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Livres décortiqués

Nord-nord-ouest, Sylvain Coher

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 27 Avril 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Nord-nord-ouest, janvier 2015, 270 pages, 20 € . Ecrivain(s): Sylvain Coher Edition: Actes Sud

 

Ce qui fait la force de Nord-nord-ouest, c’est d’abord la beauté et l’efficacité de l’écriture de Sylvain Coher, qui réussit à embarquer le lecteur dans un univers maritime ne lui étant pas forcément familier.

L’intrigue est inspirée d’un fait divers : le vol non loin de Saint-Malo d’un voilier totalement sous-équipé pour une grande traversée et qui fut étonnamment retrouvé en Irlande ou en Ecosse, abandonné par de mystérieux voleurs bien chanceux. Ayant toujours eu envie d’écrire son roman de mer, Sylvain Coher imagina alors leur aventure en mettant en scène le petit voilier de plaisance qu’il possédait lui-même à l’époque. Il nous fait ainsi pénétrer dans un univers nourri de sa propre expérience comme de ses nombreuses lectures, épousant le rythme de la houle, des périodes de calme et surtout de tempête. Et il ancre ce voyage improbable dans le réel grâce à la précision des termes techniques de navigation auxquels recourt sa narration et à la vivacité familière de ses dialogues, tandis que la beauté de ses images lui permet de donner à cette traversée une dimension symbolique, mythique et philosophique.

Amour, Colère et Folie, Marie Vieux-Chauvet

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Samedi, 25 Avril 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

Amour, Colère et Folie, avril 2015 (initialement paru en 1968), 492 pages, 11,20 € . Ecrivain(s): Marie Vieux-Chauvet Edition: Zulma

 

Maison assiégée


Les trois récits qui composent le roman de Marie Vieux-Chauvet ont été composés en Haïti et publiés en 1968, valant à son auteur l’exil au cours de la dictature de Duvalier, Papa Doc – qui n’est jamais nommé, et pourtant dont la terreur qui imprègne les récits est omniprésente. Jusque-là, Marie Vieux-Chauvet, auteur secondaire de nouvelles essentiellement, apparaissait comme représentative de la bourgeoisie mulâtresse de l’île, acquérant avec Amour, Colère et Folie, véritable brûlot contre la dictature et son cortège de violences et d’injustices, le statut d’écrivain majeur. Car ces trois récits, apparemment indépendants les uns des autres, révèlent avec une justesse de ton terrible l’horreur qui baigne le pays.

 

La maison, la femme et la famille

Courants blancs, Philippe Jaffeux

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 21 Avril 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Courants blancs, Ed. L’Atelier de l’agneau, 2014, 80 pages, 16 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux

 

 

Une cathédrale de mots ! Pas au sens qu’en donnait Proust mais dans la construction monolithique de chaque page composée de vingt-six lignes, vingt-six aphorismes qui hésitent entre récit (imp/passé simple) – où l’imparfait a ce rendu « mélancolique » que lui reconnaissait Proust encore – réflexion et poésie. La quatrième de couverture signale : aucun de ces « courants » n’a été écrit ; ils ont tous été enregistrés avec un dictaphone numérique. Précaution essentielle tant on sent le souffle langagier d’une parole qui s’éprouve et se creuse dans le silence. L’incipit est prometteur : Il se noya dans un cercle lorsqu’il confondit l’eau avec une quinzième lettre solaire. On est averti, on a déjà un pied dans l’O, le rond de la spirale ou le tourbillon qui va nous aspirer. Ce premier aphorisme annonce ainsi au lecteur un avertissement à se perdre lui aussi dans la suite onirique que recèlent ces « courants » dont l’élément eau, associé à celui de l’air, avertit qu’on va nous aussi plonger profond.

Le Voyage d’Octavio, Miguel Bonnefoy

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mercredi, 15 Avril 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Rivages

Le Voyage d’Octavio, janvier 2015, 124 pages, 15 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy Edition: Rivages

 

Tout commence par la découverte de la lecture et de l’amour, intrinsèquement liés à travers la personne de Venezuela, qui initie don Octavio à cet univers du désir : celui d’apprendre, d’imaginer, celui de l’autre. Ainsi naît l’histoire, en rupture avec ces temps précolombiens de l’ignorance, tels que la colonisation espagnole les ont dépeints. Ou plutôt, tout commence un peu avant, dans la légende fondatrice de Saint-Paul-du Limon : l’arrivée des colons et de la peste, le miracle des citrons qui tombent comme un signe du ciel sur une procession et guérissent tous les pestiférés. La statue du Nazaréen érigée dans la première église qui lui est consacrée dans le village disparaît un jour, sans que nul ne s’étonne, on rase l’arbre miraculeux, il ne reste que le nom donné au village dont chacun a oublié le mythe originel, et Octavio naît là dans une ignorance totale que la rencontre de Venezuela va transformer en un parcours initiatique vers la connaissance de soi et de son pays, au cours des épreuves qu’il traversera. Après l’idylle amoureuse et la découverte des fruits de la connaissance, vient le temps de la chute : Octavio fait partie d’une bande de nobles voleurs justiciers, installés dans l’église, qui cambriole un jour la maison de Venezuela. Cette dernière reconnaît son amant parmi les pilleurs, ce qui pousse ce dernier à un long exil.

Le Pain, Toufic Youssef Aouad

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 20 Mars 2015. , dans Livres décortiqués, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Actes Sud, Moyen Orient

Le Pain, février 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Fifi Abou Dib, 266 pages, 22 € . Ecrivain(s): Toufic Youssef Aouad Edition: Actes Sud

 

 

Un printemps arabe

La première édition du roman date de 1939, et sa nouvelle réédition chez Actes sud permet de mettre en lumière son importance littéraire et historique : Le Pain met en scène l’éveil du nationalisme arabe à travers la résistance héroïque de ses personnages au joug ottoman et à l’injustice sociale qui écrase le pays. En effet, Sami Assem, appelé frère Hanania par la Bande blanche dont il est le chef, est un jeune libanais qui organise des opérations de résistance à l’oppresseur turc, ce qui lui vaut d’abord la prison, dont il parvient à s’enfuir pour retrouver la clandestinité et la lutte armée contre l’envahisseur. Il est aidé de sa fiancée Zeina, personnage féminin plein de courage et de lumière, aux prises avec une belle-mère vénale et avec les lubriques desseins des hommes qui l’entourent.