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Essais

Le pouvoir de l’optimisme, Christelle Crosnier (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Vendredi, 01 Février 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le pouvoir de l’optimisme, Idéo Editions, septembre 2018, 273 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Christelle Crosnier

 

Pourquoi une telle floraison de livres sur la pensée positive et le développement personnel ? Il semblerait que la recherche de son propre accomplissement soit devenue depuis quelques décennies le nouveau Graal pour survivre à une société individualiste. L’optimisme est-il une façon de se protéger des horreurs de l’extérieur ? Lorsqu’on ouvre le livre de Christelle Crosnier, on se rend compte au contraire que l’optimisme est un élan vital indispensable pour faire confiance à la vie et aux autres.

Lire des livres sur l’optimisme, comme ceux sur le bonheur, est une thérapie, un entraînement pour muscler notre persévérance. Car contrairement à la culture Instagram où l’on fait miroiter aux jeunes que l’on peut devenir une star en quelques clics, réussir passe nécessairement par une série d’échecs. Et c’est pour cette raison que nous avons besoin de la magie du pouvoir de l’optimisme. Aucune grande victoire ne s’est accomplie sans petites victoires.

Comment je suis devenu moi-même, Irvin D. Yalom (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 29 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Biographie, Albin Michel

Comment je suis devenu moi-même, août 2018, trad. anglais (USA) Françoise Adelstain, 428 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Irvin D. Yalom Edition: Albin Michel

 

Toute autobiographie est prétentieuse, d’une manière explicite ou implicite. Elle postule que la vie de qui tient la plume s’est distinguée de la vie des cent milliards d’êtres humains qui l’ont précédée ou accompagnée, de manière suffisamment nette et remarquable pour qu’elle vaille la peine d’être racontée et imprimée. C’est un peu comme si on inaugurait sa propre statue, dans un parc de sa ville natale.

Cette idée, que peu d’entreprises littéraires sont a priorimoins modestes que l’autobiographie, ressurgit en considérant un titre pareil : Comment je suis devenu moi-même. L’original anglais (Becoming myself. A Psychiatrist’s Memoir) est un ton en-dessous et a le mérite de relier l’entreprise autobiographique à ce qui fut, pour Irvin D. Yalom, l’aventure de sa vie.

Auteur de The Theory and Practice of Group Psychotherapy, un manuel de psychiatrie estimé aux États-Unis (c’est en tout cas lui qui l’affirme et il n’y a pas de raison d’en douter), Irvin D. Yalom est connu en France par ses romans, prenant pour personnages de grands philosophes du passé (Le Problème SpinozaLa Méthode SchopenhauerEt Nietzsche a pleuré).

Le noble art de la brouille, Matthias Debureaux (par Fedwa Bouzit)

Ecrit par Fedwa Ghanima Bouzit , le Mardi, 22 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Allary Editions

Le noble art de la brouille, juin 2018, 94 pages, 10 € . Ecrivain(s): Matthias Debureaux Edition: Allary Editions

 

« Une étude néerlandaise de l’université d’Utrecht a estimé la durée moyenne d’une amitié à sept ans. Mais quand l’amitié n’est plus qu’un échange de mauvais procédés, quand l’ami vous rend nerveux, ce vortex bientôt plein de bruit et de fureur ne peut plus durer. À quoi bon s’acharner à maintenir une liaison à bout de souffle sous assistance respiratoire ? À quoi bon surjouer l’amitié sicilienne quand l’ami ne fait plus vibrer les cordes de la sympathie ? ».

Tout l’objet du dernier essai de Matthias Debureaux est de nous exposer les menus stratagèmes par lesquels on peut débrancher une amitié agonisante. Bien plus qu’un manuel, Le noble art de la brouille est un éloge de la rupture. Loin d’être une tragédie, l’auteur y voit une aubaine pour rafraîchir son entourage et s’économiser des centaines d’heures de conversation sans intérêt. Pour l’auteur, une dispute dans les règles de l’art dure à l’infini, par-delà la tombe, nourrie de rancune et jalousement protégée du danger de la réconciliation.

Encore cent ans pour Melville, Claude Minière (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 18 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Encore cent ans pour Melville, juin 2018, 112 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Gallimard

 

Le cœur de ce vivifiant petit essai, qui s’attache à « revenir sans cesse, par de multiples touches, sous des angles variés, des “éclairages” », à la vie et à l’œuvre de Herman Melville, se trouve à la page 20 : « Herman Melville, écrit Claude Minière, est un Américain nourri de Shakespeare et de la Bible ».

Quid de la Bible ?

« Moby Dick est ponctué, “piqué”, du mot God autant si ce n’est plus que de celui du nom de la Baleine démoniaque, mais elle est “blanche”. Le navire est féminin (she), le monstre pourchassé est a sperm fish, l’Océan a masculine sea. Ce que dit un mot…

“C’est un livre bien méchant que je viens d’écrire et, tel l’agneau pascal, je me sens blanc comme neige”, écrivait Melville à son ami Nathaniel, le 17 novembre 1851.

L’histoire contée dans ce livre méchant (la chasse d’une baleine blanche) avale – avale et avalise – une autre histoire, la légende de Jonas.

Chers fanatiques Trois réflexions, Amos Oz (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 16 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Chers fanatiques Trois réflexions, octobre 2018, trad. hébreu Sylvie Cohen, 118 pages, 10,50 € . Ecrivain(s): Amos Oz Edition: Gallimard

 

Le nouveau livre d’Amos Oz, Chers fanatiques (dont le titre français, qui ne colle pas à l’original hébreu, évoque malencontreusement le Chers Djihadistes de Philippe Muray) est un recueil de trois articles très différents.

Le premier aborde la question du fanatisme en général et du fanatisme religieux en particulier. Tout se passe comme si une sorte de surmoi mystérieux interdisait à Amos Oz (et à nombre d’intellectuels) d’envisager le fanatisme islamique en tant que tel, dans sa spécificité, son impiété et son caractère intrinsèque (quand l’islam n’a-t-il pas été violent ?), sans lui chercher aussitôt des correspondants parfois boiteux dans la Bible hébraïque ou l’histoire de l’Église. Oz place sur le même plan des choses dissemblables, voire des phénomènes qui n’existent pas. On n’a jamais assisté, en Europe, à des pogroms prenant des « migrants » pour victimes. Les « profanations » de mosquées, quand elles se produisent, demeurent des exceptions et se limitent à des plaisanteries de bas aloi (une tranche de jambon dans la boite aux lettres). En France du moins, la décence ordinaire et des siècles de civilisation ont fait que, même après les massacres du RER, de Charlie-Hebdo, de l’Hyper-Cacher ou du Bataclan, aucun musulman n’a été molesté par esprit de vengeance.