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En Vitrine

A son image, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 29 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

A son image, août 2018, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

Jouant sur l’ambivalence de son titre renvoyant aux notions d’image et de ressemblance, de vérité de la représentation, comme à la nature de l’homme et à son rapport à Dieu, Jérôme Ferrari annonce déjà en partie la richesse du sujet abordé par son dernier roman. A son image incarne en effet une vaste interrogation sur la représentation, la nature humaine et la transcendance en s’ancrant dans un quotidien très concret avec des personnages très humains dans leur complexité et leur faiblesse, et en développant des thématiques s’articulant autour de la photographie et de la guerre – liées toutes deux à la mort.

Mettant en scène deux magnifiques héros romanesques, une jeune photographe et son oncle et parrain prêtre, dans la Corse villageoise des années 1970 au début des années 2000, marquée par les violences des nationalistes et leurs luttes fratricides, l’auteur y fait entendre en parallèle l’écho des guerres de Yougoslavie qui achevaient de ravager les Balkans.

Le bruit du dégel, John Burnside

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 24 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

Le bruit du dégel, août 2018, trad. anglais Catherine Richard-Mas, 362 pages, 22 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

Burnside continue son exploration des recoins de l’âme. Dans un récit qui n’en est pas vraiment un, mais plutôt un enchâssement de récits multiples recueillis par la narratrice auprès de personnes choisies au hasard, dans le cadre d’une mission que lui a confiée son compagnon cinéaste : poser des questions aux gens, faire du porte-à-porte, afin d’entendre les histoires de chacun(e). Et Kate va ainsi rencontrer Jean, une femme vieillissante, avec laquelle elle va se lier et qui va lui raconter, bribe par bribe, son vécu. Son vécu ? Là est toute la matière de ce roman : pas tout à fait ; un vécu, passé au crible de la narration, devient autre chose, une histoire.

Laurits, le compagnon cinéaste de Kate, est fasciné par la narration et peu importe en fin de compte son contenu. La narration en tant que telle, véhicule d’une histoire, d’une médiation par le narrateur, d’un réel intime qui souvent s’éloigne, involontairement, du réel vécu. Il est convaincu que les lieux, le moment, les circonstances où se tient une narration sont plus importants que ce que raconte cette narration. L’Amérique n’a pas d’Histoire mais pullule d’histoires.

Ma dévotion, Julia Kerninon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 23 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, La Brune (Le Rouergue)

Ma dévotion, août 2018, 302 pages, 20 € . Ecrivain(s): Julia Kerninon Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Après Buvard qui mettait en abyme amour et création littéraire, Le dernier amour d’Attila Kiss qui explorait le rapport amoureux et la vérité des êtres en sondant ce territoire intime si difficile à pénétrer, et Une activité respectable, un très court récit autobiographique consacré à l’écriture, Julia Kerninon se lance dans un gros roman psychologique de trois cents pages mettant à nu les rouages d’une tragédie. Elle y reprend le thème de l’amour – de l’emprise d’un amour non partagé mais aussi de l’amour parental et du saccage de l’enfance – ainsi que de la création, artistique surtout et dans une moindre mesure de l’écriture, comme celui de la vérité et du mensonge. Un roman de facture et de tonalité assez hardyiennes qui semble aussi un hommage à ce grand écrivain anglais fils d’un tailleur de pierre qui fut aussi architecte, qu’on ne lit plus beaucoup de nos jours mais pour lequel l’auteure n’a jamais caché son admiration.

Née en 1938 dans une famille de diplomates anglo-hollandaise, Helen rencontre à Rome le jeune Frank Appledore dont le père travaille aussi à l’ambassade du Royaume-Uni. Deux jeunes détestant leur famille « d’une haine sidérale » qui, de ce fait, noueront d’emblée un intense et complexe lien d’amitié. D’une amitié amoureuse qui s’avérera très déséquilibrée.

Capitaine, Adrien Bosc

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 22 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Capitaine, août 2018, 400 pages, 22 € . Ecrivain(s): Adrien Bosc Edition: Stock

 

« Combien étaient-ils sur ce rafiot ? Trois cents, quatre cents peut-être, autant d’anonymes, une maille indémêlable de récits distincts, contradictoires, la concentration d’une société perdue, en réduction, mouvante… la catastrophe et l’inhérent combat des probabilités regroupés sur le pont d’un bateau ».

Alors que l’on se bat, que l’on fuit, que l’on souffre, que l’on se cache, alors que le temps paraît figé, que l’horreur se conjugue au présent, que l’on dénonce et que l’on résiste, des hommes, des femmes et quelques enfants attendent de pouvoir quitter Marseille pour embarquer sur le Capitaine-Paul-Lemerle. Au cœur de cette concentration d’une société perdue, des Espagnols qui ont perdu la guerre, des Juifs chassés d’Europe, des relégués, des réprouvés par les serviteurs zélés de Vichy, des artistes, des écrivains, et des révolutionnaires en exil permanent. Ils sont là sur le pont du Capitaine, certains s’y font prendre en photo, une première et peut-être une dernière fois : Victor Serge, Anna Seghers, Germaine Krull, André, Jacqueline et Aube Breton, Wifredo Lam, Alfred Kantorowicz, Claude Lévi-Strauss, Jacques Rémy.

Pense aux pierres sous tes pas, Antoine Wauters

Ecrit par Carole Darricarrère , le Mercredi, 22 Août 2018. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Verdier

Pense aux pierres sous tes pas, août 2018, 192 pages, 15 € . Ecrivain(s): Antoine Wauters Edition: Verdier

 

Il était une fois dans un « pays de chiens » deux esprits jumeaux joyeux d’âme et de corps : noumène des simples, aumône du sang de la matrice, coup double dans un museau de terre, alliance d’un couteau exquis et de « hanches en montagne de massepain » : « ce suspens remplace l’éternité » dirait l’auteur en citant un autre.

Au pays où l’on n’arrive jamais l’espace fait loi. C’est dans une langue luminescente d’âpreté réconciliant l’horizon et la verticalité que récit et poésie vont y dérouler le fil incandescent d’un conte sans concession dans les anneaux duquel Saint-Ex aurait reconnu sa fleur et Faulkner son Absalon – « Parle-moi du Sud. Comment est-ce là-bas ? Qu’est-ce qu’on y fait ? Pourquoi y demeure-t-on ? Pourquoi y vit-on ? », W.F., Absalon ! Absalon !).