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Essais

Encore cent ans pour Melville, Claude Minière (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 18 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Cette semaine

Encore cent ans pour Melville, juin 2018, 112 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): Claude Minière Edition: Gallimard

 

Le cœur de ce vivifiant petit essai, qui s’attache à « revenir sans cesse, par de multiples touches, sous des angles variés, des “éclairages” », à la vie et à l’œuvre de Herman Melville, se trouve à la page 20 : « Herman Melville, écrit Claude Minière, est un Américain nourri de Shakespeare et de la Bible ».

Quid de la Bible ?

« Moby Dick est ponctué, “piqué”, du mot God autant si ce n’est plus que de celui du nom de la Baleine démoniaque, mais elle est “blanche”. Le navire est féminin (she), le monstre pourchassé est a sperm fish, l’Océan a masculine sea. Ce que dit un mot…

“C’est un livre bien méchant que je viens d’écrire et, tel l’agneau pascal, je me sens blanc comme neige”, écrivait Melville à son ami Nathaniel, le 17 novembre 1851.

L’histoire contée dans ce livre méchant (la chasse d’une baleine blanche) avale – avale et avalise – une autre histoire, la légende de Jonas.

Chers fanatiques Trois réflexions, Amos Oz (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 16 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Cette semaine

Chers fanatiques Trois réflexions, octobre 2018, trad. hébreu Sylvie Cohen, 118 pages, 10,50 € . Ecrivain(s): Amos Oz Edition: Gallimard

 

Le nouveau livre d’Amos Oz, Chers fanatiques (dont le titre français, qui ne colle pas à l’original hébreu, évoque malencontreusement le Chers Djihadistes de Philippe Muray) est un recueil de trois articles très différents.

Le premier aborde la question du fanatisme en général et du fanatisme religieux en particulier. Tout se passe comme si une sorte de surmoi mystérieux interdisait à Amos Oz (et à nombre d’intellectuels) d’envisager le fanatisme islamique en tant que tel, dans sa spécificité, son impiété et son caractère intrinsèque (quand l’islam n’a-t-il pas été violent ?), sans lui chercher aussitôt des correspondants parfois boiteux dans la Bible hébraïque ou l’histoire de l’Église. Oz place sur le même plan des choses dissemblables, voire des phénomènes qui n’existent pas. On n’a jamais assisté, en Europe, à des pogroms prenant des « migrants » pour victimes. Les « profanations » de mosquées, quand elles se produisent, demeurent des exceptions et se limitent à des plaisanteries de bas aloi (une tranche de jambon dans la boite aux lettres). En France du moins, la décence ordinaire et des siècles de civilisation ont fait que, même après les massacres du RER, de Charlie-Hebdo, de l’Hyper-Cacher ou du Bataclan, aucun musulman n’a été molesté par esprit de vengeance.

Lieux exemplaires, Flora Bonfanti (par Frédéric Aribit)

Ecrit par Frédéric Aribit , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Lieux exemplaires, Editions Unes, septembre 2018, 75 pages, 16 € . Ecrivain(s): Flora Bonfanti

 

« Formuler une phrase, c’est allumer des torches, distribuer le feu en torches ».

Flora Bonfanti sait bien le feu qui n’en finit pas de couver dans les phrases. À mi-chemin entre l’étincelle de l’articulation originelle, et l’incendie qui embraserait tout le langage, il y a le rougeoiement des braises où naissent les premières flammes. Braises : celles de son Brésil d’origine sans doute, et de toutes ces langues qui parlent en elle comme autant de torches vives.

Les Lieux exemplaires qu’elle vient de publier se partagent en deux espaces distincts, deux textes exigeants qui interrogent pareillement poésie et philosophie ab initio, depuis ce moment où nommer le monde, c’est le faire advenir, et faire advenir en même temps un autre jeu d’équivalences qui renouvelle notre regard. Ceci est ou n’est pas cela : être, c’est toujours attribuer. D’où cette dimension fortement attributive de l’écriture de Flora Bonfanti, où s’ouvre la grammaire des possibles.

La vérité sur « Dix petits nègres », Pierre Bayard (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mercredi, 09 Janvier 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions de Minuit

La vérité sur « Dix petits nègres », janvier 2019, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

 

Un héros sans peur mais non sans reproche

Transformant la perspective qui accorde au seul auteur, lecteur ou critique le droit de parler des personnages, ici celui qui a commis le crime des Dix petits nègres d’Agathe Christie prend la parole.

Et ce pour une raison majeure : la romancière s’est trompée. Or, le personnage n’est pas de ceux qui veulent rester impunis. Il propose donc une enquête de l’enquête bâclée. Le criminel donne son avis « insoupçonnable » sur le texte dont il est objet. Tandis que tant le suspect se défile, à l’inverse celui-ci (ou celle-là) s’assume.

Ce livre de critique aussi ironique et surprenant se transforme comme le dit l’auteur en « roman policier ». Il se déroule en quatre temps : EnquêteContre-enquêteAveuglement, et Désaveuglement. Et le narrateur avant de quitter le livre donne son juste avis sur la victime, le meurtre et l’assassin (à savoir lui-même) en découvrant les nombreuses erreurs d’Agatha Christie, ses biais cognitifs et ses illusions d’optique.

Manifeste Incertain 7, Emily Dickinson, Marina Tsvetaieva, L’immense poésie, Frédéric Pajak (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 21 Décembre 2018. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Editions Noir sur Blanc

Manifeste Incertain 7, Emily Dickinson, Marina Tsvetaieva, L’immense poésie, octobre 2018, 320 pages, 23 € . Ecrivain(s): Frédéric Pajak Edition: Editions Noir sur Blanc

 

« Emily Dickinson, Marina Tsvetaieva : qu’ont-elles en commun ? L’une est d’Amérique, l’autre de Russie. Celle-là appartient au XIXe siècle, celle-ci à la première moitié du XXe. Toutes deux n’ont jamais douté de leur art, malgré leur isolement, la censure ou l’indifférence ».

 

« Certains vont le dimanche à l’église

Et moi – je reste à la maison

Avec un merle pour choriste

Et pour voûte un verger », Emily Dickinson