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Poésie

Dé-camper, Florentine Rey (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 21 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gros Textes

Dé-camper, Florentine Rey, 50 pages, 9 € . Ecrivain(s): Florentine Rey Edition: Gros Textes

 

Avant que ne meure le temps d’aimer, comme le chante Barbara, avant de repeindre ou de redécorer, elle s’est désencombrée de tout ce qu’elle savait ne pas être elle pour tenter d’aller se trouver ailleurs. Seule.

« Elle se croit sans colère.

Rupture facile, pardon, grandeur d’âme ; elle flaire le mensonge, les bobards de la marchande de chimères, le cœur protégé par des ruses de sioux.

Sa colère c’est à elle qu’elle l’adresse.

Son cerveau cède le contrôle à des forces anciennes.

(…)

Son projet : mettre l’essentiel dans une valise et partir le plus loin de la ville, du béton, du plastique, des corps à la mode ».

Ô pruniers en fleur, Ryôkan (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 17 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Japon

Ô pruniers en fleur, Ryôkan, Folio Sagesses, septembre 2019, trad. japonais Alain-Louis Colas, 112 pages, 3,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Quatre-vingt-dix-sept textes poétiques illustrent à l’envi le grand talent du moine poète Ryôkan, né en 1758 et décédé en 1831.

Le plus souvent développée en quintils saisissants de justesse et d’élégance, la poésie de Ryôkan trace de la nature traversée un portrait tout en nuances où les fragrances, les beautés, ainsi que les réalités les plus triviales, dessinent une relation inspirée à la beauté des paysages, entre les « pluies d’automne » et « les journées où les corbeaux/ du bois sont sans voix ».

Ici, la voix restitue « nuées », « neige », « beaux jours », dans un souci constant de description au plus juste de l’objet. Ici, se perçoit toujours la saison, puisque l’écriture s’arrime elle comme le sang au corps.

C’est si simple un poème, Patricia Castex Menier (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

C’est si simple un poème, Patricia Castex Menier, éditions Pippa, mai 2019, Ill. Joël Pampin, 79 pages, 15 €

C’est si simple un poème quand les mots vont et viennent dans les ressacs, dans le creux et le cri des vagues et que, d’une lame de fond, peut remonter des abysses cette voix de la mémoire prête de crier à son retour : « Nous sommes vivants / dans la paume du temps ». La main de l’Écrire se tend – ici : ailleurs – paume ouverte sur la laisse et, même « s’il ne se passe rien », « la fleur éclose du regard » immanquablement embrase les contours des êtres et des choses…

Nous entrons dans ce nouvel opus poétique de Patricia Castex Menier, voyageurs à ses côtés depuis des recueils-lumière, porteurs dans nos bagages de ses Suites et Fugues (2017), de son Bleu Baleine (2016) chez Henry si conteur des légendes qui nous tiennent entre réel et ses franges sensibles vibrantes sur la crête de l’écume et les vibrations invisibles des profondeurs – ce chant de ces mammifères marins inoubliables où « les pierres viennent / de plus loin /que les hommes » (C’est si simple un poème), où « chaque mot pour le poète est un océan » (Bleu Baleine), jusqu’au lieu inouï où la parole nous touche, nous sort la tête de l’eau et nous parle par la voix d’un chant salvateur.

Touaregs L’exil pour patrie, Intagrist el Ansari (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 08 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Maghreb, Histoire

Touaregs L’exil pour patrie, Editions Alfabarre, 2018, 200 pages, 25 € . Ecrivain(s): Intagrist el Ansari

 

Auteur de l’itinéraire poétique Echo saharien L’inconsolable nostalgie, Intagrist el Ansari est aussi journaliste et historien. C’est à ce titre qu’il a compilé sous le titre Touaregs L’exil pour patrie une sélection d’articles de presse et d’analyses géopolitiques et sociologiques qu’il a publiés dans divers magazines sur la situation de belligérance perpétuelle dans laquelle vivent les diverses populations du Sahel, et particulièrement les Touaregs du nord du Mali, depuis 2012. Cette somme est à la fois un ouvrage pédagogique et l’expression d’une révolte. Ouvrage pédagogique efficace par la redondance et la précision des éléments factuels de texte en texte et par la possibilité offerte au lecteur de suivre quasiment de mois en mois l’évolution des événements contemporains dans cette partie agitée du monde sahélien.

Ouvrage pédagogique nécessaire à qui veut tenter de démêler l’écheveau a priori inextricable des groupes armés et des forces politiques locales et externes impliqués dans l’histoire récente de ce vaste espace quasi-désertique englobant la moitié nord du Mali et les régions périphériques.

La Vie rien que la Vie toute la Vie, Marcel Peltier (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions du Cygne

La Vie rien que la Vie toute la Vie, juillet 2019, 60 pages, 10 € . Ecrivain(s): Marcel Peltier Edition: Editions du Cygne

Deux phrases courtes et une césure suffisent à Marcel Peltier pour en dire autant qu’en plusieurs pages explicatives. C’est que cette poésie ne s’explique pas, mais elle se vit. Ce peu de mots renforce même tellement l’idée qu’on semble assister à un coup de « bluff » ; mais la poésie est-elle autre chose que de blanchir ce qui est déjà évident, à l’instar de « Voiles/ Blanchiment/ la mer blanche » ?

Cette poésie fait mouche « de mémoire » puisqu’une amie poète, alors que j’évoquais la parution du nouveau recueil de Marcel, m’a spontanément déclamé, avec un grand sourire : « Ma tasse ébréchée/ J’y tiens », ces mots sortis d’un autre recueil de poèmes du même cru qui fut présenté au public de l’A.E.B.

Marcel Peltier est un des rares poètes activant des titres de recueils plus longs que ce qu’il dit entre les lignes alors que c’est justement parfois cette « politique du peu » qui donne une idée d’abondance. Un autre poète à maîtriser les mots de cette manière n’est autre que Guillevic. Comme ce dernier, Marcel est un briseur de parois, un pourfendeur de matière sublimant son enclume jusqu’à en faire jaillir, très soudainement, un mot ou deux qui semblent surgis de nulle part, tels ces « Vitraux/ Quels témoins/ De Vie ! » où c’est la durée suggérée de ce qui est évoqué qui prend la place de ce qui est réellement dit.