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Essais

Cachées par la forêt, Éric Dussert (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 02 Avril 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde

Cachées par la forêt, octobre 2018, 576 pages, 22 € . Ecrivain(s): Éric Dussert Edition: La Table Ronde

 

Ce livre qui rend hommage à des écrivaines oubliées par le monde des lettres ou introuvables en librairie prend la forme d’un véritable dictionnaire chronologique de ces femmes talentueuses que de nombreuses circonstances ont « cachées » du parcours régulier, à l’ombre de grands noms ou de personnalités qui se sont mises en avant.

De Ono No Komachi (825-900) à Emma Dante (1967), l’essayiste dresse un beau bilan de noms à sauver de l’oubli même si la sentence qui clôt nombre de notices s’intitule « Aucun livre de * n’est disponible ».

Beaucoup de découvertes, et aussi plusieurs noms qui sonnent leur reconnaissance, je n’en veux pour preuves que ceux d’Inès Cagnati, de Grazia Deledda, de Marguerite Audoux, de Christiane Rochefort. Les auteures du Jour de congé ou des Petits enfants du siècle sont de nouveau éclairées et ce n’est que justice.

Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même, Maxime Rovere (par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 01 Avril 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Que faire des cons ? Pour ne pas en rester un soi-même, janvier 2019, 200 pages, 12 € . Ecrivain(s): Maxime Rovere Edition: Flammarion

 

Le sujet est si universel que l’aborder oblige à s’impliquer. Maxime Rovere prend la question avec les faits. Chacun est le con de quelqu’un – a minima. Faut faire avec. Mais comment s’en sortir sans juger ? Le philosophe sonde les rapports pas les personnes. Le philosophe marche dans les pas des géants. Spinoza-Nietzsche-Deleuze. Une trinité très concrète.

Maxime Rovere, authentique Guéroult-Goldschmidt de Spinoza, après nous avoir éblouis avec Le Clan Spinoza et transmis un Spinoza en situation, porte ici notre attention sur la connerie.

On est attiré par le sous-titre en italiques. Un bréviaire, un manuel de casuiste, pour m’éviter d’être trop con, de passer un tout petit peu moins pour un gros con ou un petit con. Une nécessité vitale : aurais-je des chances – après avoir goûté la thériaque roverienne – d’aller mieux ? C’est pas gagné. C’est pas la faute au philosophe mais bien plutôt au critique crasse qui s’auto-victimise connement.

Pouvoirs de l’imposture, Maxime Decout (par Olivia Hadori)

Ecrit par Olivia Hadori , le Jeudi, 28 Mars 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Pouvoirs de l’imposture, octobre 2018, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Maxime Decout Edition: Les éditions de Minuit

 

Avec Pouvoirs de l’imposture, Maxime Decout publie, après En toute mauvaise foi (Minuit, 2015) et Qui a peur de l’imitation ? (Minuit, 2017), le troisième volume d’une trilogie consacrée au resquillage littéraire. Le sujet est plus que jamais d’actualité : le complotisme, les fake news et l’ère de la contre-vérité sont des composantes majeures de notre société. L’essayiste nous invite pourtant à nous en détourner un instant pour considérer l’imposture à la lumière de la littérature. Ce recul n’a rien d’un congé donné à notre présent : il permet d’envisager autrement cette attitude que tout nous invite à dévaloriser. Maxime Decout rappelle ainsi que, très tôt, la littérature a été séduite par les imposteurs, au premier rang desquels Ulysse, capables de changer d’identité comme on change de veste. Elle ne les a pas couverts d’opprobre mais, au contraire, a reconnu en eux une puissance inégalée pour devenir autre et ne jamais se satisfaire de soi.

Histoire de moi-même, Henry David Thoreau (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 26 Mars 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Le Passeur, Cette semaine

Histoire de moi-même, trad. américain Thierry Gillybœuf, 216 pages, 18 € . Ecrivain(s): Henry David Thoreau Edition: Le Passeur

 

Le texte inédit de l’auteur du célèbre Walden, préfacé par un expert de son œuvre, qui a presque tout édité, History of Myself, « tout sauf un brouillon de Walden » selon Gillybœuf, nous plonge dans les années 1845-1847, quand Thoreau, la trentaine sonnant, poète, philosophe, pense, dès l’automne 1844, s’installer dans une cabane au fin fond des bois de Walden Pond. Vertu de ce genre d’ouvrage où la nature et l’homme recueillent de conserve des dons d’émerveillement, distiller au lecteur une dose suffisante d’éveil lucide sur soi et le monde.

Le texte propose tout à la fois un essai sur les valeurs nouvelles promises par le poète et décrites au plus près de la réalité entreprise, un témoignage de premier ordre sur l’analyse des rapports de soi au monde, aux autres, à la culture au sens le plus fondateur, celui qui aime « cultiver l’instant présent » avec son âme de « reporter » du réel, relate son ordinaire – leçon de nature et de solitude éprouvée, volontaire, à l’abri des assauts du monde extérieur, de son  village, Concord.

Réflexions sur la tragédie grecque, Jacqueline de Romilly (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 20 Mars 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de Fallois

Réflexions sur la tragédie grecque, novembre 2018, 310 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jacqueline de Romilly

Les études de Jacqueline de Romilly rassemblées dans ce volume ont été écrites et publiées sur plus de trente ans. Elles portent sur les spécificités du genre tragique des pièces créées par Eschyle, Sophocle et Euripide dans l’Athènes du Ve siècle avant notre ère. La tragédie grecque est en effet intimement liée à la démocratie athénienne. Mythe et tragédie, tragédie et pathétique, telles sont les deux thématiques essentielles soulevées dans deux des plus brillantes études de l’une des hellénistes les plus inspirées de notre temps, qui a nourri des générations d’enseignants, d’étudiants et d’écrivains comme Marguerite Yourcenar.

Jaqueline de Romilly s’intéresse à la transposition des mythes antiques chez les trois auteurs dramatiques. A l’inverse de l’épopée, la tragédie porte sur l’homme plutôt que sur le héros. Les mythes choisis concernent la famille – famille de demi-dieux ou famille de rois (Atrides ou Labdacides) –, le couple matrimonial ou parental, les enfants et la filiation, les ascendants et descendants, la lignée. En particulier, Jacqueline de Romilly s’attache à établir les points de convergence et de divergence entre la trilogie d’Eschyle, L’Orestie, et plus particulièrement entre Les Choéphores, qui relate le retour d’Oreste, venu venger son père Agamemnon en tuant sa mère Clytemnestre et son amant Egisthe, et les Electre de Sophocle et d’Euripide, qui relèvent du même sujet.