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Essais

La Fin de l’amour, Enquête sur un désarroi contemporain, Eva Illouz (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 07 Février 2022. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Points, En Vitrine, Cette semaine

La Fin de l’amour, Enquête sur un désarroi contemporain, Eva Illouz, septembre 2021, trad. anglais, Sophie Renaut, 544 pages, 11,80 € Edition: Points

 

 

Durant des siècles, l’art n’a cessé de célébrer l’amour, sa naissance, ses tourments, ses joies, voire son éternité. D’innombrables œuvres incitent ainsi à croire en l’amour, à désirer le vivre et, surtout, le partager, comme faisant partie de notre humaine condition. À ceci près qu’elles semblent quelque peu déplacées à l’époque moderne, voire en totale et douloureuse contradiction avec elle : quiconque, et peut-être est-ce le cas d’Emma Bovary en premier, confronte ses rêves à la réalité sentimentale moderne essuie une déconvenue cuisante, douloureuse – et déjà en 1956, Erich Fromm, un psychanalyste, constatait que L’Art d’aimer semblait en contradiction avec la modernité.

La Nuit comme le jour est lumière, François Huguenin (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 27 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie

La Nuit comme le jour est lumière, François Huguenin, Les éditons du Cerf, janvier 2022, 176 pages, 18 €

 

« Green m’a révélé la violence des sentiments qui campaient en moi et auxquels je ne comprenais rien. Il m’a parlé du silence de Dieu en mettant en lumière un désir inassouvi et que je ne savais nommer.

Green m’a sauvé ».

Il faut toujours prendre au sérieux les noms que donnent les écrivains à leurs livres, La Nuit comme le jour est lumière en est l’exemple parfait. Il donne la note à laquelle va s’accorder le livre, comme le fait un chef de chœur. Les romans et les Journaux de Julien Green sont des pièces musicales (1) qui se répondent, sombres ou lumineuses, souvent tremblantes, certaines brillent plus que d’autres par leur force littéraire, mais toutes révèlent les tourments et les inspirations de l’écrivain qui s’attache toujours à la langue française, sa langue, celle de ses confessions et de sa consécration à l’Académie française.

Le Thé se boit sans sucre, Marie Hourtoule (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 25 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Thé se boit sans sucre, Marie Hourtoule, éditions Douro, juin 2021, 380 pages, 21,50 €


Ce livre de la journaliste spécialisée en politique étrangère, Marie Hourtoule, propose un véritable art de vivre et ce, dès ces citations en exergue invitant le lecteur à la table d’un festin raffiné en parfums et plaisirs tout en saveurs. Le sous-titre, Chroniques d’un monde épicurien, est explicite et annonce à point les mets en mots qui attendent les lecteurs.

Marie Hourtoule, en convive du monde, curieuse de rencontres offertes par ses voyages et dégustatrice de conversations autour de la table à l’occasion de ses déplacements en tant que journaliste (« Il ne faut pas tant regarder ce que l’on mange que celui avec lequel on mange », affirmait Epicure), nous régale de réflexions sur notre temps, d’anecdotes croustillantes, nous convie à partager des vies aussi multiples que multicolores, ravivées par le partage de l’art culinaire dont l’anthropologue et ethnologue français Claude Lévi-Strauss disait qu’il symbolisait un vecteur de communication, révélateur de la structure d’une société.

La Fabrique de la France, 20 ans d’archéologie préventive, Dominique Garcia (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 24 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

La Fabrique de la France, 20 ans d’archéologie préventive, Dominique Garcia (dir.), Flammarion/Inrap, octobre 2021, 320 pages, 29 € Edition: Flammarion

 

Créé en 2001, l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) a pour objectif de mettre au jour les trésors enfouis dans le sol français (cela se fait aussi à l’échelle européenne) avant que de quelconques travaux d’aménagement (voirie, construction, etc.) les endommagent voire les fassent disparaître tout à fait. Partout où le sol est creusé, la question se pose de savoir ce qu’il contient relatif à l’histoire de l’humanité, et ce que ce contenu peut aussi dire sur notre présent – étudier la façon dont le sol a été exploité à d’autres périodes permet ainsi d’envisager la façon dont il pourrait l’être à l’avenir, dans la perspective d’une meilleure gestion écologique.

Le présent ouvrage, placé sous la direction du président de l’Inrap, Dominique Garcia, est à la fois un bilan de vingt années de fouilles préventives, une histoire épisodique de l’occupation du sol français, de la préhistoire à la Seconde Guerre mondiale, mais aussi une présentation à destination du néophyte des méthodes et enjeux de l’archéologie au XXIe siècle (qui s’est diversifiée au contact de domaines scientifiques tels que la botanique ou la biologie).

La Vie derrière soi, Fins de la littérature, Antoine Compagnon (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 24 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions des Equateurs

La Vie derrière soi, Fins de la littérature, septembre 2021, 382 pages, 23 € . Ecrivain(s): Antoine Compagnon Edition: Editions des Equateurs

 

Toute vie se termine un jour, la nôtre, aussi bien que celle de Mozart ou de Thersite. L’évidence et la prévisibilité absolues de cette fin ne la rendent pas moins inquiétante (les seules questions, pour nous qui vivons encore et en dehors d’une décision délibérée, étant celles du lieu, du moment et de la manière).

Même si l’exercice est vain, on ne peut s’interdire de se demander ce que Mozart eût encore donné au monde s’il n’était pas mort à trente-cinq ans (et de quoi meurt-on à cet âge-là ?). Une réponse possible consisterait à dire qu’il aurait achevé son Requiem, mais aurait-il pu écrire quelque chose de plus grand (interrogation corollaire : peut-il exister quelque chose de plus grand ?) ?

La question se pose également pour les créateurs qui, à l’inverse de Mozart, reçurent la grâce d’une longue vie et parfois même celle de l’Uralter, l’âge au-delà de la vieillesse (Fontenelle, Jünger) : que valent les œuvres écrites en l’hiver d’une existence ?