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Essais

Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 26 Août 2026. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Cette semaine

Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles, Éditions Frémeaux & Associés, 240 pages, parution février 2026, 19,50 euros.

 

Écrire sur la musique rock, malgré ce qu’en disait Frank Zappa, ce n’est pas seulement pour Gilles Riberolles relater des rencontres avec les musiciens, c’est donner à lire ce que cette musique contenait de révolte, d’appel à la liberté, à la vie en somme pour une génération qui se sera ingéniée à abattre les normes d’une société trop rigide, campée sur des principes à dépasser. De Iggy Pop à James Brown, en passant par Bowie ou les Stones, Gilles Riberolles nous montre « combien l’esthétique peut être puissance de vie et d’émancipation », parce qu’il s’agit bien d’esthétique, née d’une volonté farouche de vivre plus près de soi et des autres, d’être en communion avec le vivant pour le sublimer

Ainsi l’auteur narre-t-il sa rencontre avec Frank Zappa, et chez ce musicien atypique, la volonté d’une esthétique est franchement affirmée, tant sa musique était pensée, élaborée, tout en laissant le champ livre à l’improvisation, et la recherche pour ce musicien n’était pas un vain mot. « Zappa n’était pas un juke-box, il était un laboratoire. » Gilles Riberolles rappelle que Zappa n’était pas seulement musicien, (il aura sorti plus de soixante albums) puisqu’il « a réalisé plusieurs films dont le célèbre 200 motels. Il aura moqué l’Amérique réactionnaire et fait tomber des barrières. A sa manière unique il aura émancipé les esprits et enrichi la musique ». Il faut compter parmi ses fans un certain Vaclav Havel qui a invité le musicien à Prague en 1990.

Dictionnaire critique des contes, Jean-Loïc Le Quellec (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 30 Juin 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Dictionnaire critique des contes, Jean-Loïc Le Quellec (Dir.), CNRS Éditions, 1092 pages, 45 €

 

On connaît de Jean-Loïc Le Quellec deux précieux ouvrages relatifs à la mythologie, l’indispensable Dictionnaire critique de la mythologie et le précieux Avant nous le déluge ! – en guise de compléments, on peut s’offrir les ouvrages de son élève Julien D’Huy, et on est paré pour une vision sérieuse, scientifique dirais-je, de ce qu’est un mythe et des principaux motifs mythologiques à travers la planète au fil des millénaires. C’est la même vision d’ordre scientifique qui est proposée dans le présent Dictionnaire critique des contes, publié lui aussi sous la direction de Le Quellec. Tant mieux, car en une époque où tout se confond et où, surtout, le conte est à la mode au travers d’activités sporadiques voire de festivals mais parfois pour des résultats plus sympathiques (hem…) que réellement intéressants, il peut être de bon ton de se mettre d’accord sur les termes employés afin de mieux se comprendre – on célébrera ainsi, parmi d’autres, l’article « Conte populaire / Conte littéraire », qui permet de clarifier une différence élémentaire en apparence.

Antonin Artaud, le visionnaire hurlant, Laurent Vignat (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 22 Juin 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Antonin Artaud, le visionnaire hurlant, Laurent VIGNAT, éditions du Jasmin . Ecrivain(s): Antonin Artaud

 

"Comète colérique", Antonin Artaud demeure cet astre en combustion perpétuelle dont les fragments irradiants traversent encore notre présent culturel, philosophique et politique. Avec Antonin Artaud : le visionnaire hurlant, Laurent Vignat signe bien davantage qu’une biographie : il compose le roman halluciné d’une existence impossible à circonscrire.

L’entreprise relevait pourtant d’un paradoxe presque insurmontable. Comment raconter celui dont Jacques Prevel disait qu’on ne pouvait même « imaginer qui il était » ? Comment approcher un homme qui écrivait : « Moi, Antonin Artaud, je suis mon fils, mon père, ma mère, et moi » ? Là réside précisément la force du livre de Laurent Vignat : ne jamais prétendre enfermer Artaud dans une vérité biographique définitive, mais épouser au contraire les lignes de fracture, les convulsions, les métamorphoses incessantes de cet être réfractaire à toute assignation.

La Société ouverte et ses ennemis, Karl Popper (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Juin 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les Belles Lettres

La Société ouverte et ses ennemis, Karl Popper, avant-propos, traduction et annotation par Didier Delsart, préface d’Alain Boyer, Paris, Les Belles-Lettres, 2025, 830 pages, 55 €. . Ecrivain(s): Karl Popper Edition: Les Belles Lettres


Il fallut trente-quatre ans au livre qui s’intitulait initialement Les Faux Prophètes : Platon, Hegel, Marx et qui parut sous le titre de La Société ouverte et ses ennemis pour être traduit en français. On a connu pire délai, mais également mieux (il s’était écoulé à peine huit ans entre la publication du magnum opus d’Ernst Robert Curtius et sa traduction aux Presses Universitaires de France, alors qu’il s’agissait d’un volume beaucoup plus compliqué quant à sa forme, ne serait-ce que parce qu’il contenait des citations en près de dix langues). La version française fut entreprise à l’initiative de Jacques Monod, qui la confia à son propre frère, Philippe (1900-1992), avec l’aide de Jacqueline Bernard. Popper dédia l’édition française à son ami, Prix Nobel de biologie, disparu en 1976. L’entreprise, parue aux Éditions du Seuil, possédait donc une charge affective considérable et Popper avait d’ailleurs rédigé une préface spéciale pour présenter son œuvre aux lecteurs francophones.

Du stade aux barricades, Nikol Dziub (par Pierre-Louis Rey)

Ecrit par Pierre-Louis Rey , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Du stade aux barricades, Nikol Dziub, Médiapop Éditions, « Le Club des écrivains », 2026, 64 p., 9 euros.


Le quinzième livre de la collection du « Club des écrivains » est le premier à être consacré à un club de football étranger, mais pas étranger comme les autres puisqu’il s’agit du Dynamo Kyïv. Une explosion de patriotisme salua la victoire de Saint-Étienne contre le Dynamo en quart de finale de la Coupe d’Europe des clubs, en 1976. On aurait mauvaise conscience, aujourd’hui, à faire valoir trop haut son patriotisme aux dépens d’un pays qui lutte pour son indépendance et sa liberté. Les combats des Ukrainiens, y compris ceux de l’équipe nationale de football ou de leurs clubs, sont devenus un peu les nôtres. S’il est vrai que le Dynamo était un club soviétique, Nikol Dziub nous apprend que les matchs qu’il disputait (les clubs estoniens ou géorgiens, aussi bien) contre le Torpedo ou le Spartak de Moscou étaient déjà des actes d’opposition à la puissance de la Russie. Des bagarres éclataient-elles dans les tribunes, les dirigeants russes avaient beau jeu de dénoncer le hooliganisme comme un symptôme de la décadence de l’Occident. « Le football, c’est la guerre poursuivie par d’autres moyens », disait Pierre Bourgeade (titre de son livre paru chez Gallimard en 1981).