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Poésie

Route(s), Poème, Christian Viguié (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 26 Août 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Route(s), Poème, Christian Viguié, Marsa Publications, Revue A, Coll. Poésie sur tous les fronts, mars 2021, Ill. Olivier Orus, 54 pages, 15 €

 

« La route mange la route

La route se mange toute seule »

 

Il n’y a pas de route naturelle : un passage s’institue s’il est d’abord forcé pour être établi puis entretenu. La route est comme un effort qui se fraye une destination, une violence facilitatrice d’autres activités (rejoindre un lieu peu accessible, sécuriser une distance, briser une enclave…). Il n’y a pas non plus de route suffisante : elle est un moyen de se diriger ailleurs, non à elle seule une raison d’y aller (la bonne route n’est que la route du bon ou d’un bien ; le succès d’une route n’est pas le sien). Il n’y a enfin pas de route instantanée : même des yeux, il faut la parcourir. Elle n’avance qu’en faisant tourner le dos au parcouru. Et comme il n’y a pas de route spontanée, il n’y a pas de spontanéité tenant durablement la route : « Le vrai travail est de passer », dit le poète, p.41.

Quand nous regardions depuis notre terre, Jean-Louis Rambour, Jérôme Delépine (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 25 Août 2021. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Quand nous regardions depuis notre terre, Jean-Louis Rambour, Jérôme Delépine, éditions L’herbe qui tremble, juin 2021, 38 pages, 16 €

Nous pourrions trébucher sur le titre : où nous emmène le poète lorsqu’il écrit Quand nous regardions depuis notre terre – avec en toile de fond, pour la première de couverture, Lumière du jour du monde (2021), du peintre Jérôme Delépine dont l’œuvre accompagne les 31 poèmes de l’opus ? Temps révolu, étayé par l’emploi de l’imparfait de l’indicatif introduit par une conjonction de coordination indiquant un point de repère temporel, « quand » ? Nous sommes bien ici dans le réel, non dans un monde conditionnel. Le poète Jean-Louis Rambour n’a pas intitulé son recueil Si nous regardions depuis notre terre, mais bel et bien Quand nous regardions depuis notre terre. N’y trouvons pas de nostalgie (même si quelquefois restent « (…) des traces de doigts / de cheveux, regrets, noirceurs »), n’y cherchons pas un paradis perdu, Rambour est, ainsi que l’avaient titré les Cahiers d’arts et de littératures dont un numéro (n°7) lui était consacré aux éditions du Petit Véhicule, un « poète en temps réel ».

L’œuvre poétique I, Sundgäu, Nathan Katz (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 23 Août 2021. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

L’œuvre poétique I, Sundgäu, Nathan Katz, éd. Arfuyen, mai 2021, trad. allemand, Théophane Bruchlen, Collectif, 276 pages, 19,50 €

 

Erlkönig

Cette traduction de Nathan Katz des éditions Arfuyen peut se prévaloir de deux simples mots, tirés des vertus théologales : la foi et l’espoir. Qualités morales non pas strictement en relation avec une religion, mais plutôt portées vers la hantise des disparus, soldats, paysans, dans des révoltes, des combats sociaux. Le poète prie pour le salut de leur âme, et voit une résurrection possible au moins par le poème. Il pourrait revendiquer la force de la foi (laquelle demandée à la divinité est capable de déplacer des montagnes). J’ai dit force et je dis aussi espoir. Cette force sensible, bien souvent au travers de cette poésie, s’apparente à un espoir extraordinaire dans la capacité de faire revenir les Lazare de 1914/18 à la vie. Propos de résurrection. Propos de paix. Propos d’Apocalypse. Espoir presque sacré.

Objets intranquilles & autres merveilles, Claude-Max Lochu, Bruno Smolarz (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 20 Août 2021. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Arts

Objets intranquilles & autres merveilles, Claude-Max Lochu, Bruno Smolarz, Atéki éditions, 2021, 76 pages, 17 €

 

Il y a une réelle osmose entre le travail pictural de Lochu et les textes de Smolarz. Pourtant, les toiles préexistaient. Bruno Smolarz a écrit sur, à propos d’elles. La rencontre est insolite, poétique, diverse : ces deux-là aiment la couleur tranchante, le voyage dans « la toile ». Bruno parle d’artiste protéiforme quand il vante les mérites de son ami peintre. Les mots collent bien avec les sujets variés que la palette de Claude-Max propose à notre acuité. Il est vrai que les objets du quotidien (baskets, chaussures, etc.) occupent une grande place comme les inscriptions dans une certaine tradition warholienne : tel ce bidon « oil the end ».

L’objet est par nature intranquille puisqu’il fait parler de lui. Et c’est merveille que de croiser ces textes sur des couleurs pétantes, faut-il le dire ; Claude-Max Lochu est un fameux coloriste dans une lignée de figuratifs qui aiment dessiner, colorier, peindre, et ça se voit, et ça se sent car il y a ici des regards croisés : Bruno décrit, accompagne, analyse, commente les toiles, sans jamais déborder ni tomber dans la répétition oiseuse ;

Hautes Huttes, Gérard Pfister (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 17 Août 2021. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Hautes Huttes, Gérard Pfister, éditions Arfuyen, juin 2021, 384 pages, 19,50 €

Le poème obombré

J’avais quelques scrupules à indiquer que ce recueil de 1000 poèmes, de Gérard Pfister, a agi en moi comme un moment de dialectique, interaction donc dynamique et profonde entre le sujet qui raconte et ce que raconte le sujet. Puis, en consultant des définitions – philosophiques –, j’ai pensé que ces poèmes pouvaient vraiment articuler une part du réel et un univers, une vision, un style – se démarquant ainsi de la terminologie d’Engels sur le raisonnement dialectique. Car en regardant quelques mots de ces quatrains comme cendre, lampe, la brume, la pénombre des eaux, je crois que l’on peut dire non seulement que cette poésie fait mouvement intellectuel autour d’un dialogue philosophique, mais également fonctionne comme un glacis.

Cendre qui indique l’essence des choses prises dans une ordalie poétique, cendre de la cendre (chère à Derrida) ; matière résiduelle et impalpable de la brume, gouttelettes de pluie formant un écran vernissé ; ou encore lampe qui dans son cercle tremblant confine l’âme du poète dans une inquiétude et presque une douleur ; pénombre de l’eau, où l’écran des eaux du ruisseau fabrique une couche aqueuse sur le lit de pierre du cours d’eau.