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Polars

Pukhtu Primo, DOA

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 03 Décembre 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Série Noire (Gallimard)

Pukhtu Primo, 675 pages, 21 € . Ecrivain(s): DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Ambitieux roman-fleuve sur la guerre en Afghanistan, Pukhtu, dont le premier [gros] volume paru en 2015 s’annonçait comme un grand roman noir géopolitique du genre à venir taquiner sur leur terrain les Don Winslow de La griffe du chien et autres Robert Littell. Prolongement du déjà touffu Citoyens clandestins, Pukhtu est un roman qui combine polar, espionnage, géopolitique, drame, aventure, guerre et même romance. DOA, comme tout bon romancier, a bien compris que ce sont les hommes qui font l’Histoire au même titre que celle-ci vient les façonner, qu’ils soient au sommet de l’État ou le nez dans, au choix, la poussière, le sang, les dossiers ou une petite montagne d’héroïne. Et si cet Afghanistan de 2008, bourbier dans lequel s’empêtrent les occidentaux tandis que les talibans gagnent du terrain, est au centre du roman, des fils se tirent, mondialisation oblige, vers le Kosovo, la France, les États-Unis, l’Iran, la Côte d’Ivoire, la Chine ou Dubaï.

Un fond de vérité, Zygmunt Miloszewski

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 01 Décembre 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Mirobole éditions

Un fond de vérité (Ziarno prawdy, 2014), trad. polonais Kamil Barbarski, 475 pages, 22 € . Ecrivain(s): Zygmunt Miloszewski Edition: Mirobole éditions

 

Ce polar, le deuxième de l’auteur qui en a écrit et publié trois à ce jour, risque de vous poser, cher lecteur, une première difficulté : comment prononcer les noms des personnages, des lieux, de l’auteur… C’est que pour la majorité d’entre nous, le polonais c’est un peu une énigme phonétique. Même une fois que c’est traduit. L’autre difficulté, c’est de comprendre une société dont on connaît mal, peu ou pas du tout l’histoire, la culture, le fonctionnement… Une fois passés en revue nos souvenirs concernant la Shoah, le ghetto de Varsovie, puis les chantiers navals de Gdansk et la figure de Lech Walesa qui inspira en son temps le cinéaste Andrzej Wajda récemment disparu (L’Homme de marbre puis L’Homme de fer). N’oublions pas non plus la figure de Jean-Paul II (Karol Jozef Wojtyla). Pays catholique, oh combien. Doté aussi d’une histoire dont les juifs ont largement fait les frais, sur fond de folklore ashkénaze et d’antisémitisme « décomplexé ». Il y a aussi cette fameuse image du plombier polonais pour achever de faire écran entre nous et ce pays de buveurs de vodka au bison.

Trop de morts au pays des merveilles, Morgan Audic

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 23 Novembre 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Rouergue

Trop de morts au pays des merveilles, avril 2016, 368 pages, 22 € . Ecrivain(s): Morgan Audic Edition: Le Rouergue

 

Pour ce premier roman, Morgan Audic nous propose un vrai roman policier, solidement construit et qui accroche rapidement pour ne nous lâcher qu’à la fin. On ne saurait s’en plaindre ! Son plus, son originalité, c’est la référence que le titre dévoile d’entrée de jeu à l’œuvre de Lewis Carroll qui sera une manière de fil conducteur dans le récit et l’écriture. Porté par cet esprit de jeu, l’auteur fait d’Alice une jeune femme mystérieusement disparue mais dont le reflet ne cesse de hanter son mari, un certain Christian Andersen, avocat et partiellement amnésique… Amnésique sur ce qui s’est passé au moment de la disparition d’Alice mais redoutablement efficace lorsqu’il s’agit de plaider, y compris les dossiers qui paraissent indéfendables.

En parallèle, voilà qu’un tueur en série, le « marionnettiste », pourtant sous les verrous, refait parler de lui car de nouvelles victimes, trop semblables aux siennes, font surface. Alice pourrait bien en être… Il n’en faut pas plus pour que la boxeuse Diane Kellerman renonce à sa préparation de championnat pour replonger dans une enquête où elle n’a pourtant rien à faire, ayant été chassée de la police pour avoir confondu intimes convictions et preuves méthodiques.

La tête de l’anglaise, Pierre d’Ovidio

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 18 Novembre 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Jigal

La tête de l’anglaise, septembre 2016, 232 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Pierre d’Ovidio Edition: Jigal

 

Dans une interview de 2013 donnée à BFMTV, le criminologue Laurent Montet expliquait que « les joggeuses ont un profil de victime que l’on considère comme désirable sexuellement ». Puis de comparer ces meurtres aux agressions de prostituées : « Dans les deux cas, nous avons des victimes féminines, isolées, et qui représentent une forme de désir sexuel. Mais la différence est que la joggeuse est en mouvement. Pour le tueur, cela suppose une traque, une chasse ».

Dans un petit village du centre de la France, la chasse on connaît. La chasse, la pêche, l’élevage des vaches laitières, la culture du maïs. Ça fait partie du quotidien du paysan, fils et petit-fils d’autres paysans qui ont remué avant lui cette terre, semé et récolté parce que l’avenir c’est de rentrer dans les bottes glaiseuses du père, se caler les fesses sur le tracteur et de continuer le même labeur sans se poser de questions.

Ce que le paysan connaît moins c’est la joggeuse, en l’occurrence dans ce trou du cul de nulle part, une anglaise soucieuse de garder la forme la soixantaine passée, venue avec son mari retaper une vieille ferme abandonnée, goûter aux charmes de la campagne française, se repaître de la bonne cuisine du terroir, tout bêtement profiter de la retraite.

Les muselés, Aro Saínz de la Maza

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 05 Novembre 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne, La rentrée littéraire, Actes Noirs (Actes Sud)

Les muselés (El àngulo muerto), septembre 2016, trad. espagnol Serge Mestre, 368 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Aro Sáinz de la Maza Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

C’est avec une impatience mal dissimulée – mais pourquoi faudrait-il la dissimuler ? – que nous découvrons cette deuxième enquête de l’inspecteur Milo Malart dans une Barcelone toujours aussi inquiétante et fascinante. Le Bourreau de Gaudí, conte noir et baroque, nous avait fait découvrir la démesure de la métropole catalane sacrifiant dévotement ses enfants aux folies architecturales, au tourisme et au profit. Roman de démesure où un véritable art du crime, une esthétique de la mort impitoyablement cruelle et vengeresse, spectaculairement mise en scène, composait des tableaux aussi magiques que cauchemardesques. Accablés de chaleur nous l’avions suivi dans l’atmosphère étouffante de l’été barcelonais. Nous voilà aujourd’hui confronté au froid et à l’humidité qui peut aussi envahir la capitale catalane, celle que les cartes postales et les touristes oublient ou préfèrent ignorer. Une ville qui est aussi une métropole portuaire où plus qu’en d’autres temps la misère, les misères, ont leur place, même si elles se dérobent aux prestigieux monuments, aux débauches architecturales et mercantiles. Misère économique qui depuis quelques années, depuis 2008 au moins, ne cesse de mettre des familles à la rue, misère des politiques plus contaminés par la corruption que par la solidarité la plus élémentaire…