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Poésie

La Vie éternelle, Dominique Sampiero (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 29 Août 2025. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La Vie éternelle, Dominique Sampiero, Le Taillis pré, 2025, 190 p., 18 euros.

 

Écrire un livre, c'est sans doute agencer un portrait, ajuster une vision, laisser quelques traces de vie.

Sampiero, dans ce livre très architecturé, s'adonne au plaisir d'écrire LA VIE, celle d'un village, celle d'un ami Yves, celle de tous les "gens de la fenêtre" qu'il décrit comme des présences familières, importantes, d'un passé qu'il s'agit de rameuter.

Les poèmes en prose coulent ici comme fontaines de sens : le portrait de l'ami, voisin, serviable, au plus près d'une nature de jardins et de chevreuils, résonne comme la vie pauvre à sauvegarder en dépit de tout, du temps qui ronge, de la solitude à soigner.

Proche à mon sens des univers de Dhôtel l'admirable et du remarquable Bouysse, Dominique Sampiero réussit le miracle de donner vie au peu qui brille dans la nasse des choses recueillies, "l'âme des flaques, qui, en un seul regard, capturent les averses, les nuages, les merles".

Le Royaume sans murailles, suivi de : L’aurore intranquille, Catherine Andrieu (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 26 Août 2025. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Royaume sans murailles, suivi de : L’aurore intranquille, Catherine ANDRIEU, éd. Rafaël de Surtis [120 p.] – 17 €

Je suis née trouée, dit Catherine Andrieu, le laps fulgurant d’un souffle puisé dans une transfiguration chamanique du monde et l’alchimie d’un style, au cœur d’un Royaume sans murailles blotti tel une grotte au creux de la Terre, à l’écart du monde normatif, géode cosmique grandeur nature à même la paroi du vertige. « Je me suis levée avec la sève aux poignets », poursuit-elle, dressée à l’assaut du ciel sous l’arche végétale où le velours des fougères cervidées, entre autres -au milieu d’une faune sauvage qui n’a de sauvage qu’une liberté indomptable- peuple l’animale forêt de sa pensée. Par les interstices du feuillage, ceux de l’observation patiente, de la peur, du doute,  de la clairvoyance, elle s’y incarne par le sang de ses mots prenant racine « sur un sol (…) de sources invisibles » (arbre, clairière, « langue rauque des torrents », …), dans une osmose alchimique de sourcière, renversant la perspective, accouchant d’oiseaux en vol du Saint-Esprit sur les persiennes de sa chair, par le ventre de l’œil à l’écoute visionnaire (« des oiseaux carnivores sont nés dans mes cils »). Elle remue les globules de son encre dans le calice d’une immobilité figurative incorporant le total univers non domestiqué qui nous entoure.

L’impartagée, Joël Mansa (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Août 2025. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

L’impartagée, Joël Mansa, préf. Thibault Biscarrat, éd. Le Nouvel Athanor, 2025, 102 p., 18€

 

Se recueillir, voilà à quoi confine le dernier recueil de poésie de Joël Mansa. Car le sentiment esthétique se lie ici au sentiment moral. J’y ai vu pour ma part une accointance avec l’univers de Charles Juliet, c’est-à-dire un style fluide, sans enflure, juste cependant, plein et dissert, une appréhension de la vie simple dans son âpreté, et le sentiment d’avoir échappé au pire. Donc, une voix claire qui sait dire ce qu’elle a à dire (aspect tautologique du Gardeur de Troupeau de Pessoa ?). Ce qui nous mène malgré tout vers une métaphysique.

L’impartagé reste ce qui se partage néanmoins dans le poème, en marge, comme l’on partage le silence dans l’amitié complice, comme est la part commune de la parole. Ce hors champs devient, selon son rythme poétique, un lien avec l’impartagé existentiel. Lien susceptible de partage - y compris pour celui qui cherche le silence -, vérité presque inaudible du poème refusant le tout venant du langage, préférant chercher, quitte à expliquer en quoi il est définitivement impartageable dans sa puissance radicale, dans sa puissance.

Soleil premier, Odysseas Elytis (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 08 Juillet 2025. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Bassin méditerranéen

Soleil premier, Odysseas Elytis, trad. Laetitia Reibaud, bilingue, éd. Unes, 2025, 94 p., 19 €

 

Mer

Les poèmes d’Odysseas Elytis que publient les éditions Unes sont tournés principalement autour d’une mer mythique pour l’Occident, la mer Méditerranée, autour du soleil et de ses ombres si fortes et si noires, de la Grèce en général, pays attitré d’Elytis. Donc une mer lumineuse et chaude. Aux ombres fortes. Aux bains étincelants de lumière. Le poème surgit de ce terreau. Il est porté par des paysages aux forts contrastes. Son rythme est celui d’images qui se renouvellent au gré d’une logique langagière proche des classiques, avec des accents homériques. Cette écriture se dépasse elle-même comme aspirée par un rêve méditerranéen. Elle a une foi dans la locution du silence et des paysages de silence.

Là, inaltérant, Jacques Guigou (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 25 Juin 2025. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Là, inaltérant, Jacques Guigou, l'Harmattan, février 2025, 64 pages, 10 €

 

"Parti de nuit

visage vent du large

le pélerin de l'inaltérant

trouve son viatique

dans chaque coquille" (p.46)

 

La recherche de l'inaltérable est un sentiment plutôt religieux (car quelque chose d'immuable nous semble avoir plus de chances de nous sauver une fois pour toutes), mais ce sentiment est étranger à l'auteur : notre "pélerin" est athée.