Identification

Poésie

Quitter les mots ?, Corinne Lellouche (par Fanny Guyomard)

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Quitter les mots ?, Editions Michel de Maule, janvier 2018, 168 pages, 20 € . Ecrivain(s): Corinne Lellouche

 

Au début, ce livre peut rebuter (le lecteur est d’ailleurs prévenu dès la première phrase). Mais il faut lui laisser sa chance. Sa langue erratique, obscure, exige un effort : la poésie se mérite.

Parce qu’au début, on peut se perdre avec ce personnage tantôt féminin, tantôt masculin. Parfois, on n’y comprend rien, on se bat un peu avec la syntaxe, on ne saisit pas où l’auteure nous entraîne, le sens de cet écheveau d’idées. Mais laissons-nous entraîner par ce flux de parole.

Il faut lui laisser sa chance, parce qu’à certains moments, la langue s’éclaire en formules d’une extraordinaire clarté : tout à coup, l’auteure assène une idée, qui jaillit d’une éblouissante fulgurance.

Alors, on finit par être transporté dans ce flot d’écriture, a priori désordonné. Au fur-et-à-mesure, les pages se répondent entre elles, un réseau se tisse, et l’on comprend comment les idées disparates font sens.

C’est un long monologue, sur la perte de l’être cher, sur la marchandisation et la virtualisation du monde. Sur la précarité sociale et mentale de la société. Sur la perte de la parole.

Aperture du silence, Carole Carcillo Mesrobian (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 06 Novembre 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Aperture du silence, PhB éditions, juin 2018, 58 pages, 10 € . Ecrivain(s): Carole Carcillo Mesrobian

 

Dans une langue volontiers altière, mais non guindée, riche dans ses rythmes et son lexique, la poète n’écrit pas pour passer le temps mais cerner au plus près l’acte d’écrire. Chargée d’ellipses qui décontenancent et donc attisent l’intérêt du lecteur, cette poésie joue aussi d’une densité bienvenue qui ne va jamais fleureter avec un minimalisme desséchant :

La nuit jamais ne t’apprivoise

Elle est sauvage comme aucune bête

La solitude est son habit comme au fauve (p.16)

 

Ou

Lucifer au bord des larmes, François Ibanez (par Ahmed Slama)

Ecrit par Ahmed Slama , le Mercredi, 31 Octobre 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Lucifer au bord des larmes, éd. Tarmac, juin 2018, 54 pages, 12 € . Ecrivain(s): François Ibanez


Lucifer au bord des larmes de François Ibanez, loin d’être un inconnu pour les lecteurs de La Cause littéraire, il s’agit là de son premier recueil ; édité par les éditions Tarmac, jeune maison fondée par Jean-Claude Goiri. À l’ouverture de l’ouvrage, cette inscription en guise de sous-titre, peut-être, ou simplement pour nous aiguiller au sujet de ce qui suivra : Poème, non pas recueil ou Poèmes, ce smarquant le pluriel, la série, non, juste Poème. Ainsi qui lit l’ouvrage avec l’attention qui lui est due sera sensible à la singularité de cette écriture qui loin de tracer à chaque strophe, à chaque page, son propre sillon, bien au contraire, ne manque pas de liant, tout s’ouvre sur Devant le fleuve, rapport au titre, on entrevoit bien le fleuve évoqué,

Énigmes du seuil, Poèmes & dessins, Rio Di Maria (par Murielle Compère Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 29 Octobre 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts

Énigmes du seuil, Poèmes & dessins, L’Arbre à paroles, juin 2018, 148 pages, 15 € . Ecrivain(s): Rio Di Maria

 

 

« La maison » qu’habite le poète est celle du Langage, où « le poème résiste chambre de passage pour l’ailleurs ». Maison originelle, maison des mots, dont il lui a fallu / dont il lui faut franchir « le seuil » tendu vers « l’intransigeante énigme » invoquée par l’horizon, – seuil

« que nul ne pourra franchir

tant

que l’impossibilité d’être ailleurs

subsistera »

Seuil, situé dans le mouvement de flux et reflux, entre la « maison vide » et la « maison de lumière ». Naître, grandir, franchir le seuil, partir et, revenir car « revenir au foyer dilate l’horizon ».

Gardiens de lumière, Monique W. Labidoire (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 25 Octobre 2018. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Gardiens de lumière, éd. Alcyone, février 2017, Encre de Silvaine Arabo, 77 pages, 19 € . Ecrivain(s): Monique W. Labidoire

 

Alternant le jour et la nuit, l’ingestion de la nature et de subtiles évocations historiques, Monique distribue les rôles mêlant le recto du jour au verso de la nuit, la démarche se confondant en quelque chose d’encore différent : « L’entrée en finitude agresse les joies du jour, sa lumière, ses orages, ses nuages blancs et seule la nuit constellée d’étoiles réanime le frémissement ».

Du tableau d’origine émane peu à peu l’idée morale du jour et de ce que ne devrait pas être la nuit : « Et dit le poète : c’est à l’aube qu’on guillotine et qu’on mitraille comme si la nuit rejetait toute culpabilité d’actes barbares ». Le jour et la nuit se font complices, « riant sous cape de nos étonnements ».

On dit que la nuit tombe et que le jour se lève. Ne fait-on pas déjà de cette façon de la nuit une chute, un couperet ?