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Poésie

Pourquoi les poètes n’ont jamais de ticket pour le paradis, Claude Donnay (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 02 Juin 2022. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Pourquoi les poètes n’ont jamais de ticket pour le paradis, L’Arbre à paroles, mai 2022, 110 pages, 14 € . Ecrivain(s): Claude Donnay

L’anaphore (poème) ordonne les titres des quarante longs poèmes que Donnay consacre à « la rouille des jours », période noire « de la guerre à exporter » ou autres « ondes noires/ qui suintent des murs ». Friand de poésie et de prose américaines, le poète anime « la route » de ces textes empreints d’actuelle vérité, le « vide des écrans » et la mélancolie sourde qui les nourrit car ces poèmes de souffle, de long cours, respirent une connaissance du monde d’aujourd’hui, tactile et bienveillante quels que soient les accrocs, les avanies. Et tout n’est pas sombre, il y a « le bonheur à gober », les villes enamourées comme Paris pour donner le change et équilibrer ce regard de poète dense :

 

« Il me reste Paris pour toiser les réverbères

et filer les faux prophètes aux dents jaunes,

un papillon de nuit épinglé au revers de ma veste

conjurer les stylets plantés dans les pupilles » (p.99)

Deux recueils de Marcel Peltier aux éditions du Cygne (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 02 Juin 2022. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions du Cygne

. Ecrivain(s): Marcel Peltier Edition: Editions du Cygne

 

Murmures, Ed. du Cygne, janvier 2021, 10 €

Patience, le sistre !, Ed. du Cygne, Coll. Poésie francophone, janvier 2022, 10 €

 

Suite à la recension récente, dans le magazine de La Cause Littéraire, d’un recueil de poésie de Marcel Peltier intitulé Fulgurances, il nous est venu l’envie d’en connaître davantage de l’œuvre de ce poète « wallon-picard » à l’écriture à la fois expérimentale et prolifique. C’est sur deux recueils, publiés aux Editions du Cygne, qu’a porté la présente exploration :

Murmures est sorti en 2021 (1)

Patience, le sistre ! est tout récent (2)

Dans sa préface à Murmures, Olivier Salon, membre de l’Oulipo, écrit :

Mouvances de plumes, Martine Rouhart, Patrick Devaux (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Jeudi, 02 Juin 2022. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Coudrier

Mouvances de plumes, Martine Rouhart, Patrick Devaux, mars 2022, 65 pages, 16 € . Ecrivain(s): Martine Rouhart Edition: Le Coudrier

 

Ce recueil, préfacé par Anne-Marielle Wilwerth, fruit d’une amitié entre poètes et joliment illustré par Catherine Berael, est un écrin destiné à immortaliser les mots écrits en écho par deux plumes complices, afin que, « confiés au vent », « tous les papiers aux regards d’encre » ne soient « pas perdus pour autant ». Entre les lignes, on perçoit une fascination pour le lien amical, pour son caractère mystérieux, imprévisible et indéfinissable : « des amis /se regardent /complices / sans savoir de quoi /au comble de la joie /chantée par l’oiseau /dans le vent ».

Il y a un questionnement très intéressant sur « ce qui crée la connivence entre les êtres » : « une vibration / un petit chant / venu de loin / quelque chose / qui commence d’arriver ».

Il s’agit peut-être d’une sensibilité commune qui permet à chacun, de manière innée, de lire en l’autre, dans la profondeur de son être : « On porte en soi (…) beaucoup de vie profonde / indéchiffrée /à partager » (…). « Les mots sont là appuyés sur le cœur / au bord du secret /à la limite du vertige… ».

Comme si c’était hier, Ariane Dreyfus (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 01 Juin 2022. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Tarabuste

Comme si c’était hier, avril 2022, 292 pages, 15 € . Ecrivain(s): Ariane Dreyfus Edition: Editions Tarabuste

 

« La pelouse épanouie

“Venez courir ! Venez courir !”

La petite, l’éclat-fille,

Bondit hors du repas

Rapide comme une balle intacte

Puis roule dans le sommeil,

Carrosse jusqu’au jour,

Ce portail invisible.

Nous restons dans nos chaises

Où s’appuient nos entrailles.

Par la vaste mer, Andrés Sánchez Robayna (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 30 Mai 2022. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Par la vaste mer, Andrés Sánchez Robayna, éditions Le Taillis Pré, janvier 2022, trad. espagnol, Claude Le Bigot, 113 pages, 15 €

 

Poésie et réalité

Dès le premier poème du recueil d’Andrés Sánchez Robayna, on comprend immédiatement où se trouve le propos du livre : garder la réalité sous le manteau de la langue. Rien de simple néanmoins, car au contraire la gageure de cette écriture fait apparaître un répertoire presque abstrait, des thèmes éternels donc archétypaux, de la mer, de la montagne, de la maison et du ciel. C’est ici la difficulté : parler haut d’éléments sans aspérité.

Et par ce procédé, celui de l’essence, vient jouer le désir, et particulièrement le désir amoureux (qui semble avoir été une alarme, une secousse pour l’auteur). Car pour le poète le poème est un calque, l’écriture un principe mimétique, le regard une pellicule que l’on retire des choses. Le poème est « prise de guerre », il règne sur l’image, il saisit de la vibration naturelle de l’univers (et le désir en est l’aiguille principale), où le poème retrouve son essence de suspens, d’empreinte, de confinement dans un monde plus suffocant, plus profond, une sorte de passage dans les abysses secrètes de l’art.