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Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), Sebastian Haffner (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 28 Septembre 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Babel (Actes Sud), Histoire, Cette semaine

Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), Sebastian Haffner, traduit de l’allemand par Brigitte Hébert, Babel, septembre 2004, 448 pages, 10,20 € Edition: Babel (Actes Sud)

 

Ce livre n’est rien en regard de l’Histoire, c’est juste « l’histoire personnelle d’un jeune homme ni particulièrement intéressant, ni particulièrement important, qui vivait par hasard dans l’Allemagne de 1933 », à en croire Sebastian Haffner, et il se met à la place du lecteur qui soudain commence, arrivé aux deux tiers de Histoire d’un Allemand à « feuilleter ce livre non sans irritation », faute d’y trouver la narration précise et circonstanciée  de tout ce qui se passait à Berlin en 1933. C’est de l’ironie. Car bien que Haffner lui-même n’en ait que peu conscience, ce récit commandé par un éditeur anglais en 1939 (l’auteur s’était alors exilé en Angleterre), puis mis de côté et retrouvé seulement après le décès de son auteur, il se pourrait bien que Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933) soit l’un des livres les plus essentiels qui soient pour tenter d’appréhender exactement ce qui s’est déroulé entre 1914 et 1933, et plus particulièrement durant cette dernière année, en Allemagne, ce qui a mené à l’avènement de celui qu’un vieillard juif appelle sarcastiquement « M. Hitler » (qui peut-être, à l’image de Nabuchodonosor qui lui aussi voulut éliminer le peuple juif, « parcourra les prés à quatre pattes en mangeant de l’herbe »).

Itihasa, Aatish Taseer (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 23 Septembre 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman, Cette semaine

Itihasa, Aatish Taseer, traduit de l’anglais (Inde) par Claire Blanchaud, éditions Banyan, 2026, 532 pages, 24 euros

 

Le premier roman d’Aatish Taseer (né en 1980) traduit en français, Itihasa, séduira les amoureux des littératures indiennes mais pareillement tous ceux que les questions d’origine, d’identité et de récupération identitaire préoccupent. Le titre est explicité à deux reprises (p. 26 et p. 291) : itihāsa est la contraction d’une formule sanskrite, iti-ha-āsa,  signifiant « telles que furent les choses » ou « la façon dont les choses furent effectivement ». Elle désigne un genre poétique, dont le Mahābhārata et le Rāmāyana sont les modèles, que l’on rapprochera de nos épopées. Le titre anglais calque d’ailleurs ce syntagme : The Way Things Were. J’y reviendrai.

On repère deux personnages principaux, et deux temporalités. Skanda, dès l’incipit, étudiant en sanskrit à New York et qui a dépassé de quelques années la trentaine, apprend la mort de son père à Genève : Toby, éminent linguiste et sanskritiste, traducteur de littérature classique et raja du royaume d’opérette de Kalasuryaketu, lieu fictif comme le grand-duché de Gérolstein. Il se rend en Inde pour y rapatrier le corps du défunt et y accomplir les rites funéraires. Nous le suivons dans son périple et ses retrouvailles avec plusieurs membres de sa famille – à l’histoire compliquée comme toute famille romanesque qui se respecte !

Raoul Vaneigem (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 22 Septembre 2026. , dans En Vitrine, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

 

Moins 1 – Belge !

Dans mon lycée jadis, d’aucuns se passaient le petit livre rouge de Mao, plastifié pour affronter les bains-douches ou les sévères conditions météo d’Armorique, ceux-là psalmodiaient. D’autres se filaient, fatiguées et humides, les repros de repros de séminaires du Grand Jacques ! Chacun sa clandestinité. Certains s’enchantaient de Léon Tr. Pour ma part, nous lisions avec passion Raoul et obtenions notre bac, quand même, option Vaneigem !

Une vie d’adulte s’éclaire des découvertes adolescentes. C’est un lieu commun, sauf que Vaneigem resta mon clandestin, mon secret, discret talisman sur un rayon de bibliothèque entre Grenier et Guilloux, mes éclaireurs en ma ville de baie, et Rimbaud le doigt sur le détonateur.

Ah, mon Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations a son frontispice ivoire nrf bien flapi, vous vous en doutez. Couvertures déchirées et livres défraîchis témoignent d’un âge certain.

Vaneigem vient de mourir.

La tourbe et les larmes, John Quigley (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 17 Septembre 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Cette semaine, L'Arbre Vengeur

La tourbe et les larmes (To Remember with Tears), John Quigley. Traduit de l’anglais par Paul Mousset, éditions L’Arbre Vengeur mars 2026. 328 P. 21 € Edition: L'Arbre Vengeur

 

Écrivain rare, John Quigley, dont le titre traité ici est le premier traduit en français, nous offre un ouvrage âpre (et drôle), violent (et tendre), désespéré (et furieusement plein d’espoir) fou (et fou).

Cette île perdue au large de l’Écosse porte sur ses terres noyées de tourbe gluante quelques familles de malheureux pour lesquels survivre est une aventure quotidienne.

Perdu parmi les perdus, Cruachan Campbell, droit sorti de l’enfer d’une terre impossible et d’une misère plus noire que la nuit. Cinglé, velléitaire et paresseux, dévoré par l’idiotie, la superstition, happé par des espoirs et des projets plus absurdes les uns que les autres, il erre, hagard, au sein d’une famille dont les membres, Flora et les filles, ne valent guère mieux que lui – sauf peut-être ce jeune fils qui a fichu le camp sur le continent avec la montre du grand-père à vendre et qui ne reviendra jamais. Mais jamais n’a pas de sens pour Cruachan, il ne sait pas le temps et plus d’un an après le départ de Roddy il pense que son fils est parti depuis huit jours et qu’il reviendra aujourd’hui, ou demain peut-être.

L’hébétude parfaite de Cruachan n’empêche pas une succession d’espoirs voués tous à l’échec. Par la volonté du ciel. Ou par l’absence de volonté de Cruachan. Mais demain, demain …

Bruges-la-Morte, Georges Rodenbach (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 16 Septembre 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cette semaine

Bruges-la-Morte, Georges Rodenbach Espace Nord – Octobre 2016 Postface : Christian Berg 208 pages – 8,50 € . Ecrivain(s): Georges Rodenbach

 

Dans cette édition du célèbre Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach, figurent les photographies qui avaient déjà fait toute la singularité de l’édition originale (1892). Du reste, le vœu du romancier était clairement formulé dans son « avertissement » : « nous avons voulu (…) évoquer une Ville, la Ville comme un personnage essentiel, associé aux états d’âme, qui conseille, dissuade, détermine à agir. (…) il importe, puisque ces décors de Bruges collaborent aux péripéties, de les reproduire également ici, intercalés entre les pages… » (p. 7) Outre l’intérêt que représente la reproduction des photographies, l’œuvre est suivie d’une étude détaillée de Christian Berg, revenant notamment sur les motivations des artistes symbolistes et sur la façon dont Bruges-la-Morte, avec son aspect marginal, s’y inscrit. Une ultime annexe nous permettra de découvrir ou redécouvrir plusieurs poèmes et extraits d’œuvres littéraires, évoquant Bruges et d’autres « villes mortes » telles que Venise ou Gand – une occasion de se replonger dans les styles de ces écrivains incomparables que sont Wordsworth, Verhaeren, Mallarmé, Zweig, Mann, Yourcenar…