Identification

Polars

Ceux que nous avons abandonnés, Stuart Neville (par Christelle Brocard)

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Jeudi, 16 Mai 2019. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Rivages/noir

Ceux que nous avons abandonnés, avril 2019, trad. Fabienne Duvigneau, 370 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Stuart Neville Edition: Rivages/noir

 

En l’absence de sa femme et de son fils, M. Rolston a été sauvagement assassiné dans sa demeure. Les soupçons se tournent immédiatement vers les frères Devine, deux jeunes orphelins hébergés par la famille Rolston, que la police retrouve prostrés, couverts du sang de la victime.

Ciaran, le plus jeune de deux prévenus, ne tarde pas à passer aux aveux. Bien qu’il soit difficilement concevable qu’un gosse de douze ans puisse être l’auteur d’un crime si effroyable, rien ne permet de mettre en doute sa culpabilité. Il est dès lors incarcéré dans un établissement pénitentiaire pour mineurs et n’en ressortira qu’après avoir purgé une peine de sept ans. Son frère, Thomas, condamné, lui, pour complicité de meurtre, est relaxé deux ans plus tôt. Le jour de sa libération, Ciaran est confié aux soins d’une conseillère de probation, Paula Cunningham, qui se serait bien passée de cette mission d’une nature doublement délicate.

Le Cherokee, Richard Morgiève (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 29 Janvier 2019. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

Le Cherokee, janvier 2019, 480 pages, 24 € . Ecrivain(s): Richard Morgiève Edition: Joelle Losfeld

 

Le Cherokee de Richard Morgiève porte superbement son titre, celui d’un des classiques de Jazz les plus célèbres, joués par Charlie Parker, Count Basie, Lee Konitz ou Wynton Marsalis. Un rythme staccato, très élevé, mais une sonorité retenue. Morgiève écrit sur ce tempo, sur ce son. Obsédant et possédé, comme l’est le Shérif Nick Corey, assailli par ses fantômes et ses blessures incurables. Car c’est bien le personnage qui occupe la place centrale du roman, détrônant la sacro-sainte enquête traditionnelle du roman noir. Morgiève se moque des codes du genre, une abracadabrante histoire d’avion sans pilote et d’invasion de Martiens vient pasticher avec ferveur les storytellers purs et durs. On peut en dire autant de l’éternel Serial Killer, le Dindon, dont on peut se demander s’il n’est pas celui de la farce.

Non, ce roman est une expédition spéléologique dans les profondeurs d’un homme, Nick Corey, dont les recoins de l’âme sont un paysage halluciné, peuplé de fantômes – ceux de son père et sa mère adoptifs adorés et sauvagement assassinés quand il était encore enfant – d’horreurs sanglantes, d’échecs amoureux, de pertes inlassables. L’âme d’un homme jeté dans la solitude et le désespoir d’une humanité haineuse et violente. Désespoir des humains, désespoir de soi, Corey ne se supporte pas lui-même, ne s’épargne pas la responsabilité de la déchéance du monde.

La Coupure, Fiona Barton (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 29 Novembre 2018. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Fleuve Editions

La Coupure, septembre 2018, trad. anglais Séverine Quelet, 480 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Fiona Barton Edition: Fleuve Editions

 

Comme tout bon roman policier, La rupture est une histoire de secrets.

Trois femmes, qu’au départ rien ne relie, rien ne prédestine à se rencontrer, sont marquées par l’annonce, en quelques lignes, dans un journal, de la macabre découverte du corps d’un nouveau-né sur un chantier de la banlieue de Londres. Le dossier se corse lorsqu’on apprend que les ossements du bébé datent de 42 ans auparavant. A des titres différents, ces trois femmes vont chacune renouer les fils de leur passé et mener une enquête individuelle qui les conduira vers une vérité – la verité ? Ont-elles un lien personnel ou un lien professionnel avec l’affaire ? Le doute persiste, au cours du roman, pour l’une des trois protagonistes.

Angela, mère de famille et jeune grand-mère, vit dans le souvenir de l’enlèvement de son premier enfant à la maternité quelque quarante ans plus tôt, et peine à tourner la page. Cette affaire est pour elle l’occasion sinon de percer le mystère, du moins d’obtenir une réponse : Alice, son bébé qui lui a été si tôt arraché, est-elle morte ou a-t-elle survécu ?

#Jenaipasportéplainte, Marie-Hélène Branciard (Par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 23 Novembre 2018. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

#Jenaipasportéplainte, Editions du Poutan, 2017, 260 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Branciard

 

Ce polar engagé, préfacé par Marie Van Moere et justement salué par Maud Tabachnik, trace des lignes qui se conjuguent dans un réseau où l’on peut croiser Après Dolorès de Sarah Schulman, King Kong Théorie de Virginie Despentes et d’autres de cette veine. On appelle ça « le polar lesbien ». Mais qu’importe comment et pourquoi quelques critiques rapides expédient un genre dans une case. Car l’intérêt de JNAPPP déborde les catégories qui enferment ce qui pourtant ne demande qu’à sortir.

Ce polar est d’un genre discret et majeur. Discret parce qu’organisé en séries de discontinuités qui s’interpellent. Majeur comme un grand roman populaire. Il permet de traverser mille problématiques. Ici, le genre est maîtrisé à un point de limite tel que de grandes questions d’aujourd’hui (violence, homophobie…) sont abordées avec la crudité des faits juridico-policiers. Ainsi, le style trash et pudique. Ainsi, la virtuosité des registres d’écriture : le poème, le journal, la narration, les expressions hashtag et les communications arobase. Ainsi, des personnages authentiquement campés, réels, vrais, sensibles et touchants, si tant est que les cons authentiques (peu sensibles et peu touchants) aussi campent dans leur forteresse de méchancetés…

Reporter criminel, James Ellroy (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 08 Novembre 2018. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/noir

Reporter criminel, octobre 2018, trad. américain Jean-Paul Gratias, 202 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): James Ellroy Edition: Rivages/noir

 

Un entre-deux du Dogue vaut mieux que bien des productions de polars dont nous sommes tous les jours abreuvés. Oui, c’est un entre-deux : comme à son habitude, Ellroy nous sert un hors-d’œuvre avant son prochain plat de résistance annoncé*. Il nous l’avait fait avec Extorsion juste avant Perfidia. Mais autant Extorsion en était vraiment une – un piètre truc à deux balles – autant ce Reporter criminel mérite qu’on s’y arrête.

Il s’agit de deux enquêtes au sens strict du terme : le Dogue y joue les journalistes criminels, revenant en reportage sur deux affaires qui firent grand bruit aux USA : l’affaire George Whitmore en 1963 et l’affaire de l’assassinat de Sal Mineo, l’acteur secondaire de La Fureur de Vivre, en 1976.

Ellroy prend la voix des policiers qui enquêtèrent sur ces affaires, réunit les documents et tricote avec eux deux fictions tout à fait crédibles et, en tout cas, fort prenantes et, surtout, dans lesquelles on retrouve la scansion jazzy et syncopée du grand James.