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Essais

Le Clan Spinoza. Amsterdam, 1677. L’invention de la liberté, Maxime Rovere (2ème critique)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 10 Janvier 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion, En Vitrine

Le Clan Spinoza. Amsterdam, 1677. L’invention de la liberté, septembre 2017, 562 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Maxime Rovere Edition: Flammarion

 

« At nihilominus sentimus, experimurque, nos aeternos esse » (« nous sentons néanmoins et nous savons par expérience que nous sommes éternels »). Quel homme a pu écrire une phrase pareille et, ensuite, aller dormir, manger ou fumer une pipe ? Car Spinoza n’a pas utilisé credimus, « nous croyons » : la première secte religieuse venue ne propose pas moins que l’immortalité future à ses adhérents. Il a écrit « nous sentons » et « nous expérimentons », deux modalités bien précises de la connaissance. Il existe un mystère de Spinoza, analogue au mystère de Shakespeare. Quiconque a pratiqué ses livres a senti que les perspectives ouvertes par son œuvre excèdent la biographie du personnage, les quarante-cinq années qu’il vécut sur terre. Que Kant, qui posa des limites au savoir humain, bannit l’aventure métaphysique du champ des sciences, sépara ce qui était possible d’être connu et ce qui ne l’était pas, fut également le philosophe qui mena la vie la moins intéressante, répond à une congruité logique.

Traité des gestes, Charles Dantzig

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 08 Janvier 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Traité des gestes, octobre 2017, 416 pages, 22 € . Ecrivain(s): Charles Dantzig Edition: Grasset

 

L’encyclopédie de nos gestes


Quand on y pense sommairement, on se dit que nos gestes expriment notre banale apparence, notre surface corporelle si superficielle, bref ce à quoi on ne prête guère d’attention, ou si peu. En revanche, avec le dernier livre de Charles Dantzig, Traité des gestes, on découvre toute la richesse, la diversité et la profondeur humaine de nos gestes. On se laisse guider en suivant l’auteur dans cette sorte d’encyclopédie raisonnée ou de dictionnaire imaginatif où il y a du romanesque, de la poésie et du journal intime. De quoi laisser songeur et ébahi parfois !

Ecrit dans le noir, Essais sur la littérature, Michel Schneider

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Mardi, 19 Décembre 2017. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Buchet-Chastel

Ecrit dans le noir, Essais sur la littérature, septembre 2017, 348 pages, 22 € . Ecrivain(s): Michel Schneider Edition: Buchet-Chastel

 

Lire Michel Schneider c’est d’emblée entrer dans les arcanes du langage et la réflexion sur la littérature et les écrivains. Depuis Voleur de mots qui m’avait déjà subjuguée, il y a une vingtaine d’années, c’est toujours avec délectation que j’approche un nouveau livre de Schneider. Mêlant littérature et psychanalyse, chacun de ses essais est une plongée au cœur de la chose littéraire, ses affres et ses tourments, à lui comme à tant d’écrivains qu’il convoque dans ces essais et ailleurs.

Ecrit dans le noir s’ouvre sur une dédicace à Jean Starobinsky et se clôt sur un essai dédié à celui qu’il admire et qui, dit-il, lui a appris à apprendre. Vibrant hommage pour signifier la redevance et l’amitié. L’ouvrage compte treize essais tous passionnants, consacrés plus ou moins, ensemble et en particulier à Henry James, F. Kafka, Elias Canetti, Musil, Flaubert, Baudelaire, Melville, Colette, Platon, Malraux, Châteaubriant, V. Hugo et Starobinsky.

Rien de trop, éloge du haïku, Antoine Arsan

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 18 Décembre 2017. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gallimard

Rien de trop, éloge du haïku, 2017, 11 € . Ecrivain(s): Antoine Arsan Edition: Gallimard

 

À la suite de l’indispensable Fourmis sans ombre, le livre du haïku, anthologie-promenade de Maurice Coyaud (Phébus, 1978), Antoine Arsan dirige notre regard vers le haïku, en essayant (il s’agit de tracer une voie directe) de gommer toute espèce d’intermédiaire qui serait, en définitive, futile bavardage, rappelant la façon qu’a cette forme poétique d’être accessible « à tous, sans initiation ni propédeutique ». Pour autant, si le haïku parle « au cœur sans intermédiaire obligé », si son essence « est profondément populaire », il atteint « dans l’expression une délicatesse, une élégance, un raffinement qui relèvent d’une forme inédite d’aristocratie ».

Mais un haïku, qu’est-ce exactement ?

« Forme poétique proprement japonaise, le haïku est la version ramassée en dix-sept syllabes d’un poème qui en comportait à l’origine trente et une – expression plus déliée que celle de la poésie officielle, longtemps inspirée du modèle chinois. Cette version courte s’est imposée à l’usage, tant par sa légèreté […] que par sa difficulté, beaucoup plus stimulante. […] [N]i élégiaque, ni lyrique, le haïku s’attache à saisir l’instant dans ce qu’il a d’insaisissable. Il se nourrit pour l’essentiel de la nature et du quotidien de la vie, dans une approche qui peut dissimuler une délicate subjectivité ».

Journées perdues, Frédéric Schiffter

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 13 Décembre 2017. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Séguier

Journées perdues, octobre 2017, 200 pages, 21 € . Ecrivain(s): Frédéric Schiffter Edition: Editions Séguier

 

Les vertus de l’ennui

Penseur mélancolique, écrivain, philosophe surfeur cultivant dandysme et détachement du monde (mais ne l’appelez pas philosophe, il déteste ça), Frédéric Schiffter s’est notamment fait remarquer pour sa Philosophie sentimentale (Flammarion, Prix Décembre 2010) et son émouvant On ne meurt pas de chagrin (Flammarion, prix Rive Gauche 2016). Lorsque Jean Le Gall, directeur des éditions Séguier, lui proposa lors d’une après-midi d’août 2016 d’écrire sur « l’art de s’ennuyer à Biarritz », le livre était déjà presque terminé… En effet, quoi de mieux pour évoquer son ennui que de « rendre compte de [s]es journées vouées à regarder le temps passer », c’est-à-dire de donner à lire les pages de son journal intime ? Rien… Ces Journées perdues se présentent ainsi comme les notes tenues par l’auteur du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016.