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Poésie

Patience de l’infime, Pascal Feyaerts (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 16 Juin 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Coudrier

Patience de l’infime, Pascal Feyaerts Éditions Le Coudrier – Septembre 2023 Préface : Anne-Marielle Wilwerth Illustrations : Pascal Feyaerts 76 pages – 18 € Edition: Le Coudrier

Qu’est-ce que cette « patience de l’infime » que porte cet ouvrage et qui en sont aussi les derniers mots ? L’infime, c’est ce qui ne se voit pas, ne se perçoit pas de prime abord, c’est ce qui attend d’être remarqué ou qui voudrait tant être remarqué. Remarqué, pour ensuite être partagé. N’est-ce pas ce qu’attend le poète ici ? Ne formule-t-il pas le vœu qu’on découvre (enfin ?) sa sensibilité ? Après tout, la préfacière de ce recueil, Anne-Marielle Wilwerth, rapporte l’un de ses propos : « C’est mon chemin d’inviter la lumière ». Tout y est peut-être résumé : le poète reste un habitant de l’ombre, dont la quête est de séduire la lumière ou, en tout cas, de la dénicher. « la nuit / c’est juste un déguisement / qui sert / à allumer les maisons » (p. 18)

Le recueil est composé de plusieurs fragments poétiques, qu’on pourrait assimiler parfois à des aphorismes, parfois à de courts instants de contemplation. Le voyage intérieur, une certaine connivence avec des réflexions philosophiques, s’y rencontrent constamment. Le recueil s’accompagne des dessins au fusain du poète, très réussis : certains sont une image fidèle de la nature observée, libérée du genre humain – la forme contemplative –, d’autres s’inscrivent dans une veine surréaliste et symbolique – l’intériorité.

Un air d’éternité défaite, Élia Jalonde (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Jeudi, 11 Juin 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Un air d’éternité défaite, Élia Jalonde, avec des peintures de Sophie Martet, Éditions La Lucarne des Écrivains, 2024, 120 p. 19,90 euros

Si l’on ne peut guère parler de poésie féminine (comment la définir, sur quels critères ?), on peut simplement dire qu’il y a des poètes femmes comme des poètes hommes. Et Élia Jalonde est assurément poète. Ce qui est l’essentiel. Avec son dernier recueil, « Un air d’éternité défaite », elle nous plonge dans son monde liquide, flottant, organique, où les corps comme les mots étincellent, où la langue pour le dire se fait tour à tour enveloppante et précieuse, concise et dense. Son regard décentré, ce qu’elle appelle « voir le monde à travers une pierre », nous fait sentir au plus près la vie palpitante, sensuelle qu’elle perçoit à l’œuvre dans cet univers « qui nous coule dans tout le corps ».

L’eau précisément, son écoulement, ses courants, favorables ou contraires, sa force ou sa faiblesse sont ici fréquemment évoqués, qu’ils soient associés à la femme (« qui écoute chanter la mer »), à la forêt ou à la « Terre-Mère » (Terre-Mer ?). Avec l’eau le chemin emprunté par la poète devient succession de métamorphoses où la chair est aussi bien eau que pluie, où les cheveux « sont si longs qu’ils remplacent l’eau / Et nous noient », où la source y « dévide son ciel ». Et que les peintures de Sophie Martet accompagnent de leur délicatesse.

Puisque – Poésies recueillies. Raluca Belandry (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 09 Juin 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Puisque – Poésies recueillies. Raluca Belandry, éditions les défricheurs, 2024, 300 pages.


La nécessité nue.

Puisque est une œuvre qui ne cherche ni à convaincre ni à se justifier. Elle avance, progresse dans une flagrante nécessité. L’orchestrant en un chœur de treize recueils comme autant de cantiques, dont voici la clé : Tout risquer, puisque… manifeste tutélaire de l’auteure. C’est l’extrait des derniers vers connus de la poète Sappho, dont l’œuvre antique chantée s’est envolée, les transcriptions ont été incendiées, nous abandonnant, au bout d’un ultime Fragment 31 découvert, ces trois derniers mots au bord du vide. Et Raluca Belandry, âme trempée dans une jeunesse transylvaine, s’en empare, les cueille et les recueille en treize nécessités d’écrire – est-elle consciente d’oser l’anagramme du nombre ? Et peut-être plus… – pour propager cette vision incarnée qui s’impose à nos sens. Tout s’organise au fur et à mesure de la lecture, c’est là sans conteste le miracle qu’accomplit Puisque, celui de dramaturgies intrinsèques qui sautent à l’âme en chaque recueil, puis qui, lecture après lecture, entrent en écho et s’interpellent les unes les autres. Puisque est une œuvre qui n’a pas sa place sur un rayon, mais là où se lovent les textes intemporels, sans cesse à réinterroger : la table de chevet.

L’Arbre-Seul, André Velter (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

L’Arbre-Seul, André Velter, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, 2001, 234 pages, 10,40 euros . Ecrivain(s): André Velter Edition: Gallimard

 

Chacun a assisté, en bord de mer, en pleine campagne ou en montagne, à l’arrivée d’un orage. Tel est le thème d’un poème d’André Velter dans la section de son recueil L’Arbre-Seul (p. 72-73) suscitée par l’Inde, où il a séjourné à de nombreuses reprises.

Velter est un poète-voyageur. Un poète pour qui le Dehors et le Divers existent et doivent être parcourus, respirés, afin d’être chantés. Les poètes-voyageurs ne sont pas si fréquents dans notre littérature, plutôt prudente et casanière. Certes, des poètes ont voyagé par plaisir ou par nécessité, mais un poète-voyageur, c’est autre chose.

Baudelaire, de son périple de jeunesse de Bordeaux jusqu’à l’île Bourbon et l’île Maurice, n’a rapporté que quelques images obsédantes. Rimbaud (Velter est né à Signy-L’Abbaye, à trente kilomètres de Charleville…) avait cessé d’écrire lorsqu’il a vadrouillé loin de l’Europe aux anciens parapets. Trop peu décentré encore, Claudel n’est pas stricto sensu un poète-voyageur malgré les intuitions grandioses des proses de Connaissance de l’Est – mais je penserai sans doute le contraire demain !

Et amarres invisibles, Bruno Grégoire (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 28 Mai 2026. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Tarabuste

Et amarres invisibles, Bruno Grégoire, Tarabuste, 2025, 118 p., 15 euros. Edition: Editions Tarabuste


Le dixième recueil de l'auteur (depuis 1990) happe nombre de réalités du quotidien par le biais de brefs poèmes énigmatiques, entre constats, aphorismes déguisés, brèves pulsations de sens, blasons philosophiques, traces de passages ou de voyages, conversations à soi même.

D'invisibles amarres retiennent donc ce regard étrange au fil de textes qui ne délivrent pas d'emblée de sens ni d'accroche, encore que les éléments du poème ne sont pas tous tissés d'obscurité. Certaines images - raccourcis de la réalité - nous parlent certes comme des signes : "de l'autre côté de la pluie" ou "la fissure dans la laque noire". Le poète délivre une matière elle-même distante par laquelle il faut "ressaisir la vie entière" à l'image du papillon souvent convoqué - vibratile, fuyant, insaisissable.