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En Vitrine

Un fusil, une vache, un arbre et une femme, Meir Shalev

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 07 Novembre 2017. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, Israël

Un fusil, une vache, un arbre et une femme, octobre 2017, trad. hébreu Sylvie Cohen, 394 pages, 21 € . Ecrivain(s): Meir Shalev Edition: Gallimard

Israël est une nation fertile en paradoxes : on pourrait croire que ce pays, plus petit qu’une région française d’avant la réforme territoriale, entouré de voisins qui seraient enchantés de le voir disparaître et souvent firent ce qu’il fallait pour cela, aurait organisé toutes ses forces, déployé toutes ses ressources morales, humaines et intellectuelles, en vue de sa seule survie. À bien des égards, c’est le cas. Mais Israël possède également une production scientifique, technique (même les antisémites les plus acharnés se servent de clefs USB), poétique et romanesque de tout premier ordre. Le nouveau roman de Meir Shalev en apporte une preuve supplémentaire.

Meir Shalev est né le 29 juillet 1948 et ce millésime n’est pas anodin : l’écrivain a le même âge que l’État hébreu. Officiellement, en tout cas, car Herzl avait raison d’intituler son roman utopique Altneuland, selon un oxymore intraduisible en un seul mot français (« le vieux pays jeune »). Dès la fin du XIXe siècle, des Juifs s’installèrent sur des terres achetées le plus légalement du monde à des paysans arabes ravis de la bonne affaire et, pendant que la pire des catastrophes s’abattait sur leurs coreligionnaires restés en Europe, les Juifs d’Israël menaient une existence relativement paisible, quoique dure.

Sur "le Poison" de Charles Jackson, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 02 Novembre 2017. , dans En Vitrine, Les Chroniques, La Une CED

Le Poison, Charles Jackson, Belfond Vintage, septembre 2016, trad. américain Denise Nast, 384 pages, 17 €

 

Ah le putain de grand roman ! Ah la putain de baffe en travers de la tronche ! Ah le sentiment de s’être mangé un mur littéraire en plein !

Bon, d’accord, ça ne se fait pas de débuter une chronique littéraire de la sorte, ça ne se fait pas mais on s’en moque. Ce n’est pas tous les jours que remonte des oubliettes de l’histoire littéraire un chef-d’œuvre, et on pardonnera les écarts de langage : parfois, on a tout simplement envie de dire ce qu’on a ressenti en lisant un roman, pas d’en livrer une savante analyse – enfin, savante, disons-le vite, la modestie est de mise. Tâchons quand même d’écrire quelques lignes sur Le Poison (1944, The Lost Weekend, dans la version originale, titre plus énigmatique et plus exact quant à la durée narrative), premier roman de Charles Jackson (1903-1968), pour lequel son auteur est célébré dans le monde anglo-saxon.

De la providence, suivi de Lettres à Lucilius (lettres 71 à 74), Sénèque

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 26 Octobre 2017. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Folio (Gallimard)

De la providence, suivi de Lettres à Lucilius (lettres 71 à 74), avril 2017, trad. Emile Bréhier, 96 pages, 3,50 € . Ecrivain(s): Sénèque Edition: Folio (Gallimard)

 

« Qu’est-il de plus fou cependant

que d’avoir de l’angoisse pour des événements à venir,

et, au lieu de se garder pour les vrais tourments,

d’aller chercher des peines et de les appeler à soi ».

Le lecteur s’interrogeant sur la providence en général fera mieux de passer son chemin. Le thème est ici abordé sous un angle très particulier, annoncé en sous-titre : pourquoi les hommes de bien ne sont pas exempts de malheurs, malgré l’existence de la providence.

Que la providence existe et qu’elle gouverne entièrement les hommes, Sénèque n’en doute donc pas, convaincu que « nos destins nous mènent, et la première heure de notre naissance a réglé tout le temps qui nous reste ». Mais pourquoi la providence distribue-t-elle aveuglément les lots de malheur au lieu de tenir compte des mérites et démérites de chacun ?

Georges Bernanos, Folio : La Liberté, pour quoi faire ? et Français, si vous saviez, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 25 Octobre 2017. , dans En Vitrine, Les Chroniques, La Une CED

 

Georges Bernanos, Gallimard/Folio, janvier 2017 : La Liberté, pour quoi faire ?, 256 pages, 9,30 € ; Français, si vous saviez…, 496 pages, 11,10 €

 

J’aime bien les diacres de la paroisse où je vis et dans l’église de laquelle je me rends chaque dimanche matin pour tenter de me réconcilier avec la foi en Dieu au lieu de me battre comme un chiffonnier avec, ce que je devrais arrêter de faire à quarante-quatre ans, mais bon, je n’arrive pas à devenir un adulte raisonnable ; ils sont doux, ils sont gentils, ils sont pour la paix dans le monde, et les intentions qu’ils lisent durant la messe regorgent d’une bonté délicate. Mais ils m’énervent. Mais ils énerveraient Bernanos. Ils sont pour toutes les bonnes causes, celles vues au journal télévisé, ils sont contre la misère désignée par le même journal télévisé, contre la pauvreté de ceux qui vivent seuls, et bla-bla, mais ils passent à côté de la plus grande misère qui soit, la seule qui devrait être consolée car d’elle découlent toutes les autres : les âmes modernes sont vides.

L’Enfant de la fièvre, Shelby Foote

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Octobre 2017. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Nouvelles, Gallimard

L’Enfant de la fièvre (Jordan County), traduit de l’américain par Maurice Coindreau et Claude Richard, 361 p. 10 € . Ecrivain(s): Shelby Foote Edition: Gallimard

 

Dans ces nouvelles de Shelby Foote – autant de pépites – on trouve deux textes qui constituent de véritables courts romans : Crescendo final et L’enfant de la Fièvre (qui donne son titre à ce recueil). Autant le dire dès l’abord, on a en mains d’authentiques joyaux littéraires, qui viennent se placer au plus haut dans la littérature sudiste.

Avec Crescendo final, on retrouve le Sud pauvre et douloureux de « tourbillon »*. Comme il le fait souvent, Foote commence par ce qui est fréquemment la fin chez d’autres auteurs. Il décale ainsi toutes les interrogations du lecteur sur ce qui, chez les personnages, surdétermine les actes et les destinées. Le pauvre héros attend dans le couloir de la mort son exécution. Le récit sera donc la trajectoire qui l’a mené là, le destin inexorable dans lequel rien n’aura pu le sauver. Ni son talent, ni son succès, ni l’amour inquiet de sa mère.