Identification

Poésie

Où seul chasse le vent, Michel Bourçon (par Philippe Leuckx)

, le Lundi, 17 Novembre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Où seul chasse le vent, Michel Bourçon, Al Manar, 2025, 88p., 20 euros, photographies de l'auteur.

 

Pour le suivre depuis longtemps, je peux dire que Bourçon est un poète singulier, prolifique et égal - ce qui est rare quand la poésie est abondante. Une hyperconscience de ce qui l'entoure anime l'écriture, nourrit les poèmes, amplifie les thématiques.

On reconnaît vite un poème de son cru, parce qu'il densifie le sens des réalités intérieures, la découverte du monde (des arbres, du ciel), et la perception intime, unique des ombres au coeur et dans l'espace.

Il faut attendre la page 67 pour bien comprendre le sens et la portée du titre : "le passé/ où seul chasse le vent".

L'être traqué, torturé, tremble d'être cette conscience agissante qui repère "les éboulis", le peu de savoir (nombre de "je ne sais pas, on ne sait guère"), les pertes, et le profil angoissant de la mort et de celle de la mémoire du monde.

Ne le dites à personne, Patrick Devaux (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 15 Octobre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Coudrier

Ne le dites à personne, Patrick Devaux Editions Le Coudrier – Mars 2025 Illustrations : Catherine Berael 68 pages – 18 € Edition: Le Coudrier

 

Suivant le titre de son recueil, Patrick Devaux a des secrets à nous confier. Du moins, c’est l’idée qu’il voudrait nous glisser. La vérité est contraire : en passant par les phases de l’écriture et de la publication, Patrick Devaux a plutôt des secrets à dévoiler. Et ces secrets (on peut les désigner comme tels, considérant que les éléments en question ne sont pas suffisamment remarqués) sont liés aux mots, à la place et à la définition de la poésie dans le monde actuel : « la poésie s’essaie à quelques audaces artificielles / l’intelligence en transpire » (p. 47) ; « sans aucun doute faudrait-il remettre / les pendules à l’heure / nous vivons un épisode de cendres / et / les mots n’en peuvent plus / mais surtout / ne le dites à personne » (p. 48/49)

Nous retrouvons ici le style du poète, qui apprécie les vers courts : ceci amène à une lecture fluide, un peu rapide, qui nous fait d’autant mieux entrer dans l’objet principal du livre. Cependant, une question s’impose : le poète idéalise-t-il un monde désormais fermé ? La part nostalgique attachée à ce recueil est assumée par une phrase mise en exergue.

Nu & continu, Textes et illustrations : Christoph Bruneel & José Vandenbrouke (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 14 Octobre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts

Nu & continu, Textes et illustrations : Christoph Bruneel & José Vandenbrouke Editions de l’Âne qui butine - 1er juillet 2025, 166 pages, 22 Euros

 

Après Pubers, pietenpakkers, Pubères, putains de Jean-Pierre Verheggen, Quand le merle blanc d’Anne Letoré, Quemhrf en manège de Christoph Bruneel,  Moby Dark de Jacques Cauda, ouvrages hors normes édités chez L’Âne qui butine, recensés dans La Cause Littéraire, voici NU&continu (sic), de Christoph Bruneel et José Vandenbroucke publié chez le même éditeur butineur aux grandes oreilles.

Sont-ce braiements d’ongulés que les auteurs déclinent poétiquement et prolifiquement sur plus de cent trente pages ?

On peut l’admettre, sous condition de vouloir bien reconnaître que les ânes ne sont pas des ânes, mais des êtres doués de la remarquable faculté de percevoir avec acuité, tout en butinant le pissenlit dans leurs pâtures, la folle sarabande des paysages et le délirant tournicotis de l’agitation humaine.

Sagesse, Paul Verlaine, illustrations Maurice Denis (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 29 Septembre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Sagesse, Paul Verlaine, illustrations Maurice Denis, bois gravés, Beltrand, fac-similé, dossier par Jean-Nicolas Illouz, Clémence Gaboriau, éd. Gallimard, 176p., 2025, 35 €

 

Recherche de Dieu, recherche de formes

 

J’ai abordé le fac-similé de 1911, de Sagesse de Paul Verlaine illustré par le peintre Nabi Maurice Denis, avec simplicité. J’ai été un lecteur simple mais exigeant. J’y ai vu dès lors, une tentative de recherche de Dieu, cohabitant avec une recherche de formes. Que cela soit les xylographies de Maurice Denis, ou les sonnets de Verlaine, tout m’a confiné à une idée mystique, une idée de révélation spirituelle, à la fois sous la gouge de Denis qui nous porte vers une croyance articulée par l’église, et celle d’un choc de connaissance proche de Angèle de Foligno (plutôt d’ailleurs que de Maître Eckhart), confession poétique du poète messin. Peut-être l’iconographie du peintre Nabi est-elle en contradiction avec l’entreprise de révélation mystique du poète messin, car ce sont deux ordres de croyances distincts : la mystique et la pratique religieuses.

On en parle peu, Sanja Baković (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 26 Septembre 2025. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

On en parle peu, Sanja Baković - traduit du croate par Brankica Radić - Domaine croate/ Poésie, L'Ollave, 72 pages, juin 2025, 15€

 

Cette poète croate (encore) peu connue, née à Split en 1976, journaliste et universitaire - dont voici le première traduction française (aux éditions de l'Ollave, fondées par notre regretté Jean de Breyne, célèbres pour leur important "Domaine croate") est un esprit rude, formidablement drôle et généreux, qu'on a intérêt (et plaisir) à découvrir.

Cette poète est certes sans illusions sur ce qui contrôle et anime vraiment la vie de chacun d'entre nous : l'épicentre de tout destin est toujours d'abord, suggère-t-elle, un ... nombril !

" un employé du service des eaux communales gratouille son nombril,

le point d'où se déploie le monde de chacun

entre les cordes du rire et le malaise de la nuit" (p.54)