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Polars

Le Lagon Noir, Arnaldur Indridason

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 07 Juillet 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Métailié

Le Lagon Noir, mars 2016, trad. islandais Eric Boury, 319 pages, 20 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

 

Voilà sans conteste un livre qui offre la garantie de passer un bon moment de lecture.

La première qualité de ce roman noir est de faire voyager le lecteur. L’action se déroule en effet dans un pays dont on parle peu, la mystérieuse et brumeuse Islande.

Son second atout est de mettre en lumière un épisode historique intéressant. L’Islande fait partie de l’OTAN. Dans ce cadre, de 1951 jusqu’en 2006, une importante base militaire américaine était installée à Keflavik, l’île étant considérée comme occupant géographiquement une position stratégique de premier plan dans le contexte de la Guerre Froide.

C’est cette base américaine qui est le lieu principal du roman.

Easy Money, David Simon

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 05 Juillet 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Inculte

Easy Money, juin 2016, trad. anglais (USA) Jérôme Schmidt, 123 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): David Simon Edition: Inculte

 

En 1985, Melvin Williams, qui domine depuis les années 1970 le trafic d’héroïne à Baltimore, est condamné à trente-quatre ans de prison. Arrêté l’année précédente, Williams a fini par tomber après une longue enquête de police menée entre autres par Ed Burns qui a mis au jour le système complexe qui présidait à ce trafic grâce à une observation attentive du réseau de Williams et à des mises sur écoute. Jeune journaliste pour la Baltimore Sun, David Simon écrit entre 1984 et 1987 toute une série d’articles sur Williams, qu’il interviewe des dizaines de fois.

C’est donc face à la genèse de la série The Wire que l’on se retrouve dans Easy Money. Noms et surnoms familiers des adeptes de la série, de Barksdale à Proposition Joe en passant par Bodie, émergent de l’enquête de Simon. On reconnaît derrière Lamont Farmer, le Stringer Bell de The Wire, on reconnaît les bippers, la façon dont la police perce le code, les montages financiers et la corruption qui l’accompagne.

Bull Mountain, Brian Panowich

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 29 Juin 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Bull Mountain, mars 2016, trad. anglais (USA) Laure Manceau, 336 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Brian Panowich Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Au Nord de la Géorgie, dans les Appalaches, le comté de McFalls vit sous la domination du clan Burroughs. Montagnards spécialisés dans la production d’alcool de contrebande, puis de cannabis et enfin de méthamphétamine, les Burroughs, grâce à leur violence et à un approvisionnement régulier en armes, ont su imposer leur loi dans la Bull Mountain qui domine la vallée. Surtout, ils ont su rester en-dessous des radars des agences fédérales, ce qui leur a permis de faire prospérer leurs trafics. C’est aussi un Burroughs, Clayton, qui occupe la fonction de shérif. Un shérif haï par sa propre famille mais qui reste toutefois prudemment à l’écart de toute velléité d’arrêter son frère, Halford, dont les explosions de violence confinent à la folie. Jusqu’au jour où Holly, un agent de l’ATF, débarque avec un marché qui met Clayton en porte-à-faux. Une situation que résume assez simplement sa femme, Kate :

« Ce que je comprends (…) c’est que tu envisages de te maquer avec les fédéraux qui ont tué un de tes frères puis d’essayer de convaincre ton autre frère, l’autoproclamé parrain des ploucs de Bull Mountain, de laisser tomber l’entreprise criminelle de toute une vie, et après, quoi ? Tu vas à la pêche ? »

Sylvia, Howard Fast

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 28 Juin 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/noir

Sylvia, janvier 2016, trad. anglais (USA) Lucile du Veyrier, 384 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Howard Fast Edition: Rivages/noir

 

Rompons une lance : un bandeau jaune du plus bel effet, signé d’un certain Hervé Le Corre, annonce : « Le premier roman noir féministe. Classique et moderne à la fois ». Pour la deuxième proposition, rien à redire ; pour la première, par contre… Certes, le personnage féminin principal de ce roman est une femme devenue forte, voire puissante, qui est parvenue à se construire un univers matériel protecteur malgré les chausse-trappes de l’existence, mais cela ne fait pas de Sylvia une œuvre féministe, une œuvre militant pour un meilleur statut de la femme en général dans la société, voire pour l’égalité homme-femme ! De surcroît, si chaque roman noir nord-américain présentant une femme forte, parfois dominante, devait être qualifié de « féministe », Chandler et Hammett entre autres deviendraient rapidement des lectures indispensables pour les Femen – et on doute que ce soit le cas. Bref, la promotion d’un roman, aussi excellent soit-il, n’excuse en rien les amalgames anachroniques et les inexactitudes lexicales.

Injection mortelle, Jim Nisbet

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Avril 2016. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/noir

Injection mortelle (Lethal Injection), janvier 2016, trad. américain Freddy Michalski, 269 pages, 8 € . Ecrivain(s): Jim Nisbet Edition: Rivages/noir

 

Les trois premiers chapitres de ce livre vont vous poursuivre longtemps. Leur noirceur, leur violence et – malgré tout – leur bouleversante humanité sont de ces moments de littérature qui entrent dans le panthéon imaginaire des lecteurs. Ils constituent aussi la matrice narrative qui va déployer les lignes de tension de tout le roman : la culpabilité, la quête de rédemption, le châtiment.

Bobby Mencken est au bloc des condamnés à mort. Il attend. C’est imminent. Le prêtre est là, qui radote. Bobby s’en fiche. Il regarde son seul ami dans sa cellule : un cafard.

« Le cafard se tenait là avec ses six bas carmins et son fuselage zébré, à jouer de ses antennes, comme s’il battait la mesure de la prière qui descendait sur lui des hauteurs des cintres, presque comme un acteur sur sa scène, où les jambes noires du prêtre seraient les tentures d’une chapelle funéraire. Matilda le cafard, petite maîtresse du temps et de l’espace, qui savait aller et venir en ces lieux à son gré, témoignage d’un idéal de survie élégante et sans effort ».