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Des phalènes pour le commissaire Ricciardi, Maurizio De Giovanni (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest 22.10.20 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Rivages/noir, Italie, Polars, Roman

Des phalènes pour le commissaire Ricciardi, Maurizio De Giovanni, octobre 2020, trad. italien, Odile Rousseau, 395 pages, 22 €

Edition: Rivages/noir

Des phalènes pour le commissaire Ricciardi, Maurizio De Giovanni (par Marie du Crest)

Maurizio De Giovanni est né en 1958 à Naples où il vit toujours et où se déroulent les enquêtes du Commissaire Ricciardi durant les années trente, marquées par le fascisme. C’est à la suite d’un concours de nouvelles, ouvert aux amateurs, que M. De Giovanni introduit son célèbre personnage et entame ainsi une série de 14 romans policiers qui lui sont consacrés, dont le dernier est paru en Italie en 2019. Il donne vie également à un autre policier : le Commissaire Lojacono.

Des phalènes pour le commissaire Ricciardi (titre français amputé de son début italien, Anime di vetro) est sorti en Italie en 2015 et vient de paraître dans sa version française. Il est en fait le dixième roman d’une série de quatorze jusqu’à présent, dont le personnage central est le tourmenté commissaire aux yeux verts, Ricciardi, vivant dans l’Italie de Mussolini. L’ensemble s’ouvre sur la « tétralogie des quatre saisons », de l’hiver à l’automne, suivi du cycle des Fêtes.

Cette vaste architecture propose aux lecteurs et lectrices d’aller de roman en roman pour retrouver certains personnages et en découvrir de nouveaux, ou de lire de manière discontinue cette ample matière littéraire.

Des phalènes pour le commissaire Ricciardi est quant à lui le roman de septembre, de ces dernières journées de douceur à Naples. Ce qui frappe dans ce roman, qui se présente comme un « Giallo », affirmant dans son titre l’importance d’un commissaire de police, c’est au contraire la mise à distance du genre même du polar. En effet Ricciardi, baron de son état, enquête sur une sorte de non-enquête à plusieurs titres. En effet, il intervient pour un meurtre (celui de l’usurier Pino) qui a donné déjà lieu, quelques mois auparavant, à des investigations et dont l’auteur a avoué (le Comte Romualdo de Roccaspina) la responsabilité. Les jeux sont faits. C’est par ailleurs à la demande de l’épouse de « l’assassin » emprisonné qu’il cherche à révéler la vérité, secondé par son fidèle brigadier, Raffaele Maione, sans en référer officiellement à la Police. Ensemble ils découvriront effectivement que Roccaspina n’a pas tué celui auprès de qui il avait contracté des dettes, mais cette résolution ne changera en rien l’ordre des choses. La criminelle ira même jusqu’à faire des événements sanglants une version romanesque, à sa façon, comme si l’enquêteur était dépossédé de son propre travail.

Les policiers dans le roman sont « doublés » par des hommes de l’ombre, des espions, des agents du pouvoir mussolinien qui surveillent leurs faits et gestes, y compris ceux de Ricciardi. Falco ne cesse de le suivre, de l’observer. Le texte de Maurizio De Giovanni reconstitue cette époque trouble en Europe, créant des personnages impliqués dans le fascisme italien et le nazisme allemand. Ainsi Livia, chanteuse lyrique, veuve du ténor préféré du Duce, tient-elle une place importante, et Manfred, rival de Ricciardi, rencontre Hitler au début de son ascension politique.

Ce qui semble essentiel pour l’auteur, c’est moins d’enquêter sur des faits criminels que de sonder le cœur des hommes et des femmes qui se déchirent, s’aiment, se séparent. Ricciardi aimé de deux femmes, épris d’une seule qu’un autre convoite… Quelque chose de presque racinien dans ce triangle amoureux. La construction du texte renvoie d’ailleurs à un double fil conducteur : en italiques, le lyrisme amoureux d’une chanson dans le prologue, deux interludes et l’épilogue, et des chapitres qui irriguent le récit principal.

Enfin le décor que plante Maurizio De Giovanni est celui de Naples, ou plutôt de ceux et celles qui y vivent dans les années trente : les aristocrates argentés et désargentés (Bianca et Romualdo de Roccaspina, le richissime duc de Marangolo), les commerçants bien installés comme le père d’Enrica, « le Cavaliere », Giulio Colombo ou Piro, gestionnaire de biens, avide, et sa famille, et ceux de la ville interlope, tel Bambinella le travesti, et les gamins délinquants des rues : les scugnizzi. Et au centre de cette société mise en scène par le romancier, un homme énigmatique qui s’éloigne de ses origines nobles du Cilento, un homme qui se refuse à l’amour, un homme qui regarde à sa fenêtre : le fascinant Ricciardi di Malomonte.


Marie Du Crest


D’autres romans de la série Commissaire Ricciardi ont été publiés chez le même éditeur.


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A propos du rédacteur

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Rédactrice

Théâtre

Marie Du Crest  Agrégée de lettres modernes et diplômée  en Philosophie. A publié dans les revues Infusion et Dissonances des textes de poésie en prose. Un de ses récits a été retenu chez un éditeur belge. Chroniqueuse littéraire ( romans) pour le magazine culturel  Zibeline dans lé région sud. Aime lire, voir le Théâtre contemporain et en parler pour La Cause Littéraire.