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Essais

Soudain un bloc d’abîme, Sade, Annie Le Brun (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 15 Octobre 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

Soudain un bloc d’abîme, Sade, Annie Le Brun, Gallimard, coll. « Folio essais » (réédition), 2014, 352 pages, 10 euros Edition: Folio (Gallimard)


Soudain un bloc d’abîme, Sade est un livre magnifique. Et un livre déjà scandaleux à sa parution en 1985 puisque Annie Le Brun s’y propose non d’édulcorer Sade en désamorçant sa force destructrice mais d’éclairer cette force avec le plus d’exactitude possible. On aura compris que quarante ans plus tard le scandale de Soudain un bloc d’abîme s’est intensifié.

Le premier soin de l’essayiste, qui fut avant tout poète, est d’arracher Sade aussi bien à une institutionnalisation en cours (travaux universitaires ; entrée dans la Bibliothèque de la Pléiade …) qu’à des commentateurs trop zélés qui tous ont cherché à le ramener à eux en le désincarnant par exemple pour l’enfermer dans une « théorie textuelle » (on pensera à Blanchot et Barthes), alors que chez aucun autre auteur majeur peut-être vie et écriture, corps et pensée n’ont été aussi intimement liés, ou en masquant son athéisme radical et ses conséquences (on pensera à Bataille et Klossowski).

L’Écrivain français. Tombeau, Richard Millet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 05 Octobre 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, En Vitrine, Cette semaine

L’Écrivain français. Tombeau, Richard Millet, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, mai 2026, 96 pages, 12 € . Ecrivain(s): Richard Millet

 

Plus que tout autre, la France est une nation littéraire : dans la longue durée, au moins, de la monarchie, elle associa l’émergence et la consolidation de son État-nation à un intérêt soutenu pour les lettres. L’Italie et l’Allemagne sont des nations récentes ; ni la Grande-Bretagne, ni l’Espagne, même si elles eurent naturellement de très grands écrivains, ne donnèrent l’exemple d’États où le domaine politique et le champ littéraire se soutinrent de manière réciproque, comme les arc-boutants des cathédrales. La monarchie espagnole, se prétendît-elle universelle, ne s’appuya jamais sur Cervantès, Calderón ou Lope de Vega, entre autres raisons parce que jamais Madrid n’ambitionna de récréer dans la péninsule un âge d’or augustéen. Le regretté Marc Fumaroli a consacré des pages admirables à cette singularité. L’alliance des lettres, de l’Église et de la monarchie culmina au XVIIe siècle, mêlant génie littéraire (qui est en principe de toutes les époques), primauté de la langue française et absolutisme politique ; ce dernier, on doit le reconnaître et quelle que soit sa mauvaise réputation, semblerait très inoffensif à côté des poisons que le XXe siècle secréta. Non sans mal, cette situation singulière survécut au séisme de la Révolution, qui abattit tant d’édifices vénérables, et la France demeura cette « vieille nation littéraire ». Mais le climat avait changé. La virulence avec laquelle Victor Hugo s’en prit à Napoléon III eût été inimaginable pour Fénelon et même pour Voltaire, pourtant lui aussi exilé et condamné à vivre en Prusse ou en Lorraine, alors un duché indépendant. Entre Louis XIV ou Louis XV et Napoléon III, il y avait tout l’abîme qui séparait un monarque de droit divin d’un empereur ratifiant par un coup d’État une élection démocratique. La dyade De Gaulle/Malraux fut le dernier exemple d’une assocation entre un grand politique et un grand auteur, le Général lui-même, « qui s’exprimait et écrivait en un style s’inscrivant dans la tradition de la grande phrase française » (p. 29) ayant été un écrivain de race. « La France de De Gaulle était encore celle de Péguy, Bernanos, Claudel, Malraux, soit la continuation républicaine de la France royale dont la langue était le vecteur et l’étendard » (p. 16).

De Flavius Josèphe à Ernest Renan. Regards sur les Juifs et le judaïsme, Mireille Hadas-Lebel (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 30 Septembre 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Honoré Champion, Cette semaine

De Flavius Josèphe à Ernest Renan. Regards sur les Juifs et le judaïsme, Mireille Hadas-Lebel, Paris, Honoré-Champion, 2025, 456 pages, 48 €. Edition: Editions Honoré Champion

 

Bienheureuse tradition que celle qui consiste à offrir à un universitaire éminent, à l’heure où vient le moment du bilan, un volume de mélanges (des études rédigées par des disciples et des amis, même si les uns ne sont pas forcément les autres) ou de varia (une sélection de ses propres articles dispersés au gré des revues et des actes de colloques). Dans le cas de ce volume, c’est Mme Hadas-Lebel elle-même qui a procédé au choix, arbitraire comme ils le sont tous, mais guidée par le souci de proposer un ensemble cohérent, reflet de son parcours savant.

La tradition scolaire et désormais universitaire des études classiques, puisqu’un apprentissage digne de ce nom du grec et du latin ne se fait plus qu’au niveau des études supérieures, comme on étudie le sumérien ou l’égyptien hiéroglyphique, non seulement a depuis la Renaissance exclu totalement l’hébreu, mais en plus ne proposera jamais à l’attention des étudiants une page de la Septante, de la Vulgate ou de Flavius Josèphe, un historien à peu près totalement rejeté dans les limbes.

Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 26 Août 2026. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Cette semaine

Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles, Éditions Frémeaux & Associés, 240 pages, parution février 2026, 19,50 euros.

 

Écrire sur la musique rock, malgré ce qu’en disait Frank Zappa, ce n’est pas seulement pour Gilles Riberolles relater des rencontres avec les musiciens, c’est donner à lire ce que cette musique contenait de révolte, d’appel à la liberté, à la vie en somme pour une génération qui se sera ingéniée à abattre les normes d’une société trop rigide, campée sur des principes à dépasser. De Iggy Pop à James Brown, en passant par Bowie ou les Stones, Gilles Riberolles nous montre « combien l’esthétique peut être puissance de vie et d’émancipation », parce qu’il s’agit bien d’esthétique, née d’une volonté farouche de vivre plus près de soi et des autres, d’être en communion avec le vivant pour le sublimer

Ainsi l’auteur narre-t-il sa rencontre avec Frank Zappa, et chez ce musicien atypique, la volonté d’une esthétique est franchement affirmée, tant sa musique était pensée, élaborée, tout en laissant le champ livre à l’improvisation, et la recherche pour ce musicien n’était pas un vain mot. « Zappa n’était pas un juke-box, il était un laboratoire. » Gilles Riberolles rappelle que Zappa n’était pas seulement musicien, (il aura sorti plus de soixante albums) puisqu’il « a réalisé plusieurs films dont le célèbre 200 motels. Il aura moqué l’Amérique réactionnaire et fait tomber des barrières. A sa manière unique il aura émancipé les esprits et enrichi la musique ». Il faut compter parmi ses fans un certain Vaclav Havel qui a invité le musicien à Prague en 1990.

Dictionnaire critique des contes, Jean-Loïc Le Quellec (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 30 Juin 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Dictionnaire critique des contes, Jean-Loïc Le Quellec (Dir.), CNRS Éditions, 1092 pages, 45 €

 

On connaît de Jean-Loïc Le Quellec deux précieux ouvrages relatifs à la mythologie, l’indispensable Dictionnaire critique de la mythologie et le précieux Avant nous le déluge ! – en guise de compléments, on peut s’offrir les ouvrages de son élève Julien D’Huy, et on est paré pour une vision sérieuse, scientifique dirais-je, de ce qu’est un mythe et des principaux motifs mythologiques à travers la planète au fil des millénaires. C’est la même vision d’ordre scientifique qui est proposée dans le présent Dictionnaire critique des contes, publié lui aussi sous la direction de Le Quellec. Tant mieux, car en une époque où tout se confond et où, surtout, le conte est à la mode au travers d’activités sporadiques voire de festivals mais parfois pour des résultats plus sympathiques (hem…) que réellement intéressants, il peut être de bon ton de se mettre d’accord sur les termes employés afin de mieux se comprendre – on célébrera ainsi, parmi d’autres, l’article « Conte populaire / Conte littéraire », qui permet de clarifier une différence élémentaire en apparence.