rédigé environ quarante années après ces événements, sous le titre Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, cet instructif et emblématique récit des épisodes coloniaux en Amérique centrale s’agrégea sans tarder au nom de celui qui l’avait paraphé : Bernal Diaz del Castillo. D’autres, qui étudièrent ultérieurement (au XIXe siècle) ces relations de guerre avaient confirmé ladite paternité d’écriture. Dans son Cortès et son double, l’historien, méso-américaniste de renom, Christian Duverger, se penche pourtant aujourd’hui avec une suspicion sévère et minutieuse sur la provenance réelle de ces écrits, assurément toujours considérés comme joyaux de la littérature espagnole, mais dont l’auteur n’aurait pas été, selon lui, celui que cette signature désigna trompeusement.