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Essais

La Déroute des idées, Appel à la résistance, Philippe-Joseph Salazar (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 18 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

La Déroute des idées, Appel à la résistance, Philippe-Joseph Salazar, Piranha Editions, octobre 2021, 252 pages, 18 €

 

 

La rhétorique ? Un mot très ancien pour désigner une chose plus ancienne encore. Selon d’aucuns, le mot et la chose sentent le renfermé, le moisi, la naphtaline, la toge mitée, les estrades vermoulues, les péroraisons prévisibles d’avocat commis d’office ou de sous-préfet d’arrondissement aux comices agricoles, les effets de manche, les figures de style aux noms qu’on imagine échappés des pages d’un dictionnaire médical (chleuasme, épanorthose, tapinose, etc.).

Et s’il s’agissait d’autre chose ?

Les mythes fondateurs de l’antisémitisme de l'Antiquité à nos jours, Carol Iancu (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 14 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Les mythes fondateurs de l’antisémitisme de l'Antiquité à nos jours, Carol Lancu, Editions Privat – 2003 – 23 euros

Ambitieux, et certains de s'interroger : un peu prétentieux, le sujet ? Mais l'auteur est professeur titré et compétent en histoire contemporaine à l'université, directeur de l'école des hautes études du judaïsme. C'est donc pour un sujet pareil – himalayen – l'homme qu'il fallait, capable de présenter à un public multiple et pas forcément historien, avec clarté, ce qu'il faut connaître du phénomène empoisonnant le monde depuis la nuit des temps. Ce livre dense, remarquablement synthétique, organisé à la façon d'un cours passionnant, avec ses repères faciles à consulter, est une boîte à outils se lisant quasi comme un roman.

Si, d'accord en cela avec Jules Isaac, il n'y eut pas « d'antisémitisme éternel », Il y eut un antijudaïsme païen très tôt dans l'Antiquité ; les Egyptiens regrettaient des coutumes par trop différentes, et pensaient les juifs « descendants de lépreux » ; il y avait déjà une diaspora, et l'allusion au « meurtre rituel » est chez Démocrite, tandis que l'antijudaïsme fort présent à Alexandrie, est de là, passé dans le monde romain – Tacite, par exemple. Globalement, on perçoit partout l'étrangeté ressentie par les religions polythéistes face au monothéisme.

Dans les braises d’Hervé Guibert, Maxime Dalle (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 06 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Dans les braises d’Hervé Guibert, Maxime Dalle, éditions Louison, octobre 2021, 144 pages, 19 €

 

A la mémoire de Conrad Detrez et David Wojnarowicz

 

A quoi reconnaît-on un auteur important ? A la place qu’il occupe en son siècle, moins comme témoin que comme voix, petite musique, grincement, conscience malheureuse parfois ? A son monde, que l’on identifie en quelques lignes ? A sa langue et à son influence ? Aux pages insignifiantes qu’il s’est gardé de publier ? Hervé Guibert, mort du SIDA le 27 décembre 1991 à trente-six ans, fut un auteur important. Quiconque a eu vingt ans vers 1985, ayant ou non partagé ses préférences sensuelles, ayant été touché ou non, de près ou de loin, par la pandémie, ne peut être resté indifférent à ses livres et à sa trajectoire, exemplairement lumineuse et douloureuse.

A quoi reconnaît-on un livre important sur un auteur important ? A la manière dont il vous happe ; aux perspectives qu’il découvre. L’essai biographique de Maxime Dalle, Dans les braises d’Hervé Guibert, est un livre important.

La Troisième Main, Des techniques matérielles aux technologies intellectuelles, Michel Guérin (par Pierre Windecker)

Ecrit par Pierre Windecker , le Mercredi, 05 Janvier 2022. , dans Essais, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Actes Sud

La Troisième Main, Des techniques matérielles aux technologies intellectuelles, Michel Guérin, Actes-Sud, octobre 2021, 224 pages, 23 €

Disons-le tout de suite. A mesure qu’on avance dans la lecture de La Troisième Main, un sentiment s’installe et gagne peu à peu la force de l’évidence : voilà un livre qui fraye un chemin qui n’est pas encore relevé sur les cartes de l’anthropologie. Il ouvre dans l’enquête sur l’humain un nouvel espace de compréhension et de recherche, qui permet de se repérer tout autrement dans la traversée de champs qui ont été déjà parcourus longuement et en tous sens, parce qu’ils contiennent les enjeux les plus critiques du développement humain : le devenir historique du travail et de la technique, celui de l’écriture – depuis celle des langues dites « naturelles » jusqu’à celle des codes cybernétiques –, celui de l’économie productive et de l’antagonisme social qui ne manque jamais de l’accompagner.

Mais un chemin nouveau n’est pas un chemin surgi de nulle part : il suppose au contraire de solides camps de base à l’arrière. Il y en a ici de deux sortes, ceux que Michel Guérin a dressés lui-même dans des travaux antérieurs, notamment dans Philosophie du Geste, et ceux qui ont été édifiés et laissés en héritage dans le champ de l’anthropologie par d’autres chercheurs, parmi lesquels une place à part doit être réservée au préhistorien André Leroi-Gourhan.

Portraits de pessimistes, De Shakespeare à Schopenhauer, Paul-Armand Challemel-Lacour (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Jeudi, 09 Décembre 2021. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Portraits de pessimistes, De Shakespeare à Schopenhauer, Paul-Armand Challemel-Lacour, Editions des Instants, octobre 2021, 168 pages, 15 €

 

Une joviale lucidité.

La fréquentation des pessimistes avec leur âpre lucidité entraîne-t-elle immanquablement l’affliction, le désespoir ou un sentiment de déréliction ? On pourrait le croire. Mais étrangement, on tire de leur lecture quelque chose de revigorant. C’est comme toucher du pied le fond d’une eau noire et profonde et d’un coup de talon rebondir et resurgir vers la surface. Il est bon quelquefois de ruminer des idées sombres pour mieux s’en défaire, de ronger la corde de la mélancolie et de se tourmenter avec de douloureuses interrogations sur la difficulté d’être pour retrouver ensuite plus fortement le goût de vivre et le désir de la lutte. Chez les pessimistes, comme l’écrit Nietzsche dans ses Considérations inactuelles, on éprouve « une joviale lucidité » qui a le don de rendre serein. Une sorte de bonne santé qui naît au contact des miasmes des pensées amères et maussades C’est ce que l’on ressent en lisant le livre de Challemel-Lacour, Portraits de pessimistes, de Shakespeare à Schopenhauer, publié aux Editions des Instants.