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Poésie

Des lézards, des liqueurs, Joël Bastard (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 25 Janvier 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Des lézards, des liqueurs, juin 2018, 176 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Joël Bastard Edition: Gallimard

Un titre à la Jacques Izoard (tissé d’appositions), une composition en dix-huit sections, une volonté d’inscrire dans le poème sa fabrique (merci Ponge), des injonctions au lecteur, ou à soi écrivant, voilà des textes qui déconcertent.

 

Le désir d’écrire vient de pousser la porte, tant mieux, nous sommes nus

La surprise d’être un homme commença au berceau.

Nous peinons aujourd’hui de ne pas être volants.

Le silence d’entre les neiges, Sonia Elvireanu (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 25 Janvier 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, L'Harmattan

Le silence d’entre les neiges, avril 2018, 132 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Sonia Elvireanu Edition: L'Harmattan

 

« J’ai crié ton nom, tu n’étais nulle part » : c’est presque ainsi que commence cet écho vibratoire de l’amour perdu. On sait ce choc immense sans mesure, et pourtant la poète va lui offrir un contexte renaissant à l’éveil, à la recherche d’une lumière blanche, celle qui aveugle tellement qu’elle repousse le cri, le laissant dans la gorge du temps positionné en images figées pour l’éternité.

La pure neige servira d’encensoir à la page blanche des mots. Le nom du disparu se fera chaque pas dans la neige, « traces grandissantes » de ces silhouettes qui ressemblent à des fantômes à souvenirs.

« Il nous reste le silence » dit Sonia. Un silence qui fond sur la page comme un flocon disparaît sur une surface chaude, y laissant la tache d’eau espérant l’éclat d’une autre vie possible ou ailleurs.

Comment ne pas songer à cette phrase d’Yves Montand après la disparition de Simone Signoret : « On ne refait pas sa vie, on la continue » ? Le bagage, ici, est silencieux. Il n’en est pas moins lourd pour autant avec des « souvenirs qui arrachent, brûlent, dévorent dans la solitude ».

L’Anneau de Chillida, Marilyne Bertoncini (par Jane Hervé)

Ecrit par Jane Hervé , le Mercredi, 23 Janvier 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, mai 2018, 80 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marilyne Bertoncini

Portée par un élan venu des tréfonds de soi, Marilyne Bertoncini propose des écrits dont l’exigence se diffuse de poème en poème. Sa poésie fait jaillir tant de bouleversements intérieurs, à la fois singuliers et partagés. Nos chaos délicieux… L’Anneau de Chillida renvoie aux hallucinantes sculptures de Chillida : des anneaux géants déployant en plein ciel leur intelligence géométrique. Se jouant des grands espaces et des intempéries*, ils suscitent un lent vertige métaphysique. En exergue de ce recueil, une citation du sculpteur renvoie précisément à cet au-delà de la forme : le « dialogue » avec « les formes » qui les transcende ainsi. Une invitation donc à pénétrer l’au-delà du poème, ce qui l’habite ou le hante. Au reste, le poète Denis Emorine mue – dans sa préface – ces anneaux « fondateurs » en « kaléidoscopes » explorés avec sa pertinente sensibilité.

L’âme de la poétesse s’appuie sur les légendes grecques (tombeau des Danaïdes, labyrinthe qui pourrait être de Cnossos, Argos, etc.). Autant de rites de passages successifs traversés par la lectrice – moi – qui cerne ce qui fait, à ses risques et périls interprétatifs, l’essence du poème. L’ouvrage se lit tel le parcours à tâtons d’Orphée dont la grande tristesse, mise à nue, se recherche elle-même après la disparition d’Eurydice. Il chemine au long des anneaux magiques, marquant une vie qui se veut d’« éternité », abolissant sa propre durée.

Erratiques, Angèle Casanova (par Marilyne Bertoncini)

Ecrit par Marilyne Bertoncini , le Jeudi, 17 Janvier 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Erratiques, éd. Pourquoi viens-tu si tard, septembre 2018, trad. espagnol Miguel-Angel Real, ill. Michel Martin, 48 pages, 10 € . Ecrivain(s): Angèle Casanova

 

Nataraja est l’épithète du dieu qui créa l’univers de sa danse cosmique, symbole de renouvellement périodique du monde, en un rythme infini de dissolutions et de naissances, inextricablement nécessaires et liées. Nataraja pourrait – ainsi que le rappelle la préface du livre – être le sous-titre d’Erratiques, qui porte le nom attribué aux comètes, étoiles dont le déplacement ne semble soumis à aucune règle – titre judicieux pour ce recueil de photos et poèmes sur le travail de la danse, publié aux éditions « Pourquoi viens-tu si tard ? ».

En effet, les mots d’Angèle Casanova, répondant aux photos de Philippe Martin, illustrent ce double aspect de la danse, « noyau planétaire » depuis l’aube des temps, où les corps en fusion/fission des danseurs ne font plus qu’un, et ne se lisent plus que dans leur ombre irradiée sur un mur, comme sur la pellicule qui en garde la trace fragile. Mouvements arrêtés dans le trouble de l’espace où les lignes fluctuent, où les costumes semblent pétales renversés, et des corps, ombres brouillées, subsistent à peine des taches de couleur impressionnant l’œil par leur passage…

Lui dit-elle Pour un absent, Anne Perrin (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mardi, 15 Janvier 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Z4 éditions

Lui dit-elle Pour un absent, novembre 2018, 112 pages, 12 € . Ecrivain(s): Anne Perrin Edition: Z4 éditions

 

Rare d’avoir deux écritures dans un même livre de poèmes. Anne se démultiplie d’écritures pour faire vivre, de façon très scénique, deux personnes qui se sont aimées aux antipodes de ce qu’il y a moyen d’être. Double écriture mettant littéralement en scène, voire en scénario, deux vies qui semblent vivre à la fois ailleurs (psychologiquement) et dans la même habitation (physiquement), l’une dans la pénombre avec une lumière filtrante (Elle) et Lui dans un noir terrible qu’il a lui-même initié :

« LUI

Dans cette chambre mansardée, ça pue la mort ».

ELLE

… je brode et je brocarde ton nom

dans les serrures

scellées