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En Vitrine

La Somme de nos folies, Shih-Li Kow

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mercredi, 22 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman, La rentrée littéraire, Zulma

La Somme de nos folies, août 2018, trad. anglais (Malaisie) Frédéric Grellier, 384 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Shih-Li Kow Edition: Zulma

 

« Il se passe des choses ici, il s’en passe ailleurs. C’est toujours pareil ». Mais il y a différentes manières de les raconter. Un art dans lequel Shih-Li Kow excelle.

L’auteur nous entraîne dans la Malaisie actuelle, entre la frémissante capitale Kuala Lumpur et un paisible village. Paisible ? Seulement en apparence. Car lorsqu’on y regarde de plus près, la vie campagnarde, loin d’être monotone, est rythmée par le caractère mordant des habitants. Aussi ravageurs que la pluie torrentielle qui ouvre le récit.

La grand-mère au fort caractère, la cinglée éleveuse de sangsues, la sentimentale et faussement dévote directrice d’un orphelinat, l’adorable transsexuel engagé… Cette panoplie de personnages fait monde commun, mais chacun défend sa cause, sa part d’irrationnel, sa petite folie personnelle.

François, portrait d’un absent, Michaël Ferrier

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 21 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

François, portrait d’un absent, août 2018, 256 pages, 20 € . Ecrivain(s): Michaël Ferrier Edition: Gallimard

 

« Ça arrive comme une vague.

Cette nuit-là, j’ai compris ce qu’était une voix blanche. La voix de Jérôme était blanche.

Maintenant, les souvenirs affluent. Ça arrive comme une vague ».

C’est une vague qui emporte François et sa fille Bahia, ce jeudi 26 décembre d’une année qui n’existe plus, sur une plage de l’île de La Graciosa aux Canaries. Une vague venue de loin, invisible, va harponner François et sa fille, une vague silencieuse qui donne le jour à un livre inspiré et profond. François, portrait d’un absent oscille entre le roman et le récit, dans le battement au cœur du souvenir, des souvenirs partagés. Des souvenirs comme des apparitions, qui se glissent avec grâce dans le livre, avec cet art unique de faire apparaître les disparus, de consacrer une présence, de rendre à la vie ceux qui s’en sont absentés. François, portrait d’un absent comme une vague fait surgir le passé commun des deux amis, leurs quatre cents coups, les années lycée, leur densité poétique, les années où se mêlent musiques et ivresses, un œil sur Monk, et une oreille à l’écoute de Leonhardt, des musiciens poètes, l’un danse, l’autre s’envole, ce sont deux oiseaux musiciens aimés de la beauté, comme l’était François.

Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes, Franck Prévot et Régis Lejonc

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 20 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse

Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes, éditions Hong Fei, mai 2018, 40 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Franck Prévot et Régis Lejonc

 

Dès la couverture, on se retrouve intrigué. Quel est cet ouvrage aux allures de recueil de contes très ancien ? Aux illustrations surannées et dignes d’un artisan calligraphe, rappelant les inquiétantes images d’Ivan Bilibine. Qui est ce personnage monté sur un renne ?

Les premières pages nous font entrer dans un château, un banquet médiéval en l’honneur de la reine et de ses nouveau-nés : trois princes « pleins d’or » comme s’en félicite le roi, leur père, un être avide et cruel. Le premier garçon avait une langue d’or, le deuxième des yeux d’or et le troisième des oreilles d’or. En grandissant, chacun se voit attribuer un animal de compagnie capable de pallier à ce qui lui manque : un perroquet, un renne et un chien.

C’est Oddvin, le deuxième fils, qui sera notre héros. Il grandit seul auprès de son renne, qui devient ses yeux, son guide et développe le talent de comprendre le langage de son compagnon. Délaissé par ses parents, il parcourt la toundra et les forêts qui deviennent des espaces familiers pour ce jeune prince aux allures de paysan famélique.

L’ombre de la girafe, Éric Poindron

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 15 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

L’ombre de la girafe, Bleu autour, Coll. Céladon, juin 2018, Image de couverture Michael Sowa, 112 pages, 13 € . Ecrivain(s): Eric Poindron

« Quand j’étais enfant, mon père me racontait qu’il vivait, enfant, au milieu des girafes. C’est toutefois mon grand-père qui est le plus grand responsable de ce petit livre, même si mon père y est sans doute pour quelque chose, ainsi que son grand-père si je me souviens ».

L’ombre de la girafe est une affaire de famille et donc de littérature, famille je vous aime en pleine savane sous l’œil des girafes. Éric Poindron est un écrivain à la mémoire vive et à l’imagination sauvage. C’est un collectionneur qui habite un grenier sans poussière, mais riche de fantômes, de papillons, de peaux de bêtes, de sabliers, de livres très anciens, de mappemondes, de sabliers, de miroirs curieux, de chats dormeurs, de mille objets glanés dans les savanes urbaines qu’il parcourt du pas léger du poète iconoclaste et aventurier. L’écrivain amateur de Champagne compose une galerie unique, un cabinet de curiosité, une céleste bibliothèque, où nous ne serions pas surpris d’y croiser quelques saints oubliés, des visionnaires, des cartographes, mais aussi Voltaire, Jules Verne, André Breton ou encore Borges le voyant visionnaire, et dans un coin le regard d’une girafe. La girafe d’Éric Poindron dite anciennement camélopard et camélopardalis, ne manque ni d’attraits, ni de répondant. Un cirque s’installe dans l’enfance familiale de l’auteur et elle est là ! Il ouvre l’ouvrage d’un érudit voyageur, elle se taille la part belle !